Sandra Gamarra, Milagros, 2008, c. Sandra Gamarra, courtesy of the artist
Poursuivant la réflexion du cycle de conférences Artistes femmes au musée ? Regards actuels au musée du Louvre en 2014, ce colloque entend dépasser le constat de la sous-représentation des œuvres d’artistes femmes dans les collections permanentes pour examiner les transformations épistémologiques qu’implique leur inclusion en croisant approches théoriques et pratiques muséales.
Le musée joue un rôle dans la société en tant que lieu de savoir et, par conséquent, de pouvoir. En rendant visibles les objets et en les inscrivant dans des récits, il contribue à construire des narrations dominantes et, à travers elles, des imaginaires collectifs. Les réflexions en histoire de l’art, en muséologie et en études de genre interrogent les hiérarchies entre artistes, œuvres et techniques, ainsi que les conditions de formation et d’exercice de la profession d’artiste. En s’appuyant également sur les études postcoloniales, ces approches insufflent des changements dans les musées. En se concentrant sur les collections permanentes d’art ancien, moins étudiées sous cet angle que les expositions temporaires et les collections d’art moderne et contemporain, ce colloque met en lumière des propositions muséales créant de nouvelles manières de donner à voir et à comprendre. De nombreux musées ont ainsi initié des programmes de recherche, expérimenté des accrochages, mis en œuvre de nouveaux récits et formes de transmission.
Ces démarches remettent en question les critères d’évaluation fondés sur des canons établis, ainsi que les mythes persistants qui continuent à modeler l’histoire de l’art. Plusieurs interrogations émergent alors : les études de genre peuvent-elles contribuer à repenser le musée en profondeur ? Les propositions formulées perdent-elles nécessairement leur radicalité lorsqu’elles s’inscrivent dans une institution ? Quelles expérimentations, passées et récentes, ont vu le jour dans ce domaine, et quels en sont les résultats ?
En réunissant un panel international de conservateurs, conservatrices, universitaires et artistes, ce colloque, coorganisé par l’association AWARE : Archives of Women Artists, Research & Exhibitions et la Direction des études muséales et de l’appui à la recherche du musée du Louvre, invite à mobiliser le potentiel transformateur des recherches menées au croisement de l’histoire de l’art, de la muséologie et des études de genre pour inventer le musée de demain.
Informations pratiques
Lundi 16 février 2026 de 9h30 à 19h
Mardi 17 février 2026 de 9h30 à 18h
École du Louvre
Amphithéâtre Michel-Ange
Palais du Louvre, Porte Jaujard
Place du Carrousel 75001 Paris
Entrée libre sur inscription ici
L’événement se déroulera en français, anglais et espagnol (avec traduction consécutive)
Pour toutes demandes d’informations relatives à ce colloque, vous pouvez écrire à l’adresse suivante : [email protected]
Françoise Mardrus, directrice des études muséales et de l’appui à la recherche, musée du Louvre
Camille Morineau, conservatrice du patrimoine, musée national d’Art moderne-Centre Pompidou et co-fondatrice d’AWARE: Archives of Women Artists, Research & Exhibitions
suivies de
Julie Botte, coordinatrice de projets à la direction des études muséales et de l’appui à la recherche, musée du Louvre
Matylda Taszycka, responsable des programmes scientifiques à AWARE: Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, musée national d’Art moderne-Centre Pompidou
Griselda Pollock, historienne de l’art feministe, professeure émérite, Université de Leeds
Résumé : Un demi-siècle de critique féministe a-t-il réellement eu un impact substantiel sur les pratiques muséales et sur la conscience publique ? Dans Old Mistresses (1981) / Maîtresses d’autrefois (2023), Roszika Parker et moi avons mis en évidence la hiérarchie structurelle propre à la discipline de l’histoire de l’art et à la culture muséale, qui valorise les hommes plutôt que les femmes, l’art occidental plutôt que les autres cultures du monde, la peinture et la sculpture plutôt que les pratiques artistiques liées au fil, au textile ou à la céramique, etc. La muséologie critique marxiste et postcoloniale a, quant à elle, identifié les musées comme des producteurs idéologiques d’identité nationale et d’acculturation, tout en consacrant des hiérarchies colonialistes. Aucune de ces logiques ne peut être corrigée par de simples ajouts. Le problème n’est pas d’ordre muséologique, mais demeure fondamentalement idéologique : il prive ainsi le public à la fois de la compréhension du rôle joué par la culture officielle au service du pouvoir et de ses hiérarchies de classe, de genre, de race et de sexualités, et de la possibilité de rencontres transformatrices avec des œuvres d’art présentées comme des agents équivoques de signification culturelle et comme des lieux de diversité et de complexité humaines. Comment ces enjeux peuvent-ils devenir une stratégie curatoriale ?
