Portrait de Bettina Samson
Bettina Samson, Tomorrow and Tomorrow and Tomorrow, installation composée de Tomorrow and Tomorrow and Tomorrow, 2009, lettrage adhésif sur mur, face à un dispositif rotatif stroboscopique composé de plexiglas opaline, découpes adhésives, moteur, timer, éclairage au néon, filtres, 100 × 100 cm ; members of the Utopian Commune of Llano del Rio, as unseen by Aldous Huxley, who lived next to its ruins years after, 2009, bronze brut, 26 × 45 × 18 cm, Exposition personnelle, La Galerie, Noisy-le-Sec, 2009-2010 cur. Marianne Lanavère, © Photo : Cédrick Eymenier
Bettina Samson, Three Loops for a Fourth Dimension, 2013, acier, résine, pigments, sable, lianes artificielles, 250 × 180 × 65 cm, © Photo : MAC Marseille, exposition collective Parade, Musée d’Art Contemporain de Marseille, 2023
Bettina Samson, Tabitha Babbitt’s Chariot (Circular Saw Rocking Chair), 2019, chaise Shaker, bois, cuir, textile, feutre, matériaux composites, 80 × 145 × 125 cm, © Photo : Bettina Samson
Bettina Samson, Silver Nuclear Dust II, 2014, épreuve gélatino-argentique noir et blanc sur papier baryté, 175 × 140 cm, © Photo : Bettina Samson
Bettina Samson, La Vase et le Sel, 2019, commande publique Garonne de Bordeaux Métropole – L’art dans la ville, localisation : site du Centre Technique de l’Environnement à Bègles, rue Louis Blériot, côté Garonne sur le chemin de halage, maître d’œuvre Zebra 3, © Photo : Jean-Baptiste Mengès pour Bordeaux Métropole
Bettina Samson, La Vase et le Sel, 2019, commande publique Garonne de Bordeaux Métropole – L’art dans la ville, localisation : site du Centre Technique de l’Environnement à Bègles, rue Louis Blériot, côté Garonne sur le chemin de halage, maître d’œuvre Zebra 3, © image extraite du film La Vase et le Sel (Hoodoo Calliope), par Stanislas Cadéo, Ombline Ley et Caroline Capelle, 2020
Bettina Samson, Kink (More Honour’d in the Breach) IV, 2015, grès chamottée, cuisson basse temperature, 50 × 50 × 45 cm, collection privée, © Photo : Claire Dorn
Bettina Samson, vue de l’exposition Krypton Series, 2021, Frac Normandie, Caen, avec les œuvres : Krypton Series 1-19, 2019, ensemble d’affiches, impression quadri sur papier lisse mat artistique, 84 × 120 cm ; Tabitha Babbitt’s Chariot (Circular Saw Rocking Chair), 2019, bois, cuir, textile, feutre, matériaux composites, 80 × 145 × 125 cm ; Mesh Sculpture I, 2020, faïence brute, 50 × 40 × 55 cm ; Mesh Sculpture II, 2020, faïence brute, 50 × 45 × 45 cm ; deux sculptures sont posées sur Gift Drawing Tables, 2019, acier découpé au laser et par oxycoupage manuel, bois, aimants, dimensions variables, © Photo : Marc Domage
Bettina Samson, Frozen / Garden, 2024, céramique, grès chamotté émaillé, cuisson haute température, 40 × 45 × 70 cm, © Photo : Bettina Samson
Bettina Samson, Dynasty, 2010, exposition collective, Musée d’Art moderne de la Ville de Paris/ARC, Spectres, installation composée de : Première photographie du spectre solaire, altérée par le temps et avec raies d’absorption, 2009, impression jet d’encre sur vinyle adhésif fond transparent, 210 × 405 cm, œuvre créée pour l’exposition Dynasty aux dimensions d’une fenêtre du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris et produite par la Ville de Paris, Paris Musées, avec le soutien des amis du Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris ; Première photographie du spectre solaire, altérée par le temps et sous la forme rêvée d’un carottage, 2009, résine époxyde, colorants, bois de chêne, 200 × 40 × 75 cm ; Nuclear Dust, 2009, deux tirages photographiques jet d’encre, 150 × 190 cm, © Photo : Pierre Antoine
Bettina Samson, Dead Heat II, 2016-2025, verre coloré fusionné et soufflé, 28 × 19 × 3,7 cm, © Photo : Bettina Samson
Bettina Samson, Contre-Jour (For a future Observation of Dark Matter) II, 2013, verre fusionné et gravé par sablage, 62 × 102 × 2 cm, œuvre d’une série de 9 réalisées à la suite d’une résidence au sein de l’OSU Institut Pythéas et du laboratoire de Frédéric Zamkotsian au LAM (Laboratoire d’Astrophysique de Marseille), dans le cadre des Ateliers de l’EuroMéditerranée de Marseille-Provence 2013, en partenariat avec le Frac PACA, axposition La Fabrique des Possibles, Frac PACA, 2013, © Photo : Bettina Samson
