Portrait de Laura Gozlan
Laura Gozlan, Sensorium, 2017, cire microcristalline, plexiglas, ginseng, poulpes, câbles usb, bois, 220 × 43 × 62 cm, vue du solo Hail to the New Flesh, White Crypt, Londres, 2017, © Photo : Damian Griffiths
Laura Gozlan, G Minor, 2020, film, vidéo HD, couleur, son stéréo, 2’28, Production Les Bains-Douches, Alençon, Collection FRAC Nouvelle-Aquitaine, Méca
Formée en scénographie à l’Université d’art et de design d’Helsinki, puis diplômée de l’ENSAD (Paris) et du Fresnoy (Tourcoing), Laura Gozlan vit et travaille à Paris. Nourris de références multiples, ses films mettent en scène des situations abruptes et des personnages ambigus, oscillant entre désir et (in)satisfaction, au sein d’environnements contrastés. À travers une série de microfictions dans lesquelles elle se met en scène, l’artiste documente les transformations de MuM, une figure androgyne qui navigue entre différents âges et états de conscience altérés. Marquées par une esthétique de la prothèse et de la sénescence, ses œuvres troublent les frontières du corps post-humain. Son travail a notamment été présenté dans le cadre d’expositions personnelles et collectives au Kunstraum Niederoesterreich (Vienne) en 2024, aux Bains-Douches (Alençon) en 2022, au MO.CO. (Montpellier) et à 40mcube (Rennes) en 2021, à FUTURA (Prague) en 2020, au CAC Parc Saint Léger en 2018 (Pougues-les-Eaux) et aux Rencontres de la photographie (Arles) en 2016.
Laura Gozlan, Mold II, 2016, installation vidéo, projection monocanal 11′, HD, couleur, son stéréo, feuille aluminium pliée, dimensions variables, vue du solo Hail to the New Flesh, White Crypt, Londres, 2017, © Photo : Damian Griffiths, Collection du FRAC Occitanie
Laura Gozlan, Remote Viewing, 2014, installation vidéo, projection monocanal, HD, couleur, son stéréo, 16′, verre, miroir, cristaux, bois, globes de cire, 252 × 160 × 120 cm, vue de l’exposition Ce qui manque, La Panacée, MOCO, Montpellier, 2014, © Photo : Thierry Fournier, Collection du FRAC Normandie
Laura Gozlan, Youth Enhancement Systems, 2019, photogramme, trilogie vidéo, HD, couleur, son stéréo, 5′, 6′, 5′, Collections du CNAP
Laura Gozlan, Youth Enhancement Systems, 2019, photogramme, trilogie vidéo, HD, couleur, son stéréo, 5′, 6′, 5′, Collections du CNAP
Laura Gozlan, Youth Enhancement Systems, 2019, photogramme, trilogie vidéo, HD, couleur, son stéréo, 5′, 6′, 5′, Collections du CNAP
Depuis une quinzaine d’années, le travail de Laura Gozlan se développe dans un mouvement de métamorphose protéiforme. Cette dynamique se traduit par la profusion de matériaux documentaires, littéraires et filmiques – des found footage collectés sur Internet aux gialli italiens et aux mangas japonais en passant par des archives scientifiques, des mythes ancestraux et des récits dystopiques – qui se rencontrent et s’entrelacent dans ses œuvres, constituant une vaste constellation iconographique et nourrissant un univers narratif en perpétuelle expansion1.
Inscrites dans l’héritage du « cinéma élargi2 », ses premières installations, construites autour de projections sur des surfaces vitrées et réfléchissantes (Mold II, Remote Viewing), déploient des jeux de « défragmentation3 » de l’image qui produisent une pluralité de régimes de perception. Chez Laura Gozlan, l’image n’est jamais dissociée des dispositifs qui conditionnent sa production, sa diffusion et sa réception sensorielle. En effet, ces mêmes technologies non seulement modèlent les représentations et les potentialités du corps (post-)humain, siège de tous les fantasmes d’autoconservation et de revitalisation – de la momification égyptienne à la cryogénisation transhumaniste (Youth Enhancement Systems®) –, mais aussi travaillent en profondeur l’inconscient qui l’habite, ultime territoire de prédation du capitalisme tardif.
Laura Gozlan, Some like it hot III, 2022, jesmonite, aluminium, bois, parapluie déchiré, 180 × 75 × 60 cm, production Les Limbes, Saint-Etienne, vue du solo Liminalities, Galerie Valeria Cetraro, Paris, 2024, © Photo : Romain Darnaud
Laura Gozlan, Dead Fingers Talk, 2021, trilogie vidéo, HD, couleur, son stéréo, 4’30, 2’20, 4’10, Production CNAP
Laura Gozlan, Now you’re inside me, it doesn’t mean we’ll collegially agree on all topics, 2024, film, vidéo 4K, couleur, son stéréo, 13′, structure en acier, écran LED 2 × 1m, banc en acier, auvent avec structure en acier et dentelle de Calais, 220 × 240 × 350 cm, Production SEMIS — Lieu de fabrication, FRAC Picardie, DRAC Hauts-de-France, vue du Solo, Now you’re inside me, Galerie Valeria Cetraro, Paris, 2024, © Photo : Romain Darnaud
Laura Gozlan, Foulplay, 2022-24, film, vidéo 4K, couleur, son stéréo, 12′, installation vidéo, projection monocanal, fragments de plexiglas, gélatine rubis, dimensions variables, Production Les Bains-Douches, Alençon, CNAP, vue du solo The Hierarchy of Lows, les Bains-Douches, Alençon, 2022, © Photo : Romain Darnaud
Dans les sculptures de Laura Gozlan, le corps apparaît comme profondément ductile : disséqué et réarticulé sous forme de prothèses en cire moulées à partir de son propre corps (Sensorium), figé dans des états liminaires4 de développement ou encore fusionné avec des objets qui en accentuent son hybridité et sa sensualité haptique (Some Like It Hot). Marqués par une certaine fébrilité posturale, ces fragments de chair composite laissent affleurer des affects ambivalents, en partie façonnés par les mécanismes d’abjection du « féminin monstrueux5 » que ses films s’attachent précisément à déconstruire. MuM, figure matricielle aux identités multiples et alter ego de l’artiste, incarne par excellence cette altérité grotesque qui, tour à tour, peut accomplir un vœu en atteignant le point G en synchronie avec l’acmé musical (G Minor), user de son onanisme magique pour s’auto-engendrer (Dead Fingers Talk), transférer son âme dans le corps de Faust pour lui assurer une survie parasitaire (Now You’re Inside Me) et infléchir le cours d’une élection par un orgasme capable de conjurer la menace fasciste (Foulplay).
Ainsi, l’œuvre de Laura Gozlan esquisse une forme d’« éropolitique6 » radicale qui déjoue les assignations réductrices par l’expérimentation d’un désir trouble et plastique, altéré par la consommation de psychotropes en tout genre, rétif aux impératifs de (re)productivité hétéronormée et animé par des forces chtoniennes qui lui confèrent une puissance extatique, transcendantale et profondément dissidente.
Vincent Enjalbert