Griselda Pollock, professeure émérite d’histoires sociales et critiques de l’art à l’Université de Leeds, a reçu le Nessim Habif World Prize (Genève) en 2024, le prix Holberg en 2020, le CAA Lifetime Achievement Award for Writing on Art en 2023, ainsi que le CAA Distinguished Feminist Award for Promoting Equality in Art en 2010. Parmi ses ouvrages figurent Old Mistresses: Women, Art and Ideology, avec Rozsika Parker (1981 ; 4ᵉ édition : 2022, désormais traduit en japonais, espagnol, français, italien et polonais), Encounters in the Virtual Feminist Museum (2007), Differencing the Canon (1999), Charlotte Salomon in the Theatre of Memory (2018), Killing Men & Dying Women: Imagining Difference in 1950s New York Painting (2022), ainsi que WOMAN IN ART: Helen Rosenau’s “Little Book” of 1944 (2023).
Chương-Đài Võ est commissaire, chercheuse et éditrice basée à Paris, et enseignante à l’École Nationale Supérieure d’Arts de Paris Cergy. Ses projets actuels comprennent une exposition à la Cité internationale des arts sur les lieux de l’internationalisme à Paris, co-organisée avec Charles Esche, et un livre sur l’espace Display, géré par des artistes et basé à Prague, ainsi que sur le développement de l’art contemporain dans l’ancienne Europe de l’Est après 1989. Plus récemment, elle a été directrice artistique du Festival Afrique-Asie à Dakar et coéditrice de The Museum is Multiple: Van Abbemuseum 2004-24.
Annabelle Ténèze, directrice, musée Louvre-Lens
Résumé : Espace emblématique du Louvre-Lens qui réunit plus de 5 000 ans d’histoire, la Galerie du temps propose depuis décembre 2024 un accrochage renouvelé, élargi dans la géographie et le temps. Cette démarche est accompagnée d’une médiation participative inédite menée avec deux cents habitantes et habitantes du territoire, dont l’association Femmes en avant de Liévin. En croisant les œuvres, leurs contextes et parfois les silences de l’histoire, le parcours muséal propose une lecture renouvelée des collections en accordant une attention nouvelle aux représentations de femmes à travers les siècles et aux artistes femmes, longtemps restées marginales et peu identifiées dans le récit de l’histoire de l’art. Figures mythologiques, saintes, reines, allégories, modèles, artistes femmes, représentations anonymes… Les œuvres témoignent autant des regards portés sur les femmes que des sociétés qui les ont produites. Nourrie par les recherches récentes, par le regard des artistes d’aujourd’hui et par celui des publics, cette approche pense le musée comme un lieu vivant, ouvert et inclusif, où les œuvres du passé dialoguent avec les enjeux contemporains d’égalité et de transmission, par-delà les territoires, les époques, et sans hiérarchie, ni entre les arts, ni entre les personnes.
Annabelle Ténèze est depuis 2023 directrice du Louvre-Lens, où elle porte le projet de Louvre en partage. Depuis son arrivée, elle a conduit le renouvellement de la Galerie du temps et le Louvre-Lens a accueilli les expositions Exils. Regards d’artistes (2024), Icônes venues d’Ukraine (2024), S’habiller en artiste. L’artiste et le vêtement (2025) et Gothiques (2025). Ancienne élève de l’École nationale des Chartes et de l’Institut national du Patrimoine, Annabelle Ténèze a débuté sa carrière en 2006 en tant que conservatrice responsable des collections d’art graphique au Musée national Picasso-Paris. En 2012, elle prend la direction du Musée d’art contemporain de la Haute-Vienne – Château de Rochechouart. En 2017, elle devient directrice générale des Abattoirs, qui réunit le Musée d’art moderne et contemporain de la Ville de Toulouse et le Fonds régional d’art contemporain Occitanie. Elle a co-organisé plusieurs expositions consacrées aux artistes femmes (Peindre,dit-elle, 2015-2017, Musée d’art contemporain de Rochechouart ; Musée des Beaux-arts de Dôle, L’Iris de Lucy. Artistes africaines contemporaines, 2015-2016, MUSAC, León ; Musée d’art contemporain de Rochechouart ; CAAM, Las Palmas de Gran Canaria) et conçu de nombreuses rétrospectives d’artistes femmes, dont Marion Baruch, Jacqueline de Jong, Hessie, ORLAN, Niki de Saint-Phalle, Carolee Schneemann, etc.
Ilaria Miarelli Mariani, directrice, Museo di Roma et musées municipaux de Rome, et Ilaria Arcangeli, chercheuse
Résumé : Ces dernières années, un programme de recherche et de commissariat soutenu s’est attaché à redécouvrir et à réévaluer les artistes femmes présentes dans les collections des musées civiques de Rome. L’exposition Roma Pittrice a joué un rôle déterminant dans la relance de la valorisation de ces œuvres et a conduit à la décision de créer une salle permanente présentant une sélection des œuvres alors exposées. Le projet s’est développé à travers des campagnes systématiques de catalogage des collections du XIXᵉ siècle, engagées avant l’exposition et toujours en cours, qui ont permis de nouvelles identifications et réattributions d’œuvres jusque-là considérées comme anonymes ou attribuées à des parents masculins. Plus récemment, à la Galerie d’Art moderne, les peintures murales de la carmélite Eufrasia, conservées dans l’ancien complexe conventuel qui abrite aujourd’hui le musée, ont été rendues au public, prolongeant ainsi cette stratégie de redécouverte et de réintégration des artistes femmes dans les récits muséaux.
