Powers, Holiday, « Opening the Path for a Feminine Abstraction: Malika Agueznay and the Casablanca School », Post (MoMA), 2023
→Taking Shape: Abstraction from the Arab World, Cat. d’exp., New York, Grey Art Gallery, 2020
→Fondation CDG et Fondation ONA, Hommage à Malika Agueznay, Cat. d’exp., Rabat, Fondation CDG et Fondation ONA, 2015
The Casablanca Art School, Tate St Ives (Angleterre), mai 2023-janvier 2024, Sharjah Art Foundation (Émirats arabes unis), février-juin 2024, Schirn Kunsthalle Frankfurt (Allemagne), juillet-octobre 2024
→Moroccan Trilogy 1950-2020, Museo Reina Sofía, Madrid (Espagne), mars-septembre 2021
→Présence plastique, place Jemaa el-Fna, Marrakech (Maroc), 1969
Peintre, graveuse et sculptrice marocaine.
Le parcours de Malika Agueznay est celui d’une pionnière de l’art contemporain marocain. Première femme à intégrer l’École des beaux-arts de Casablanca, l’une des premières graveuses du Maroc, membre fondatrice du festival culturel international Moussem d’Assilah, sa carrière remarquable ne lui a pourtant pas assuré la même reconnaissance que ses homologues masculins. Pendant des décennies, le récit de l’École de Casablanca s’est écrit à travers les figures de Farid Belkahia (1934-2014), Mohamed Melehi (1936-2020) et Mohammed Chabâa (1935-2013), qui ont fait l’objet de nombreuses monographies et rétrospectives, reléguant son apport au second plan. Tandis que ses collègues bénéficiaient d’un appareil critique soutenu, M. Agueznay a poursuivi son travail avec constance, dans un relatif silence — celui que la critique et l’histoire de l’art lui ont longtemps imposé.
Née en 1938 à Tameslouht, près de Marrakech, elle étudie d’abord la psychologie en France avant de s’inscrire, en 1966, à l’École des beaux-arts de Casablanca, alors dirigée par F. Belkahia, et comptant M. Melehi et M. Chabâa parmi les enseignants. Elle est la seule femme de ce foyer de contestation esthétique qui ambitionne de libérer la création marocaine de l’orientalisme colonial afin d’élaborer une modernité nourrie des formes et savoir-faire locaux – tapis berbères, boiseries, calligraphies… En 1969, elle participe à l’exposition-manifeste Présence plastique sur la place Jemaa el-Fna. Si cet événement marquant a été amplement documenté, la contribution de M. Agueznay est longtemps demeurée marginalisée dans les récits historiques – un cas qui s’inscrit plus largement dans un phénomène d’invisibilisation des artistes femmes au Maghreb et dans le monde arabe.
L’œuvre de M. Agueznay s’organise autour d’un motif découvert entre 1966 et 1968 : l’algue marine. Cette forme végétale ondoyante, pensée comme un signe à la fois ouvert et polysémique – sacré et organique, souvent associé au corps féminin –s’impose progressivement comme sa signature plastique. Elle la décline à travers différents médiums – gravée dans le cuivre, sculptée dans le bronze ou encore déployée sur la toile – en explorant ses potentialités rythmiques et spatiales. Fidèle à l’aniconisme islamique, elle place la calligraphie arabe au cœur de son travail : versets coraniques et les quatre-vingt-dix-neuf noms d’Allah viennent épouser les creux et sinuosités de l’algue, transformant la surface en espace de méditation scripturaire. Son art s’inscrit ainsi dans le mouvement hurufiyya, dont l’Irakienne Madiha Omar (1908–2005) avait posé les bases dès 1949.
La formation de M. Agueznay se prolonge ensuite dans le champ de la gravure, notamment dans les ateliers de Mohammad Omar Khalil (né en 1936) et de Robert Blackburn (1920-2003) à New York, puis à l’Atelier 17 à Paris en 1990, ce qui fait d’elle l’une des premières graveuses contemporaines du Maroc. En 1978, elle cofonde le Moussem d’Assilah, au sein duquel elle s’engage durant plus de vingt ans comme artiste et formatrice. Elle y accorde une place centrale à la transmission, ouvrant son atelier de gravure à de nombreux·ses artistes qu’elle accompagne. En 1981, elle réalise une fresque murale de dix mètres en collaboration avec les patient·es de l’hôpital psychiatrique de Berrechid, inscrivant ainsi sa pratique dans une dimension collective et sociale.
La reconnaissance institutionnelle de l’œuvre de M. Agueznay s’est construite de manière tardive, en décalage avec l’importance réelle de sa contribution. Ce déséquilibre commence toutefois à se résorber à partir des années 2010. Il n’est pas anodin que cette reconnaissance tardive coïncide avec la disparition progressive des autres figures du mouvement : ainsi, en 2026, M. Agueznay est l’une des dernières voix vivantes de l’École de Casablanca. En 2015, l’ouvrage accompagnant l’exposition rétrospective Hommage à Malika Agueznay à la Villa des Arts de Rabat, publié par la Fondation ONA et la Fondation CDG, la désigne comme « pionnière des femmes artistes marocaines ». En 2023-2024, l’exposition itinérante The Casablanca Art School, présentée à la Tate St Ives, à la Sharjah Art Foundation et à la Schirn Kunsthalle Frankfurt, la replace au cœur du mouvement. Sa fille, Amina Agueznay (née en 1963), également artiste contemporaine reconnue, prolonge l’héritage maternel et, ensemble, mère et fille participent à la 36e Biennale de São Paulo (2025-2026).
Une notice réalisée dans le cadre du projet Tracer une décennie : artistes femmes des années 1960 en Afrique, en collaboration avec la Njabala Foundation
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026