Lou Silhol-Macher, « Self-Suspension in Frames: Hito Steyerl’s Lovely Andrea», Camera Obscura, vol. 38, no 3, 2023, p. 173-201
→Florian Ebner, Susanne Gaensheimer, Doris Krystof et Marcella Lista (dir.), Hito Steyerl: I Will Survive, cat. exp., K21, Düsseldorf (novembre 2020 – janvier 2021), Centre Pompidou, Paris (mai-juillet 2021), Leipzig, Spector Books, 2021
→Hito Steyerl, Duty Free Art: Art in the Age of Planetary Civil War, Londres, Verso, 2017
Hito Steyerl: I Will Survive, K21, Düsseldorf, novembre 2020 – janvier 2021, Centre Pompidou, Paris, mai-juillet 2021
→Hito Steyerl: Factory of the Sun, MOCA, Los Angeles, février-septembre 2016
→Focus: Hito Steyerl, Art Institute of Chicago, novembre 2012 – janvier 2013
Réalisatrice et autrice allemande.
À travers le cinéma documentaire, l’installation vidéo, la performance et l’écriture, Hito Steyerl allie dans sa pratique investigation théorique et formes expérimentales de production d’images en mouvement afin d’examiner la manière dont les images opèrent comme des agents au sein de systèmes capitalistes, de gouvernance et de violence. Son influence dans l’art contemporain et le discours critique se manifeste non seulement par la visibilité internationale de ses œuvres, mais aussi par la large circulation de ses textes théoriques.
De 1987 à 1998, H. Steyerl façonne sa sensibilité de réalisatrice documentaire en étudiant au Japan Institute of the Moving Image à Tokyo, puis auprès de Helmut Färber à l’Université de la télévision et du cinéma de Munich. Elle obtient un doctorat en philosophie à l’Académie des beaux-arts de Vienne en 2003. Parallèlement à sa pratique artistique, H. Steyerl maintient un engagement soutenu dans l’enseignement et la recherche. Depuis 2024, elle est professeure de médias numériques émergents (Emergent Digital Media) à l’Académie des beaux-arts de Munich, après avoir enseigné à l’Université des arts de Berlin, où elle a cofondé le Research Center for Proxy Politics.
Au début de sa carrière, H. Steyerl se concentre sur le documentaire et l’essai cinématographique, développant une forme hybride qui associe recherche historique, réflexion autobiographique et analyse des médias. Des œuvres telles que Die leere Mitte [Le centre vide, 1998] traitent de questions de visibilité et des effets durables du colonialisme et du nationalisme dans l’Allemagne réunifiée, mettant au premier plan les conditions politiques dans lesquelles les images sont produites et circulent.
Un événement biographique décisif – la disparition et l’assassinat de son amie Andrea Wolf, militante du mouvement de libération kurde – marque durablement l’œuvre de H. Steyerl. Sa disparition donne lieu à des films tels que November (2004), qui propose une réflexion sur les questions d’action politique collective et individuelle en suivant la seconde vie de Wolf sous la forme d’image et, littéralement, d’icône, dans les manifestations et les commémorations ayant eu lieu après sa mort. En 2007, Lovely Andrea, présenté dans le cadre de la Documenta 12, met en scène la quête de photos de bondage prises de H. Steyerl au Japon vingt ans plus tôt sous le pseudonyme d’Andrea, traitant de questions de contrôle et de réseaux de relations, de violence genrée et raciale, ainsi que du rôle joué par les images dans la guerre à un niveau global.
À partir de la fin des années 2000, son travail s’attache de plus en plus à définir les conditions de possibilité des images numériques dans un contexte global de militarisation et de surveillance. Son essai « In Defense of the Poor Image » (2009) ainsi que la vidéo How Not to Be Seen: A Fucking Didactic Educational .MOV File (2013) connaissent une large diffusion et sont fréquemment enseignés dans les milieux universitaires, consolidant sa position centrale de théoricienne-praticienne des médias numériques.
Depuis la fin des années 2010, le travail de H. Steyerl se concentre sur le rôle des algorithmes et de l’intelligence artificielle générative au sein de systèmes capitalistes de surveillance. Notamment, Dancing Mania (2021) et Mechanical Kurds (2025) explorent respectivement l’extension de pratiques policières par l’usage d’algorithmes prédictifs et l’exploitation de travailleurs réfugiés kurdes pour l’entraînement de technologies de reconnaissance faciale.
H. Steyerl a participé à des expositions internationales majeures, parmi lesquelles Manifesta 5, la Documenta 12, ainsi que les biennales de Shanghai, Gwangju, Taipei et Venise. Son œuvre a fait l’objet de nombreuses expositions personnelles, notamment à l’Art Institute of Chicago, au Museum of Contemporary Art de Los Angeles, aux Serpentine Galleries à Londres, au Centre Pompidou à Paris, au Stedelijk Museum Amsterdam et au Museo Reina Sofía à Madrid.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Vivre avec deux cerveaux : Artistes femmes dans les nouveaux médias, années 1960 -1990 ».