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Tania Bruguera

1968 | La Havane, Cuba
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Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

© Hugo Huerta Marin

Plasticienne cubaine.

Depuis le milieu des années 1980, Tania Bruguera développe une œuvre militante, qui s’essaie à repenser et à redéfinir le rôle de l’art au sein de la société. Dans ses différents travaux – performances, vidéos, objets, dessins, installations –, le corps constitue un support essentiel en tant « qu’espace social et politique ». Ainsi, dans ses premières œuvres, elle se met en scène, parfois de manière violente, comme dans El peso de la culpa (« le poids de la faute », 1997) : nue, un animal mort autour de son cou, elle mange de la terre afin de renouer avec un rite pratiqué par les indigènes lors de l’invasion espagnole. À partir des années 2000, elle développe un projet majeur, la Catédra Arte de Conducta (« centre d’étude de l’art du comportement »), un programme de recherche consacré à la performance, se déroulant à La Havane, dans sa maison de Tejadillo. À travers des discussions, des cours, des expositions, des conférences, des ateliers, cette « école » à visée internationale s’adresse à des étudiants, des artistes, des professionnels de l’art et des penseurs d’horizons variés qui s’intéressent à divers domaines du savoir, tels que l’anthropologie, la sociologie, le journalisme, les sciences politiques, les mathématiques, l’histoire, l’histoire de l’art. Par ce biais, Bruguera souhaite développer ses interrogations et donner une nouvelle direction à l’art cubain. Très attachée à sa terre natale, elle souhaite inscrire ses actions dans l’histoire de son pays, comme en témoigne Homenaje a Ana Mendieta, œuvre consacrée à Ana Mendieta. Sans pour autant être autobiographique, elle s’inspire du passé politique et culturel de son pays.

Pour que l’art puisse de facto jouer un rôle dans la société, la plasticienne sollicite une participation active du spectateur. Lors de son intervention au Centre Pompidou (IP détournement, 2011), elle s’est appropriée des œuvres issues de la collection vidéo du musée national d’Art moderne, en accord avec les artistes, et a invité le public à venir acquérir illégalement ces « œuvres » pirates pour la somme d’un euro, devenant alors complice du détournement opéré par l’artiste, qui l’érige ainsi en hors-la-loi. T. Bruguera rejette l’aspect esthétique du terme de « performance », auquel est préféré celui d’un « art du comportement », plus fidèle, selon elle, aux expériences proposées, qui reposent toutes sur la notion de partage. Par ailleurs, ses expérimentations ne sont relayées par aucune trace, écrite ou visuelle, ce qui renforce l’importance de la présence du public. La mémoire et l’échange oral seuls les documentent, ce qui entraîne des altérations possibles par rapport à la réalité. Très active sur la scène contemporaine, elle a réalisé des projets à l’occasion de plusieurs expositions internationales, dont la Documenta 9 de Kassel (2002) et la Biennale de Venise en 2001 et 2005, et dans de nombreuses institutions (Kunsthalle, Vienne, 2006 ; Fonds régional d’art contemporain de Lorraine, Metz, 2006). Le 30 décembre 2014, Bruguera est arrêtée après avoir voulu organiser une « prise de micro » sur la place de la Révolution à la Havane, afin de laisser s’exprimer la population cubaine quant au récent rapprochement entre les États-Unis et Cuba. Son passeport est confisqué et elle est depuis lors retenue sur son île natale.

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Ludovic Delalande

Extrait du Dictionnaire universel des créatrices
© 2013 Des femmes – Antoinette Fouque
Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tania Bruguera, The Burden of guilt, 1997-99, performance, reconstitution d’un événement historique, agneau décapité, corde, eau, sel, terre cubaine, dimensions variables, Courtesy Estudio Bruguera

Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tania Bruguera, Museum of Arte Util, 2000, art utile, Courtesy Van Abbemuseum et Estudio Bruguera

Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tania Bruguera, Immigrant Movement International, 2006, performance, appropriation de stratégies politiques, politiques d’immigration et lois, population immigrante, politiciens élus officiels, associations de quartier, pression du public, médias, dimensions variables, Courtesy Estudio Bruguera

Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tania Bruguera, Tatlin’s whisper #5, 2008, décontextualisation d’une action, police montée, contrôle technique de la foule, audience, dimensions variables, Courtesy Tate Modern et Studio Bruguera, © Photo : Sheila Burnett

Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tania Bruguera, The Francis Effect, 2014, performance, table, cartes postales, t-shirts, sacs, site internet, iPad, Courtesy Estudio Bruguera

Tania Bruguera — AWARE Women artists / Femmes artistes

Tania Bruguera, Instar, 20 – 24 May, 2015, lecture et discussion ininterrompue du texte de Hannah Arendt « The origins of totalitarianism », visiteurs cubains, colombe, fauteuil, livre The Origins of Totalitarianism, un haut-parleur à l’intérieur et un haut-parleur en dehors de l’institution, lectures et discussions enregistrées et envoyées par e-mail par des personnes en dehors du pays qui souhaiteraient être une part de l’événement, employés culturels, agents de sécurité cubains, mouvement « Requesta Rapida », acte de répudiation, dimensions variables, Courtesy INSTAR et Yo Tambien Exijo Platform

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