Bettina Samson, Comment, par hasard Henri Becquerel découvrit la radioactivité, 2009, 5 épreuves gélatino-argentique noir et blanc sur papier baryté, de la série de 9, 80 × 100 cm, par photographie, Collection FRAC Ile-de-France, exposition Paint it Black, Frac Ile-de-France, Le Plateau, 2013, © Photo : Martin Argyroglo
Bettina Samson, Cinder Peak Phone Booth Replica (Bluejacking), 2008, résine, aluminium, bois, plexiglas, pierres volcaniques, PC et dongle bluetooth, 210 × 100 × 300 cm minimum, © Photo : Umberto Romito, exposition Die Wiederholung der Zeichen, cur. Fanny Gonella, Altefabrik, Rapperswil, Suisse collection privée
Bettina Samson, By the Hollow I, verre coloré fusionné et gravé par sablage, 16 × 23 × 2 cm, collection privée, © Photo : Claire Dorn
Imprononçables jusqu’à peu, Bettina Samson révèle désormais, et posément, les origines profondes qui sous-tendent ses créations. Hétéroclites, faites d’errances et d’expérimentations, rythmées par des accidents et des forces invisibles, dans un corps-à-corps avec la matière comme ligne de vie, elles sont inspirées par la perte de repères que propose la temporalité nocturne de l’atelier. Des figures pivots – médecins, curateur·rices, collègues artistes – rejoignent Bettina et forment le tissu vivant de sa démarche dans une vigilance active face à l’incertitude, où chaque accident, chaque hésitation devient une piste à explorer. Depuis sa rémission silencieuse en 2003, elle apparente son attitude de recherche à de la survie et développe un travail sur l’optique et les forces naturelles, seulement perceptibles par leurs conséquences matérielles sur le monde physique. Les Batailles nocturnes, par exemple, travaux poétiques regroupés sur le site Illness Narratives1 (2024-2025), éclairent les effets de la violence et de l’absurdité d’expériences validistes qui font basculer dans l’horreur et dont seule la fiction libère.
Bettina tire de son parcours médical bourré d’urgences, de perte d’agentivité, d’errances, d’accidents et d’actions invasives sur son corps l’inspiration pour sculpter des corps sans frontières, pénétrables, à l’épreuve du vivant. Ainsi, les pièces en verre Mètis Metiista et l’ensemble de ses céramiques sont des régimes de figuration mis à disposition des autres. Elles flirtent avec la figure familière – ici on distingue un œil, un membre – et se font hôtes d’un voyage permanent entre l’intérieur et l’extérieur, se ravalent elles-mêmes, exposant leurs cavités. Ce mouvement infini et cette vitalité rendent perceptible le rythme Crip du corps ainsi représenté.
Les recherches sur la gravité, la matière noire ou les effets de la radiation irriguent les questionnements de l’artiste dans de nombreuses pièces, comme dans la série Comment, par hasard, Henri Becquerel découvrit la radioactivité. Avec La Vase et le Sel, ce sont les pulsations par des sifflets et le souffle par la vapeur qui deviennent médiums, traversant la matière. L’installation monumentale est là aussi un autoportrait sibyllin de l’artiste. Si la respiration vient parfois à manquer, c’est la possibilité du cri qui advient ici, quand les mots ne suffisent plus. Tout comme dans Tomorrow and Tomorrow and Tomorrow, avec l’apparition d’une temporalité propre à l’expérience médicale, qui installe un temps subi, flottant, proche des états modifiés de la sidération, un temps réversible, susceptible de se défaire et de se retourner sur lui-même. Portées par un vitalisme forcené, en mouvement pour ne pas se laisser attraper, les pièces de Bettina Samson, indépendantes, vivent par elles-mêmes, portées par une énergie qui résiste à l’immobilité.
La pratique plastique protéiforme de Bettina Samson comprend la sculpture, l’installation in situ et la photographie. Ses projets se nourrissent aussi bien des arts populaires que des avant-gardes et des utopies, des avancées technologiques que des phénomènes naturels. Entremêlant recherche documentaire et anecdotes, ses œuvres laissent émerger des récits inexplorés, dont ceux connectés aux mouvements féministes. À travers l’improvisation formelle et une expérimentation poussée de matériaux comme la céramique, Bettina Samson joue des échelles, des perceptions et des processus, et invite le spectateur, la spectatrice à la découverte d’un monde à la croisée des sciences, de l’histoire et du mysticisme.
Lucie Camous et Amélie Deschamps (duo)