Ilaria Miarelli Mariani est professeure titulaire de muséologie et de critique de l’art et de la restauration à l’université La Sapienza de Rome. Depuis 2023, elle est directrice des musées civiques de Rome et présidente du CUNSTA. Elle est membre de conseils doctoraux et de conseils scientifiques de musées, notamment de la Galerie Borghèse. Spécialiste de l’art romain, de la muséologie, du collectionnisme et de l’histoire du goût, elle a publié plus d’une centaine de travaux scientifiques, dont d’importantes monographies. Pour les Musei Civici, elle a dirigé le catalogue de la peinture du XIXᵉ siècle au Palazzo Braschi et assuré le commissariat de grandes expositions telles que Tiziano, Lotto, Crivelli et Guercino, Les chefs-d’œuvre de la Pinacothèque Podesti, Roma Pittrice. Femmes artistes à l’œuvre entre le XVIᵉ et le XIXᵉ siècle, et Impressionismo e oltre. Chefs-d’œuvre du Detroit Institute of Arts, consacrée à la peinture européenne de l’impressionnisme aux premières avant-gardes.
Ilaria Arcangeli a obtenu en mai 2025 un doctorat en études du patrimoine culturel à l’université de Chieti-Pescara, avec une thèse consacrée aux artistes femmes de l’époque moderne actives à Rome entre le XVIᵉ et le XVIIᵉ siècle. Ses recherches portent plus largement sur le collectionnisme à l’époque moderne, la photographie de documentation et la conservation du patrimoine culturel. Elle a collaboré avec d’importantes institutions italiennes telles que la Galerie Borghèse, les Galeries nationales Barberini Corsini et les Musées royaux de Turin. Elle a été co-commissaire de l’exposition Roma Pittrice au Musée de Rome et collabore actuellement avec ce même musée. Elle est également chercheuse à l’université de Pérouse dans le cadre d’un projet consacré à la numérisation du patrimoine touché par les séismes en Italie centrale.
Fabienne Dumont, historienne de l’art, critique d’art et professeure à l’université Jean-Monnet-Saint-Etienne
Résumé : Histoire de l’art et lutte des sexes est publié en 1978 par Françoise d’Eaubonne. Dans cet ouvrage, la pionnière de l’écoféminisme prend appui sur de nombreuses œuvres du musée du Louvre, qu’elle investit de son regard féministe passionné, érudit et iconoclaste. Nourrie des débats de son époque, en lien à une histoire sociale et marxiste de l’art, elle puise à de nombreuses disciplines pour décrypter la position des femmes dans les représentations, qu’elle enchâsse dans la prise en compte de la position des artistes dans le champ de l’art, vis-à-vis de leurs commanditaires, de la morale sexuelle de leur époque, etc. Nous reprendrons quelques exemples tout en précisant le parcours de Françoise d’Eaubonne.
Fabienne Dumont est professeure d’histoire de l’art contemporain à l’université Jean-Monnet-Saint-Étienne. Parmi ses ouvrages : Des sorcières comme les autres – Artistes et féministes dans la France des années 1970 (PUR, 2014) ; (dir.), La rébellion du Deuxième Sexe – L’histoire de l’art au crible des théories féministes anglo-américaines (1970-2000) (Les presses du réel, 2011) ; Nil Yalter – À la confluence des mémoires migrantes, féministes, ouvrières et des mythologies (MAC VAL, 2019) ; Nil Yalter – Entretien avec Fabienne Dumont (Manuella Éditions/Aware, 2019) ; (dir.), Alice Neel (ER Publishing, 2022) ; (dir.), Françoise d’Eaubonne, Histoire de l’art et lutte des sexes [1978] (Les presses du réel, 2025).
Gloria Cortes, conservatrice, musée des Beaux-Arts du Chili
Résumé : S’appuyant sur une citation de la poétesse argentine Alfonsina Storni (1919), cette communication propose d’examiner les méthodes et les dispositifs mis en œuvre par les musées pour intégrer les femmes au cœur de leurs missions. Plus précisément, elle analysera les initiatives développées au Museo Nacional de Bellas Artes du Chili ainsi que les défis auxquels l’institution a été confrontée dans l’élaboration d’une politique de genre visant à garantir l’inclusion et l’égalité des femmes, des filles et des adolescentes, tant dans ses programmes que dans la relecture critique de ses collections.
Gloria Cortes est historienne de l’art et commissaire au Museo Nacional de Bellas Artes du Chili. Ses domaines de spécialisation incluent les études de genre, le féminisme, ainsi que les réseaux et associations dans l’art moderne des XIXᵉ et XXᵉ siècles. Elle est l’autrice de Modern Women: Stories of Women in Chilean Art (1900–1950). Elle a assuré le commissariat d’expositions telles que (en)clave Masculino (2016), Desacatos. Pratiques artistiques féminines, 1835–1939 (2017), Yo soy mi propia musa. Peintres latino-américaines de l’entre-deux-guerres (1919–1939) (2019), Laura Rodig. Ce que l’âme fait au corps, l’artiste le fait au peuple (2020) et Luchas por el arte. Cartographie des relations et des conflits autour de l’hégémonie de l’art (1843–1933) (2022–2024), toutes conçues et présentées au MNBA.
