Pereira, Sharmini et al. Second Volume: The Watapuluwa Housing Scheme by Minnette De Silva, Colombo, Museum of Modern and Contemporary Art Sri Lanka, 2024
→Iyer Siddiqi, Anooradha, Minnette De Silva: Intersections, Londres, MACK, 2024
→De Silva, Minnette, The Life and Work of An Asian Woman Architect, Minnette De Silva (Pvt) Ltd, 1998
12 Villages: A Study of Habitat in India, Bangladesh and Sri Lanka, Commonwealth Institute, London, 7-31 juillet 1987
→88 Acres: The Watapuluwa Housing Scheme by Minnette De Silva, Museum of Modern and Contemporary Art, Colombo, 30 novembre 2023–7 juillet 2024
Architecte sri-lankaise.
Minnette De Silva est la première femme asiatique à devenir associée du Royal Institute of British Architects (RIBA), en 1948. Elle commence sa carrière comme apprentie chez Mistry and Bhedhwar Firm, à Bombay, en 1939, avant d’étudier l’architecture à la Sir J. J. School of Art, dans la même ville, en 1941. Expulsée de l’école en 1942 pour avoir participé à une manifestation contre l’arrestation du Mahatma Gandhi, M. De Silva poursuit sa formation à l’Architectural Association School of Architecture (AA) de Londres, dont elle sort diplômée en 1948. À son retour au Sri Lanka (alors appelé Ceylan) la même année, elle ouvre le Studio of Modern Architecture et devient l’une des premières femmes au monde à s’établir en architecte indépendante, comme sa contemporaine italo-brésilienne Lina Bo Bardi (1914-1992).
M. De Silva propose des idées novatrices concernant la planification urbaine, la durabilité ainsi que l’usage de caractéristiques, de techniques et de matériaux architecturaux locaux. Sa pratique associe la conception architecturale, l’écriture, la recherche et l’enseignement. Elle forge le terme « architecture régionale moderne » pour qualifier ses expériences, où elle met en avant les communautés, l’écologie et l’artisanat depuis un point de vue sri-lankais. Lorsqu’elle conçoit le Jinaraja College (1950), elle tire parti de la topographie naturelle du terrain pour déterminer les hiérarchies spatiales et la circulation. Pour la C. H. Fernando House (1954, aujourd’hui détruite), elle met en œuvre des méthodes de conception peu coûteuses. Avec le Watapuluwa Housing Scheme (1958), elle aborde le logement social dans une approche participative. Enfin, pour les Senanayake Flats (1954-1957), elle crée des « salons-vérandas » et dispose les appartements autour de cours intérieures. Militant pour une architecture régionale moderne, M. De Silva intègre aussi à ses expérimentations des techniques artisanales sri-lankaises, comme la laque, la terre cuite et le tissage dumbara, comme on peut le voir dans sa première construction, la Karunaratne House (1949). Tout au long de sa carrière, son intérêt pour l’artisanat s’incarne dans ses conceptions de meubles et de tissus.
Avant de fonder son agence d’architecture, M. De Silva prend part aux débats autour des bouleversements politiques et sociaux qui sont alors à l’œuvre autour d’elle. En 1946, elle est éditrice fondatrice de MARG (Modern Architectural Research Group), une revue créée à Bombay par Mulk Raj Anand. L’année suivante, elle est déléguée au Congrès international d’architecture moderne (CIAM) à Bridgwater, dans le Somerset (Angleterre), et, en 1948, elle assiste au Congrès mondial des intellectuels pour la paix en Pologne. M. De Silva contribue aux revues MARG (1953) et Ekistics Journal (1963), à A History of Architecture (1975), livre de Bannister Fletcher, à Mimar (1987) ainsi qu’à plusieurs journaux locaux. De 1963 à la fin des années 1970, elle travaille aussi à un ouvrage en plusieurs volumes, A Comparative History of Asian Architecture (inédit), pour lequel elle mène des recherches et entreprend des voyages à travers l’Asie et le Moyen-Orient. M. De Silva utilise enfin la documentation photographique de cette époque lors des cours qu’elle donne à l’Asian History of Architecture de l’University of Hong Kong entre 1975 et 1979.
Par la suite, M. De Silva travaille à plusieurs projets d’écotourisme (1960-1980) axés sur la préservation de l’héritage culturel et de l’équilibre écologique, anticipant les maux du tourisme de masse. Toutefois, beaucoup de ses idées ne sont pas réalisées et demeurent à l’état de projet, ce qui suggère que sa pratique est alors en avance sur son temps. En 1982, elle conçoit un centre d’art public dans sa ville natale, le Kandy Art Association Cultural Centre, son dernier grand édifice. Son importance en tant qu’architecte est reconnue dans les dernières années de sa vie : elle reçoit la médaille d’or du Sri Lankan Institute of Architects (SLIA) en 1996 et est faite officière de l’ordre des Arts et des Lettres par le gouvernement français en 1997. Jusqu’à sa mort en 1998, M. De Silva travaille au projet The Life and Work of an Asian Woman Architect (volume 1), qu’elle qualifie de « scrapbook » de ses archives.