Hasan Musarrat, Zubeida Agha: A Pioneer of Modern Art in Pakistan, Karachi, Foundation for Museum of Modern Art, Arts & The Islamic World, 2004
→Hashmi Salima, Unveiling the Visible: Lives and Works of Women Artists of Pakistan, Islamabad, Action Aid Pakistan, 2002
Zubeida Agha, The National Art Gallery, Islamabad, 1993
Peintre pakistanaise.
L’œuvre de Zubeida Agha, considérée aujourd’hui comme une « pionnière de l’art moderne au Pakistan », est souvent qualifiée de féministe, bien que l’artiste ait déclaré « détester le terme ‘féministe’ et en vouloir aux peintres pakistanaises qui s’identifient comme telles ». Mais elle concède dans un entretien que « la subtile délicatesse de ses couleurs sont peut-être liées à son genre ».
Née en 1922 dans une ville qui fera plus tard partie du Pakistan, Z. Agha fait des études de philosophie et de sciences politiques à la prestigieuse université pour femmes Kinnaird à Lahore. Après avoir rêvé à plusieurs reprises de peinture, elle décide de suivre des cours d’art classique à l’atelier de B.C. Sanyal à Lahore. Alors qu’elle commence à se lasser du style académique et trop conventionnel de l’atelier, son frère, un fonctionnaire et critique d’art respecté, lui présente Mario Perlingieri, un ancien élève de Picasso et prisonnier de guerre interné à Lahore. Encouragée par M. Perlingieri, Z. Agha apprend à suivre ses propres intuitions et à peindre les objets selon l’idée qu’elle s’en fait plutôt que selon leur réalité objective. Elle présente son travail pour la première fois lors d’une exposition collective au musée de Lahore et reçoit à cette occasion des prix de peinture et de sculpture. Ses toiles stylisées aux titres abstraits, comme Vent, Sagesse ou Métamorphose s’éloignent volontairement de motifs reconnaissables et traduisent un sentiment d’harmonie spirituelle. Sa première exposition individuelle à Karachi en 1949 ébranle les fondements de ce que le public pakistanais perçoit comme de l’art. Certains sont scandalisés par ce qu’ils considèrent être une absence totale de savoir-faire, tandis que d’autres s’émerveillent de ces formes étrangement familières, confirmant ainsi son statut de « coloriste exceptionnelle ». Deux tableaux remarquables cette année-là, Les Ramasseurs de coton et Dans la forêt, montrent comment l’artiste retravaille ses motifs à plusieurs reprises jusqu’à « obtenir une forme à la fois simple et capable d’exprimer le rythme du mouvement et l’atmosphère de ses sujets ».
Agha obtient une bourse d’études en peinture à la St Martin’s School of Art à Londres en 1950. L’année suivante, elle choisit néanmoins de continuer son parcours à l’École des beaux-arts de Paris, où elle se sent plus à l’aise. En 1951-1952, elle expose seule à la Trafford Gallery à Londres et à la galerie Henri Tronche à Paris. Elle retourne ensuite à Karachi, où son travail est de nouveau exposé à deux reprises. Sa palette habituellement assez sombre s’additionne désormais de couleurs plus vives et éclatantes. Les paysages urbains qu’elle peint de 1958 à 1970 sont emplis de lumière, de couleurs et d’interférences visuelles, mais sans la moindre présence humaine, « comme une façade, une fausse devanture derrière laquelle se cache le néant d’un terrain vague ». En 1961, elle est nommée directrice de la Contemporary Art Gallery à Rawalpindi. Au cours de ses seize années passées sous la direction de Z. Agha, la galerie a exposé les œuvres « indiscutablement les meilleures de l’époque » et, de ce fait, posé les bases de la Pakistan National Art Gallery et de l’Arts Council à Islamabad. Elle obtient la President’s Medal for Pride of Performance (1965), le prix Quaid-e-Azam (1982), le prix Shakir Ali (1983) et le National Award for Lifetime Achievement in Art (1996). Elle se retire de ses fonctions publiques en 1977 et s’installe à Islamabad pour se consacrer en toute tranquillité à sa pratique artistique et organiser des expositions privées de son travail chez elle. La National Art Gallery d’Islamabad tient une rétrospective de son œuvre en 1993.
Tout au long de sa carrière, Z. Agha s’approprie et réassemble figures humaines, chevaux, paysages, environnements urbains, fleurs, objets, formes géométriques, plans et volumes en s’efforçant d’en tirer une réalité subjective hors de l’espace et du temps. Bien que son imagerie puisse paraître simple, joyeuse et apaisée, l’artiste décrit sa pratique ainsi : « Lorsque je peins, je suis à l’agonie. C’est une immersion psychologique totale… L’acte créatif n’est pas qu’une activité émotionnelle. C’est lorsque l’intellect s’empare de cette émotion que la toile prend sa forme artistique ». Son tableau Cinquième symphonie de Beethoven sera un jalon tout au long de sa vie : elle aimait à dire qu’elle avait aussi l’intention de peindre la neuvième, mais qu’elle n’avait réussi à mettre la main que sur un disque de la cinquième.
Z. Agha a mené une vie de recluse. En dehors de son rôle de directrice de galerie, elle ne fréquentait jamais aucun autre artiste, hormis Shakir Ali. Elle s’isola encore davantage à la fin de sa vie en insistant sur le respect de son intimité et en décourageant ses proches de lui rendre trop souvent visite. Elle ne se maria jamais et consacra sa vie entière à la pratique de son art.