Stéphanie Deschamps-Tan est diplômée de l’École du Louvre, de la Sorbonne Nouvelle et de l’Institut national du patrimoine. Elle est conservatrice au sein du département de sculpture du Musée du Louvre, où elle est responsable des collections de sculpture de la première moitié du XIXᵉ siècle. Ses recherches ont notamment porté sur la sculptrice française Noémi Constant. Ses travaux actuels se concentrent sur le néoclassicisme français, en particulier Joseph Chinard et François-Joseph Bosio, ainsi que sur l’influence d’Antonio Canova en France. Elle enseigne également à l’École du Louvre et a conçu de nombreuses expositions, la plus récente portant sur la représentation de l’enfance (Le Mans et Bordeaux, 2025).
Andaleeb Badiee Banta, conservatrice d’arts graphiques Andrew W. Mellon, National Gallery of Art, Washington D.C.
Résumé : En 2023-2024, l’exposition Making Her Mark: A History of Women Artists in Europe, 1400–1800 a été conçue comme une correction ambitieuse à des idées largement répandues — bien que pas toujours explicitement formulées — selon lesquelles les artistes femmes de cette période auraient été rares ou que leurs œuvres auraient été moins significatives que celles de leurs homologues masculins. Le projet proposait un récit alternatif de l’art européen, donnant la priorité à la production artistique des femmes, tous médiums confondus, et en s’affranchissant des normes traditionnelles centrées sur les hommes. Cette communication présentera les enseignements tirés en matière de méthodologie, de limites et de biais historiques et contemporains qui façonnent les approches de la matérialité et du genre dans les pratiques muséales.
Dre Andaleeb Badiee Banta est conservatrice principale des estampes et dessins (Andrew W. Mellon Senior Curator of Prints and Drawings) à la National Gallery of Art de Washington. Spécialiste de l’art européen de la Renaissance et du Baroque, elle a occupé des postes de conservatrice à l’Allen Memorial Art Museum de l’Oberlin College et au Baltimore Museum of Art. Ses recherches portent en particulier sur les dimensions matérielles et sociales des œuvres d’art, ainsi que sur les moyens de rendre l’art historique pertinent pour les publics contemporains. Son travail a été soutenu par des bourses et financements de la Fondation Fulbright, de l’American Academy in Rome et du National Endowment for the Humanities.
Manon Lecaplain, directrice et conservatrice, et Camille Belvèze, conservatrice, Musée Sainte-Croix, Poitiers
Résumé : En 2024, les musées de Poitiers se sont enrichis d’une acquisition exceptionnelle : la collection La Musée, composée de plus de 500 œuvres d’artistes femmes. Avec des pièces datées du 17e au 21e siècle, ce fonds constitue pour sa donatrice Eugénie Dubreuil une contre-proposition au discours dominant, excluant les femmes de l’histoire de l’art. Ce don confirme l’identité du musée Sainte-Croix comme lieu de référence pour la valorisation des artistes femmes en France, selon une démarche initiée dès les années 1980. La dotation financière qui l’accompagne va permettre à l’institution poitevine d’approfondir cet engagement historique, en renforçant le lien avec la recherche.
Conservatrices du patrimoine aux musées de Poitiers, Camille Belvèze et Manon Lecaplain ont assuré le commissariat de l’exposition « La Musée : une collection d’artistes femmes » présentée au musée Sainte-Croix du 6 décembre 2024 au 18 mai 2025. En partenariat avec le collectif F.A.R. (Femmes Artistes en Réseaux) et l’université de Poitiers, elles organisent les Rencontres de La Musée afin de rassembler professionnel·les du monde de l’art et chercheur·euses autour des enjeux liés à la valorisation des artistes femmes. La première édition de ces rencontres, ouvertes au public, se tiendra les 23 et 24 avril 2026 au musée Sainte-Croix à Poitiers.
Liliane Cuesta Davignon, conservatrice, musée National de la Céramique et des Arts suntuaires González Martí de Valencia
Résumé : En partant de la prémisse que le genre peut être un outil utile à l’interprétation des collections, le Musée National de la Céramique et des Arts Somptuaires a développé deux projets. Sous la direction de l’Université de Valencia, le projet « Relectures. Itinéraires muséaux au prisme du genre » met en réseau 18 musées en créant des parcours à partir d’objets relus au prisme du genre. À partir d’une approche intersectionnelle, le projet « Le palais de Dos Aguas en tant qu’espace domestique. Un regard de genre et de classe » a pour objectif de construire un nouveau discours sur l’immeuble qui abrite le musée.
