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Réécrire les mémoires et dénoncer l’histoire : l’art postcolonial
Féminismes et autres engagements
24.07.2020 | Nina Meisel

Pushpamala N., The arrival of Vasco de Gama, 2014, impression Giclee sur toile, concept, production et direction : Pushpamala N., © Photo : Clay Kelton, 152,4 x 213,3 cm, © Pushpamala N.

Les combats idéologiques et politiques et l’art se rencontrent et souvent se nourrissent l’un l’autre, s’offrant visibilité et puissance expressive. Les études postcoloniales, nées dans la seconde moitié du XXe siècle, sont une réaction critique à l’héritage de l’hégémonie occidentale. En s’appuyant sur les mémoires, elles proposent des relectures historiques des modes de vie et des traditions des civilisations préexistantes à cet impérialisme. Dans ce contexte, des artistes se sont emparé·e·s de ces clefs de lectures et ont permis à de nouvelles idées, mais aussi à de nouvelles figures d’émerger.

Dès le début du siècle, la militante et artiste noire Augusta Sauvage (1892-1962) sculpte dans l’argile les visages de ses camarades de lutte et devient pendant l’entre-deux guerres un emblème de la Renaissance de Harlem, mouvement de réactualisation de la culture africaine-américaine. Dans les années 1960, Gazbia Sirry (née en 1925) fait de son œuvre un biais d’observation critique de l’univers politique de l’Égypte contemporaine. Aujourd’hui, Rebecca Belmore (née en 1960) réactualise les revendications postcoloniales. Elle dénonce la perpétuation des stéréotypes racistes motivée par l’industrie du tourisme au Canada en mettant en avant la violence de ces poncifs et en questionnant l’aliénation d’une culture par l’autre.

Les archives, outil de l’historien·ne, s’invitent dans les créations comme garante de l’authenticité, mais aussi comme témoin de la violence du passé. Pour parler du récit de la domination blanche et éclairer le présent, Berry Bickle (née en 1959), artiste blanche zimbabwéenne, utilise ces traces du passé, en lien avec une dialectique symboliste, pour parler des souffrances et des perspectives de libération dans son pays. D’autres détournent des documents pour en modifier la destination et la perception. En Inde à partir des années 1990, Pushpamala N. (née en 1956) met en scène les préjugés culturels pour les dénoncer et les tourner en dérision dans ses photographies qui ressemblent aux images exotiques et folkloriques que l’on pouvait trouver sur des cartes postales au début du XXe siècle. Malala Andrialavidrazana (née en 1971) centre son œuvre sur la mémoire qu’elle documente en allant à la rencontre des habitant·e·s de l’océan indien. Ainsi, en écrivant sa propre histoire, elle cherche à retrouver les traditions ancestrales qui n’ont pas cédé à l’impérialisme occidental et offre ainsi des clefs de lecture sociologiques de ces territoires.

Pour certaines, la création est un moyen d’affirmer de nouvelles identités, cette quête existe déjà au début du XXe siècle. Après la révolution mexicaine, María Izquierdo (1902-1955) s’engage un temps avec les muralistes qui réalisent des fresques didactiques. La peintre entame avec eux une réflexion sur l’art et la mise en valeur de leur identité culturelle. Irma Stern (1894-1966), créatrice blanche sud-africaine, documente dans ses carnets l’essence quotidienne de la vie africaine qu’elle déplore être la victime de la colonisation, de l’urbanisation et du capitalisme. Lubaina Himid (née en 1954) interroge la marginalisation de la diaspora africaine dans la société et dans l’art contemporain et participe activement à la reconnaissance des femmes noires au sein du British Black Art. Aujourd’hui, Pélagie Gbaguidi (née en 1965), mène un travail sur la transmission mémorielle qui met en lien passé, présent et futur dans lequel elle projette des corps lavés de toutes normes sociales, de genre, de race… Cette représentation de l’être, aberrante pour nos sociétés, rend le présent universel et réparateur. C’est par la réappropriation de rituels et cérémoniaux traditionnels que l’australienne Phyllis Thomas (1940-2018) réaffirme son identité aborigène.

Les considérations postcoloniales, à l’image de celles sur le genre, s’immiscent dans toutes les strates du monde de l’art et poussent les institutions à s’y inscrire aussi. Cela donne lieu à des évènement comme le colloque « What is a Post-colonial Exhibition? » qui s’est déroulé le 25 mai 2012 au Framer Framed d’Amsterdam. On peut aussi citer la publication de l’ouvrage d’Okwui Enwezor, The Postcolonial Constellation: Contemporary Art in a State of Permanent Transition en 2003.

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