Helen and Newton Harrison: California Work, the La Jolla Historical Society; the California Center for the Arts, Escondido; the San Diego Public Library Gallery, San Diego and the Mandeville Art Gallery, UCSD, 19 septembre 2024 – 19 janvier 2025
→The Time of the Force Majeure, Munich, Londres, NY, Prestel Verlag, 2016
→Péninsule Europe, Les terres hautes, Toulouse, Les abattoirs, 2001
→The Lagoon Cycle, Ithaca, Cornell University, Herbert F. Johnson Museum of Art, 1985
The Harrison Studio: On Mixing, Mapping and Territory, Sesnon Art Gallery, University of California Santa Cruz, Santa Cruz, CA, 2013
→Greenhouse Britain: Losing Ground Gaining Wisdom, Londres, Manchester, Bristol, Lancaster, 2008
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The Lagoon Cycle, Los Angeles County Museum of Art, Los Angeles, CA, 1988
Écoartiste états-unienne.
Helen Mayer Harrison a marqué les fondamentaux de l’art écologique états-unien avec une approche novatrice mêlant science, discours narratif et résolution pragmatique, capable de mettre en espace des systèmes complexes d’analyse, de compréhension et d’anticipation des changements climatiques. Formée à la philosophie de l’éducation de John Dewey à l’université de New York, elle décroche une maîtrise de littérature anglaise en 1949, qu’elle complète à San Diego avec une thèse en psychologie. Après son mariage, à vingt-cinq ans, avec le sculpteur Newton Harrison (1932-2022), elle poursuit son activité d’enseignante dans le secteur public new-yorkais. Par ailleurs, elle participe au mouvement Women Strike for Peace au début des années 1960, celui-ci joua un rôle déterminant dans la signature du Nuclear Test Ban Treaty en 1964. La famille s’installe à San Diego à partir de 1967, après qu’elle a enseigné durant deux années à l’université du Nouveau-Mexique. À l’Université de Californie de San Diego (UCSD), H. Mayer Harrison dirige le programme d’extension pédagogique de l’établissement, où, forte de son expérience de terrain, elle ouvre des classes spécifiques aux enfants des Premières Nations, soucieuse de préserver leur mode de vie traditionnel. En 1970, elle devint la première femme à être nommée au poste de vice-chancelière, poste qu’elle refusa pour se consacrer à sa collaboration artistique avec Newton Harrison.
La lecture de Printemps silencieux (1962) de la biologiste Rachel Carson, ouvrage fondateur de l’environnementalisme états-unien, convainc H. Mayer Harrison d’abandonner son poste pour s’investir totalement pour la cause aux côtés de son mari, dont elle devient indissociable au fil des collaborations. N. Harrison est alors en plein développement d’un projet de fermes portables d’intérieur qu’ils parachèvent ensemble (Survival Pieces, 1971-1974). Plutôt que d’opter pour le militantisme politique, H. Mayer Harrison entreprend d’élaborer une vision globale et interreliée exceptionnelle. À une époque où la notion d’une nature à protéger domine encore dans les discours, elle comprend très tôt la nécessité fondamentale de faire de « l’écologie sans la nature », bien avant que soit énoncée la formule du philosophe britannique Timothy Morton (2007). Les Harrison corrèlent avec méthode l’étude des écosystèmes aux effets du capitalisme, de l’agrobusiness à l’artificialisation des sols, à une connaissance minutieuse tant des primats scientifiques que des gouvernances et des substrats historiques.
Avec leur première grande œuvre, The Lagoon Cycle (1974-1984), une fresque aussi spectaculaire en taille – plus de 49 mètres de long en 60 sections – qu’en données combinées, la mécanique de travail s’est instituée entre les deux artistes. Endossant le rôle du « Witness », H. Mayer Harrison dialogue avec le « Lagoon Maker » (N. Harrison), rédigeant sept chapitres au fil desquels, dans une écriture bouclée lisible dans l’installation, se déploie l’histoire du Scylla serrata, un crabe du Sri Lanka. Illustrée de collages photographiques et de textes manuscrits (l’apport de H. Mayer Harrison) ainsi que de cartographies et de dessins, cette analyse écosystémique des mangroves présente autant les moyens techniques de l’élevage en pisciculture de ce crabe de boue qu’une critique des stratégies géopolitiques et postcoloniales sous-jacentes. Montrée pour la dernière fois à Paris en 1996 dans l’exposition Villette-Amazone avant son entrée dans les collections du MNAM-Centre Pompidou, cette « Sixtine » de l’art écologique constitue le parangon de la collaboration entre les Harrison.
Depuis, les projets d’envergure à travers le monde ont combiné des aménagements, des installations, des publications et des performances, jusqu’à la création en 2009 à San Diego du Center for the Study of the Force Majeure. H. Mayer Harrison lisait souvent en public, réminiscence de son intérêt universitaire pour les traditions orales, incarnant ce souci du care que les époux avaient pour les écosystèmes et leurs communautés. L’artiste est décédée en 2018 des suites de la maladie d’Alzheimer.
En 2024, Lagoon Cycle a de nouveau été présenté dans son entièreté à l’occasion d’une rétrospective sur quatre lieux grâce au projet PST ART: Art & Science Collide soutenu par la Getty Foundation.