Liliane Cuesta Davignon a étudié Histoire de l’Art et Muséologie à l’École du Louvre et a obtenu une Maîtrise en Histoire de l’Art à Paris IV-La Sorbonne. Depuis 2005 elle est conservatrice de musée au Musée National de la Céramique et des Arts Somptuaires. Depuis 2017 elle fait partie du groupe de travail « Musées et genre » du Réseau des Musées d’Histoire de Catalogne et du projet « Relectures. Itinéraires muséaux au prisme du genre ». Elle est l’auteure de Repenser le musée. Un guide féministe de réflexion et d’action (2025). En 2023 elle a coprésidé la consultation régionale de l’UNESCO sur l’éducation artistique et culturelle. Elle est membre d’ICOM depuis 2012.
Iris Moon, conservatrice adjointe pour la sculpture et les arts décoratifs européens, Metropolitan Museum of Art
Résumé : Cette intervention explore l’exposition Monstrous Beauty: A Feminist Revision of Chinoiserie (2025) et montre comment les arts décoratifs — en particulier un genre dit « mineur » comme la porcelaine — peuvent constituer un terrain inattendu pour des cadres interprétatifs puissamment révisionnistes, capables de remettre en question des présupposés anciens. Lorsque la porcelaine est arrivée en Europe à l’époque moderne en provenance de Chine, elle a favorisé l’essor de la chinoiserie, un style décoratif qui cristallisait les fantasmes européens sur l’Orient et la fascination pour l’exotique, tout en véhiculant de nouvelles conceptions des femmes, de la sexualité et de la race. Loin d’être triviale, cette exposition a montré comment la porcelaine a contribué à façonner à la fois les identités des femmes européennes et les stéréotypes raciaux et culturels associés aux femmes asiatiques.
Iris Moon est responsable des céramiques et du verre européens au Metropolitan Museum of Art, où elle a récemment assuré le commissariat de l’exposition Monstrous Beauty: A Feminist Revision of Chinoiserie (2025). Parallèlement à son activité curatoriale, elle est l’autrice de Melancholy Wedgwood (2024) et de Luxury after the Terror (2022), et coéditrice avec Richard Taws de Time, Media and Visuality in Post-Revolutionary France (2021). Elle a obtenu son doctorat au Massachusetts Institute of Technology et a enseigné au Pratt Institute, à Cooper Union et à l’Institute of Fine Arts de la New York University.
Carolina Hernández Muñoz, chargée des réseaux internationaux, AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions
Matylda Taszycka, responsable des programmes scientifiques à AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, musée national d’Art moderne-Centre Pompidou
Clovis Maillet est historien médiéviste et artiste. Il a publié La parenté hagiographique (2014), Les genres fluides (2020), Un Moyen âge émancipateur (avec Thomas Golsenne, 2021) et Ecotransféminismes (avec Emma Bigé, 2025). Il pratique la performance, l’installation et réalise des films depuis le début des années 2000, avec Louise Hervé et d’autres artistes. Il a co-écrit le spectacle Medieval Crack avec le collectif Foulles.
Isabella Rjeille, curatrice, Museu de Arte de São Paulo Assis Chateaubriand
Résumé : Depuis 2017, le Museu de Arte de São Paulo Assis Chateaubriand (MASP) organise sa programmation annuelle autour de différentes Histórias [Histoires], une initiative menée par son directeur artistique Adriano Pedrosa. Le terme Histórias, en portugais, englobe à la fois la fiction et la non-fiction, des récits personnels ou politiques, et se caractérise par une dimension spéculative, plurielle et polyphonique. Cette conférence analysera la manière dont ces cycles — tels que Afro-Atlantic Histories (2018), Women’s Histories, Feminist Histories (2019) et Queer Histories (2024) — ont influencé et transformé la collection du MASP, reconnue comme « la plus importante collection d’art européen de l’hémisphère sud ». La présentation s’appuiera également sur l’histoire du musée et sur la façon dont les idées de l’architecte Lina Bo Bardi ont inspiré une nouvelle approche en faveur d’une collection plus inclusive et plus diversifiée.
Isabella Rjeille est commissaire d’exposition, autrice et éditrice. Elle travaille comme curatrice au Museu de Arte de São Paulo Assis Chateaubriand (MASP) et est actuellement co-commissaire, avec Vivian Crockett, de la sixième Triennale du New Museum, qui ouvrira en 2026 à New York. Au MASP, elle a assuré le commissariat ou le co-commissariat d’expositions monographiques et collectives, parmi lesquelles Histories of Ecology (2025), Lia D Castro: Everywhere, Nowhere (2024), Melissa Cody: Webbed Skies (2023), Cinthia Marcelle: By Means of Doubt (2022), Brazilian Histories (2022), Maria Martins: Tropical Fictions (2021), Feminist Histories: Artists After 2000 (2019), Djanira: Picturing Brazil (2019), Lucia Laguna: Neighborhood (2018), entre autres.
