Soun Gui Kim - AWARE

Prix AWARE

Soun Gui Kim
Lauréate du Prix d’honneur 2026

Soun Gui Kim tire à l’arc à l’atelier de Provence, 1982, Photo : Rotraut Pape

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Soun Gui KIM, Situation plastique II – Manifestation Cerfs-volants, 1971-1973, installation vidéo, film super 8 mm, Courtesy de l’artiste

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Soun Gui Kim, Sek-Don poème, 1983, Courtesy de l’artiste

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Soun Gui Kim, Vide&o, 1989, installation, glace vidéo concert, Courtesy de l’artiste

L’œuvre multidisciplinaire de l’artiste franco-coréenne Soun Gui Kim traverse les espaces et les temporalités. Depuis plus d’un demi-siècle, sa pratique tisse des liens entre la Corée du Sud et la France, mais aussi avec les États-Unis et l’Allemagne, tout en manifestant une curiosité constante pour la diversité des techniques et l’innovation conceptuelle. Son travail se nourrit d’une double imprégnation philosophique : la pensée orientale, qu’elle maîtrise intimement, et la philosophie occidentale, nourrie par ses échanges intellectuels prolongés avec Jean-Luc Nancy et Jacques Derrida. Au cœur de cette démarche se déploie une réflexion approfondie sur la nature du langage, alimentée par sa formation en sémiotique et son intérêt pour les processus créatifs.

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Vue de l’exposition Lazy Clouds, 2022, ZKM, Karlsruhe (2022-2023), Courtesy de l’artiste

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Vue de l’exposition Lazy Clouds, 2022, ZKM, Karlsruhe (2022-2023), Courtesy de l’artiste

L’une de ses expositions personnelles récentes, la rétrospective Lazy Clouds – présentée au musée national d’Art moderne et contemporain de Corée en 2019, puis au ZKM de Karlsruhe en 2022-2023 –, illustre sa conception de l’identité comme étant à la fois abstraite et concrète. À l’image du nuage, entité sans frontières fixes, Soun Gui Kim refuse toute assignation stable : insaisissable et mobile, elle se dérobe aux catégories identitaires (femme, migrante, Coréenne, racisée, Asiatique) comme aux classifications médiales (peintre, dessinatrice, sculptrice, photographe, performeuse, vidéaste, autrice d’installations), se réinventant continuellement. Le terme anglais shapeshifter (« métamorphe ») rend compte de cette plasticité constitutive de son œuvre.

La notion de « stupidité » constitue un autre axe central de sa pensée. Elle irrigue plusieurs de ses créations, que l’artiste qualifie elle-même d’« idiotes » : ainsi de ses photographies au sténopé réalisées à partir de la fin des années 1980, ou encore de ses œuvres récentes impliquant le robot Yeong Hee récitant de la poésie. Pour Soun Gui Kim, l’ignorance représente une force, dans la mesure où, contrairement au savoir, elle n’est pas limitée.

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Soun Gui Kim, Nuages, 1973, Courtesy de l’artiste

Soun Gui Kim - AWARE Artistes femmes / women artists

Soun Gui Kim, Silence of the Well, 2010, installation sonore, Courtesy de l’artiste

Active en France depuis le début des années 1970, Soun Gui Kim a marqué la scène artistique non seulement par sa pratique mais aussi par son enseignement. Elle souligne avoir été l’une des premières à intégrer les ordinateurs et les nouveaux médias dans les processus pédagogiques au sein des écoles d’art du sud de la France. Son travail se distingue également par une forte dimension collaborative. Elle a ainsi travaillé avec des figures majeures de l’art contemporain international, telles que Nam June Paik et John Cage, mais aussi avec ses étudiant·es et ses proches, avec lesquel·les elle a réalisé certaines de ses installations les plus emblématiques, comme Situation plastique III (1973)ou Forest Poems (2021).

Lorsque je visite son atelier en mars 2026, Soun Gui Kim me montre une vidéo précoce qu’elle considère comme l’une de ses œuvres les plus fortes. Réalisée en 1982, Soun Gui Kim est absente aujourd’hui se compose d’une énumération de dates, chacune suivie de la phrase éponyme, répétée comme un mantra. L’artiste me confie que cette œuvre résume son sentiment actuel : en France aujourd’hui, elle se perçoit comme absente. Pourtant, l’année de ses quatre-vingts ans, elle reçoit le prix d’honneur AWARE, ce qui suggère que cette « absence » relève moins d’une réalité institutionnelle que d’une expérience subjective du temps.

Dilda Ramazan est curatrice et doctorante à Sorbonne Université. Elle siège à l'Advisory Council du Pitt Rivers Museum, fait partie du groupe de recherche DAVRA, de la comité de rédaction de la revue Marges et de la section kazakhstanaise de AICA. Ses recherches portent sur les scènes de l’art contemporain de l'Asie centrale durant la période post-indépendance, dans une perspective comparative.