Pasca, Vanni (dir.), Gae Aulenti. Gli oggetti e gli spazi, Milano, Triennale Design Museum, Mantua : Corraini, 2013
→Suma, Stefania, Gae Aulenti, Milano, Motta architettura, 2008
→Petranzan, Marguerita (dir.), Gae Aulenti, Milano, Rizzoli, 1996
Gae Aulenti (1927-2012), Triennale Milano, Milan, 22 mai 2024 – 12 janvier 2025
→Gae Aulenti : A creative Universe, Vitra Design Museum, Weil am Rhein, 29 février 2020 – 18 avril 2021
Designeuse, architecte, graphiste et scénographe italienne.
Née près d’Udine, dans le nord-est de l’Italie, Gae Aulenti poursuit des études d’architecture au Politecnico de Milan, dont elle sort diplômée en 1953. Elle est alors l’une des deux seules femmes d’une promotion de vingt élèves. Elle y suit les cours d’Ernesto Nathan Rogers (1909-1969), qu’elle considère comme un « père spirituel ». Il est alors l’un des principaux tenants du mouvement italien Neo-liberty, auquel G. Aulenti adhère au début de sa carrière. Celui-ci s’inscrit en rupture avec un modernisme normé dont les principes se sont imposés dans l’Italie des années 1950. Contre l’idée d’une architecture universelle, ses représentant·es préfèrent réinvestir une dimension culturelle et traditionnelle qui dialoguerait avec la contemporanéité.
Dans la continuité de sa formation, G. Aulenti rejoint dès 1954 la rédaction de la revue Casabella-Continuità, creuset d’idées pour une nouvelle génération d’architectes radicaux·ales. Durant dix ans, elle joue un rôle central dans les évolutions de la revue, dont elle repense le graphisme, encourage la parution de dossiers techniques et promeut l’ancrage théorique et culturel des débats. Son passage à Casabella-Continuità lui confère aussi une position privilégiée dans les débats du champ architectural et influence son langage personnel.
G. Aulenti ouvre son studio à Milan en 1953, mais ce n’est qu’à partir des années 1960 qu’elle s’investit dans le design industriel. Elle conçoit notamment la chaise Sgarsul (1962), qui témoigne déjà de sa démarche artistique. Inspirée par le premier rocking-chair de la société Gebrüder Thonet (1862), la Sgarsul se défait des éléments ornementaux pour se concentrer sur la sinuosité de l’armature en bois courbé, tout en renforçant le confort par une assise-dossier en cuir rembourré. Ainsi, G. Aulenti ne rompt pas avec la chaise à bascule traditionnelle, elle en conserve les caractéristiques fondamentales tout en l’actualisant, dialoguant de manière critique avec le passé afin de produire des formes pertinentes et dans l’air du temps.
Son approche singulière et sa capacité à penser l’objet dans un environnement global lui valent d’être rapidement reconnue et de collaborer avec de grandes entreprises. En 1965, elle conçoit avec Martinelli Luce la célèbre lampe Pipistrello, caractérisée par son pied télescopique et son abat-jour inspiré des ailes de chauve-souris, pour le show-room d’Olivetti à Paris (1967). Forte de ce succès, elle conçoit également son nouveau show-room à Buenos Aires (1968), intégrant la lampe King Sun (1967), développée avec l’éditeur Kartell. Plusieurs de ses pièces en acier tubulaire, dont le fauteuil Bridge (1969), connaissent une large diffusion grâce à Prisunic. Ces sièges apparaissent d’ailleurs dans le film La Piscine de Jacques Deray.
G. Aulenti s’inscrit dans une génération de créateur·rices qui révolutionnent le design italien. Elle fait d’ailleurs partie des artistes présenté·es à l’exposition Italy. The New Domestic Landscape, en 1972 au MoMA de New York, où l’on retrouve également Ettore Sottsass (1917-2007), Joe Colombo (1930-1971) et Mario Bellini (né en 1935). À partir des années 1980, elle s’impose à l’échelle internationale grâce à la direction de projets architecturaux de grande envergure. Elle dirige la transformation de la gare d’Orsay en musée (1980-1986), la nouvelle scénographie muséale du Centre Pompidou (1982), le réaménagement du Palazzo Grassi (1985) ou encore la muséalisation du Palau Nacional en musée national d’Art de Catalogne (1987-2004). Récompensée en 1991 par le prestigieux Praemium Imperiale au Japon, G. Aulenti a fait l’objet de plusieurs expositions rétrospectives, notamment au Vitra Design Museum, en Allemagne, en 2022 et à la Triennale de Milan en 2024.