Stephanie Sparling Williams, conservatrice des collections d’arts américaines Andrew W. Mellon, Brooklyn Museum
Résumé : En examinant la transformation des galeries consacrées à l’art américain au Brooklyn Museum en 2024, cette communication présente de nouveaux modèles féministes noirs, expérimentaux, d’engagement et d’interprétation des collections. Stephanie Sparling Williams soutient que les personnes extérieures aux institutions artistiques apportent à ce travail des questions, des attentes et des expériences différentes de celles des historien·nes de l’art et des conservateur·rices, et que la multiplicité des points de vue permet des rencontres plus riches avec les collections muséales, ainsi qu’une meilleure compréhension de celles-ci. À travers une pluralité de voix et de formats nombreux — et souvent inattendus —, les visiteur·euses du Brooklyn Museum sont invité·es à découvrir une collection de renommée mondiale selon des modalités radicalement nouvelles.
Stephanie Sparling Williams est conservatrice de l’art américain (Andrew W. Mellon Curator of American Art) au Brooklyn Museum. Sa pratique curatoriale repose sur une recherche, une écriture et un enseignement interdisciplinaires consacrés à l’art américain, et met au premier plan la création d’espaces féministes noirs. Son travail récent, Toward Joy: New Frameworks for American Art, réinvente la manière dont les publics contemporains font l’expérience de l’art américain historique. En perturbant les modes traditionnels de présentation de l’art des Amériques et en proposant de nouvelles approches de l’accrochage et de l’interprétation des collections, cette reconfiguration — accompagnée d’une publication — recontextualise 2 000 ans d’histoire de l’art à partir des fonds de renommée mondiale du Brooklyn Museum.
Sandra Gamarra Heshiki, artiste
Résumé : Je suis née et j’ai grandi à Lima, où j’ai été éduquée dans la culture occidentale. Une culture qui promettait le développement, contrairement à la culture andine qui, bien qu’elle constitue une part importante de la « peruanité », nous ancrât dans un passé « sauvage ». Les tensions entre ces deux réalités ont donné lieu à une terrible guerre intérieure, perçue comme une confrontation entre opposés : le primitif contre le civilisé, le passé contre l’avenir, le bien contre le mal. Mon arrivée à Madrid m’a confrontée à un héritage et à un sentiment d’appartenance à une culture que je pensais commune, avec le musée comme cadre (jamais neutre).
Sandra Gamarra Heshiki a étudié les beaux-arts à l’Université pontificale catholique du Pérou. En 2002, en raison de l’absence d’institution dédiée à l’art contemporain à Lima, elle a créé LiMac. Ce musée fictif s’est d’abord fait connaître par son logo apposé sur des produits dérivés (crayons, gommes, mugs ou sacs). Depuis, LiMac a produit des collections, des expositions, des publications, un projet architectural et son site web. En 2003, elle s’installe à Madrid pour compléter ses études artistiques. Elle utilise la peinture de manière figurative afin d’examiner conceptuellement l’art et ses mécanismes. Fondé sur des appropriations, son travail agit comme un miroir qui déplace les formats d’exposition, modifie la circulation des images, subvertit la propriété de la culture ainsi que la narration entre l’art et son spectateur. Dans ce champ d’investigation, son parcours péruvien apporte un regard syncrétique où se confrontent cultures précolombienne, coloniale et occidentale.
Pawel Leszkowicz, historien de l’art et professeur d’art contemporain et d’études curatoriales, Académie d’art, Szczecin
Résumé : Ars Homo Erotica (2010), présentée au Musée national de Varsovie, proposait une relecture queer des collections historiques du musée ainsi que de l’art contemporain d’Europe centrale et orientale. Réunissant plus de 200 œuvres, de l’Antiquité au XXIᵉ siècle, l’exposition était structurée en sections thématiques, parmi lesquelles la lutte politique, le nu masculin, l’imaginaire lesbien et les identités transgenres. Cette communication présente une méthodologie curatoriale queer et féministe, en mettant particulièrement l’accent sur son cadre homoérotique, et en soulignant les engagements des artistes femmes avec le nu masculin comme alternative aux normes genrées du canon muséologique.
Pawel Leszkowicz est universitaire et commissaire indépendant, spécialisé dans les études LGBTQ+ ainsi que dans l’art moderne et contemporain. Il a assuré le commissariat de l’exposition Ars Homo Erotica (2010) au Musée national de Varsovie, ainsi que de nombreuses autres expositions et colloques consacrés aux questions queer et de genre en Pologne et au Royaume-Uni. Il est l’auteur de quatre ouvrages : Helen Chadwick: The Iconography of Subjectivity (2001), Love and Democracy: Reflections on the Queer Question in Poland (2005), Art Pride: Gay Art from Poland (2010) et The Naked Man: The Male Nude in post-1945 Polish Art (2012). Il est membre de l’AICA et du New University in Exile Consortium à New York.
Zorian Clayton, conservateur d’arts graphiques, Victoria and Albert Museum
Résumé : Depuis deux décennies, un réseau inter-musées composé de membres du personnel LGBTQ et d’allié·e·s s’efforce de mettre en lumière les vastes collections du V&A à travers le prisme des identités de genre et des sexualités diverses. Qu’il s’agisse de partager des recherches et de cataloguer pour une meilleure visibilité en ligne, ou d’organiser des conférences, des visites guidées, des performances et des mini-festivals, le V&A s’est imposé comme un acteur majeur pour améliorer l’accès aux récits queers. Zorian Clayton, co-président du groupe depuis 2011, présentera des études de cas illustrant les défis et réussites de cette initiative, en mettant également en avant un projet récent financé par l’Art Fund visant à acquérir des œuvres d’artistes transgenres et non-binaires.
Zorian Clayton est conservateur des estampes (1850 à aujourd’hui) au V&A et co-président du LGBTQ Working Group du musée, organisant tout au long de l’année des événements consacrés à l’histoire queer à travers les collections. Ses projets actuels incluent l’exposition itinérante Aubrey Beardsley: A Singular Prodigy et Polish Posters Now! (V&A jusqu’en février 2026). Parmi ses publications récentes figurent Calling the Shots: A Queer History of Photography (2024) et The Poster: A Visual History (2020). Depuis 2016, il est également programmateur pour le British Film Institute Flare Festival.
Julie Botte est docteure en muséologie, esthétique et sciences de l’art, de l’université Sorbonne Nouvelle. Elle a enseigné à la Sorbonne Nouvelle, l’université d’Artois, l’ENS Paris Saclay et l’université de Versailles Saint-Quentin-en-Yvelines Paris-Saclay. En 2021, elle a soutenu une thèse intitulée « Les musées de femmes : entre patrimonialisation et engagement social. Émanciper les femmes grâce au musée ? ». Les résultats de ses recherches ont été publiés dans des revues spécialisées en études muséales, telles qu’ICOFOM Study Series, Museum International et Culture et Musées.
Charlotte Foucher Zarmanian, historienne de l’art et directrice de recherche, CNRS
Résumé : Au sein d’une réflexion menée depuis une dizaine d’années maintenant au sujet des femmes et des musées, cette intervention prend le Louvre des XIXe et XXe siècles comme cadre principal de son propos. Partant d’un premier article « Le Louvre des femmes » (Sociétés et représentations, 2016) qui proposait de déconstruire certains présupposés de genre, elle se concentrera essentiellement sur des femmes qui firent le choix d’intégrer le personnel du Louvre : des premières diplômées aux premières conservatrices titularisées après la Seconde Guerre mondiale en passant par les indispensables assistantes et collaboratrices qui œuvrèrent souvent dans l’ombre.
Charlotte Foucher Zarmanian est historienne de l’art, directrice de recherche au CNRS (CRAL – Centre de recherche sur les arts et le langage, UMR 8566, dont elle est la directrice adjointe). Ses travaux portent sur l’ensemble des femmes intervenant dans les mondes de l’art (XVIIIe – XXIe siècles). Les notions de création, de représentation et de transmission sont au cœur de sa réflexion depuis une quinzaine d’années, d’abord dans le cadre d’une thèse de doctorat consacrée aux femmes artistes dans les milieux symbolistes au passage du XIXe au XXe siècle, puis d’une réflexion plus récente sur les historiennes de l’art et femmes de musée qui a abouti à la parution suivante : La Conquête d’une autorité. Historiennes de l’art en France (Les presses du réel, 2026).
Laurien van der Werff, et Marion Anker, conservatrices et chaires de « Women of the Rijksmuseum » Rijksmuseum, Amsterdam
Résumé : Comment le Rijksmuseum – le musée national des Pays-Bas – peut-il ancrer de manière durable les femmes dans l’art et l’histoire ? Cette question est au cœur du projet de recherche Women of the Rijksmuseum. Au cours des cinq dernières années, le projet a mené des recherches approfondies et enrichi les collections, en se concentrant sur les créatrices, les femmes dans l’histoire et les femmes en tant qu’actrices au sein du musée. Parallèlement, le projet vise à intégrer ce thème de manière structurelle au sein de l’organisation. Cette communication souligne la nécessité de combiner d’une part la recherche scientifique et la valorisation des collections, et d’autre part la mise en œuvre organisationnelle, en démontrant que leur interaction est essentielle pour atteindre un changement durable et de long terme au sein du musée.
Laurien van der Werff est co-présidente du projet Women of the Rijksmuseum et chercheuse associée à la Rijksmuseum Print Room. Elle a étudié l’histoire culturelle à l’Université d’Amsterdam et travaille au Rijksmuseum depuis 2016. Spécialisée dans l’histoire de l’art de l’époque moderne, les œuvres sur papier et la paléographie, elle s’intéresse particulièrement à l’histoire du travail des femmes dans les arts. La recherche archivistique occupe une place centrale dans son travail, comme en témoigne son récent article sur les femmes dans l’édition et l’imprimerie de gravures aux XVIᵉ et XVIIᵉ siècles (The Rijksmuseum Bulletin, 2025-1).
Marion Anker est co-présidente du projet Women of the Rijksmuseum et chercheuse associée au département d’histoire du Rijksmuseum à Amsterdam. Elle travaille au Rijksmuseum depuis 2019, ayant débuté comme conservatrice junior. Elle a été l’une des coordinatrices des expositions du Rijksmuseum Point of View: A Gendered Take on the Collection (2024) et Revolusi! Indonesia independent (2022) sur la lutte pour l’indépendance indonésienne (1945-1949). Marion Anker est spécialisée dans l’histoire socio-culturelle des Pays-Bas, avec un intérêt particulier pour l’histoire des femmes, l’histoire coloniale et l’histoire institutionnelle.
Noelia Perez Garcia, directrice scientifique de « El Prado en femenino » , musée du Prado et professeur en histoire de l’art, Université de Murcia
Résumé : Le Musée du Prado est sans doute l’institution européenne où les femmes ont joué le rôle le plus décisif dans la formation, la conservation et l’extension de ses collections. Pour rendre ce legs visible et mettre en avant les femmes en tant qu’agentes historiques au sein du récit du musée, le projet El Prado en femenino a été lancé en 2021. Conçu comme une initiative transversale impliquant tous les départements — Éducation, Publications, Communication, Développement numérique, Centre d’études et Conservation —, il développe neuf axes d’action coordonnés. Cette présentation exposera la structure et les objectifs du projet, et analysera comment il reconfigure le Prado selon une perspective consciente du genre, transformant à la fois les récits du musée et sa relation avec le public.
Noelia García Pérez est professeure d’histoire de l’art à l’Université de Murcie. Ses recherches portent sur le mécénat artistique féminin et les intersections entre art, pouvoir et genre à la Renaissance. Elle a dirigé d’importants volumes collectifs tels que Mary of Hungary, Renaissance Patron and Collector (2020), The Making of Juana of Austria (2021) et Portraiture, Gender, and Power in Sixteenth-Century Art, et édite actuellement Crafting a Legacy: Artists and Female Patronage in Early Modern Europe. Elle dirige actuellement deux projets de recherche sur la construction de l’image publique des femmes souveraines à la Renaissance. Depuis 2021, elle est directrice scientifique du projet El Prado en femenino.
Susanna Avery Quash, responsable principale de recherche et responsible du « Women in the Arts Forum » , National Gallery, London
Résumé : Ma présentation offrira un aperçu des travaux auxquels la National Gallery s’est engagée, de manière de plus en plus systématique, au cours de la dernière décennie, pour explorer ses collections selon des angles mettant en lumière les histoires des femmes, qu’elles soient créatrices, sujets des œuvres, bienfaitrices ou employées. Elle abordera les opportunités et les défis liés à la fois à la réalisation de ces recherches et à leur diffusion auprès d’un large public par divers canaux. L’accent sera mis sur le « travail collectif », notamment sur la manière dont la Gallery a utilisé des réseaux externes, avec d’autres musées et universités, pour soutenir ses ambitions concernant les nouvelles histoires qu’elle souhaite partager sur les femmes et ses collections.
Susanna Avery-Quash est responsable du Women and the Arts Forum de la National Gallery, une initiative de recherche et d’événements qui organise chaque année une conférence ainsi que la Anna Jameson Lecture. Elle a co-organisé une grande conférence examinant le rôle des femmes anglophones comme vectrices de diffusion des connaissances sur la peinture historique et a publié sur des voix culturelles influentes de l’ère victorienne, telles qu’Elizabeth Eastlake, Anna Jameson et Mary Merrifield. Elle a également étudié 200 ans de bienfaisance féminine à la National Gallery. Sa critique de l’exposition Berthe Weill à l’Orangerie, à Paris, a été publiée dans The Burlington Magazine de janvier 2026.
Anne Lafont est historienne de l’art et directrice d’études à l’EHESS. Elle s’intéresse à l’art, aux images et à la culture matérielle de l’Atlantique noir, ainsi qu’aux questions historiographiques liées à la notion d’art africain. Elle a publié sur l’art et les savoirs en contexte impérial : L’artiste savant à la conquête du monde moderne (2010, dir.), 1740, un abrégé du monde (2012, dir.) et sur les questions de genre dans le discours sur l’art aux XVIIIe et XIXe siècles : Plumes et pinceaux. Discours de femmes sur l’art en Europe 1750-1850 (2 volumes, 2012, dir.). Elle a ensuite travaillé sur les différentes formes de visualisation de la pigmentation au moment de l’invention de la dermatologie ou encore sur les sciences auxiliaires du racisme et leur mode de notation graphique. Ces travaux ont donné lieu à un livre intitulé L’art et la Race. L’Africain (tout) contre l’œil des Lumières. Anne Lafont a participé au comité scientifique de l’exposition Le modèle noir de Géricault à Matisse (2019, musée d’Orsay). En 2021 et 2022, elle a enseigné à Williams College en tant que Clark Professor et conduit des recherches dans le sud des États-Unis sur l’art africain-américain grâce à une bourse de la Villa Albertine. Son dernier ouvrage, co-dirigé avec François-Xavier Fauvelle, s’intitule L’Afrique et le monde. Histoires renouées de la préhistoire au XXIe siècle, Paris, La découverte, 2022.