Chadwick, Whitney; Lucchesi, Joe, Amazons in the Drawing Room: The Art of Romaine Brooks, cat. expo., National Museum of Women in the Arts, Washington, D.C., (29 juin – 24 septembre 2000), Chesterfield / Berkeley, Chameleon Books / University of California Press, 2000
→Wermer, Françoise, Romaine Brooks, Paris, Plon, 1989
→Chavanne, Blandine; Gaudichon, Bruno (dir.), Romaine Brooks (1874-1970), cat. expo., musée Sainte-Croix, Poitiers (27 juin – 30 septembre 1987), Poitiers, Musée Sainte-Croix, 1987
Romaine Brooks, galeries Durand-Ruel, Paris, mars 1905
→Romaine Brooks (1874-1970), musée Sainte-Croix, Poitiers, 27 juin – 30 septembre 1987
→Amazons in the Drawing Room: The Art of Romaine Brooks, National Museum of Women in the Arts, Washington, 29 juin – 14 septembre 2000
Peintre anglo-états-unienne.
Issue de parents états-uniens aisés qui se séparent peu après sa naissance, Romaine Brooks est délaissée par sa mère, une femme excentrique obsédée par la maladie mentale de son fils aîné. En 1895, elle s’installe à Paris contre la volonté de sa mère qui lui octroie cependant une rente. Elle prend des leçons de chant, mais se tourne finalement vers l’art pictural. En 1898, elle part à Rome suivre des cours de dessin de nu à la Scuola Nazionale, où elle est la seule femme. Au cours de l’été, elle découvre Capri, refuge de nombreux homosexuels anglais après le procès d’Oscar Wilde. Sans doute est-ce à ce moment-là qu’elle met en place la notion de « lapidé(e) », qui définit pour elle l’homosexuel(le). Elle déniche un atelier et réside sur l’île pendant presque deux ans, ponctués de quelques séjours d’études à Paris, à l’académie Colarossi. À la mort de sa mère, en 1901, elle hérite d’une fortune considérable et peut peindre sans pression économique. En 1902, elle contracte à Londres un mariage « blanc » avec un pianiste amateur rencontré à Capri, qu’elle quitte au bout de quelques mois, en lui assurant une pension annuelle. Cet arrangement commun à nombre d’homosexuels de l’époque va leur permettre de vivre leur choix sexuel en toute indépendance.
L’artiste passe une longue période à Londres, où elle s’imprègne de l’influence de Walter Sickert, Max Beerbohm, Aubrey Beardsley ; ses séjours à St Ives (Cornouailles) transforment les couleurs de sa palette en gris, ocre, noir. En 1905, elle s’installe à Paris, et organise en 1910 sa première exposition personnelle à la galerie Durand-Ruel ; elle y montre essentiellement des portraits de femmes et quelques nus. Montesquiou, dans un article pour le Figaro, la surnomme « Cambrioleur d’âme ». La même année naît sa fidèle amitié amoureuse avec Gabriele D’Annunzio, dont elle exécute plusieurs portraits (Le Poète en exil [1910-1912] sera acheté par le musée du Luxembourg). Elle rencontre aussi la danseuse Ida Rubinstein, son idéal de beauté androgyne, qui lui inspire une peinture complexe sur le nu féminin, genre pictural qu’elle cherche à renouveler, à érotiser, en évitant les détails ; elle reste néanmoins dans le registre du martyr. En 1915, elle fait la connaissance de Natalie Clifford Barney, avec qui elle entretiendra une liaison, pour ainsi dire, jusqu’à sa mort. La riche états-unienne féministe accueille, depuis 1909, dans son salon de la rue Jacob, un savant mélange de femmes – lesbiennes, journalistes, écrivaines, artistes, grandes bourgeoises, anglophones ou non – qui définit un nouveau type de femme indépendante et moderne dans le Paris de la rive gauche. Sa thématique va alors passer de la martyrologie des « lapidé(e)s » à celle de l’amazone, qu’elle décline autour du portrait de N. Clifford Barney (L’Amazone, 1920), en prenant pour modèles des habituées de son salon, ou bien elle-même.
Depuis ses débuts, l’artiste cherche comment montrer un nouveau portrait féminin, en marge des codes et des statuts traditionnels, et comment le mettre en équivalence symbolique avec le portrait masculin. De même, elle s’efforce d’exprimer, à travers l’autoportrait, sa position d’artiste femme, sans s’embarrasser des outils de la fonction : chevalet, palette. Ainsi, les portraits de ses amies lesbiennes lui permettent de travailler la représentation d’une identité affirmée, mise en scène et revendiquée comme telle, très éloignée des clichés sexuels définis par les peintres masculins au cours du XIXe et au début du XXe siècle ; ils apparaissent comme une première tentative d’exiger, en peinture, une nouvelle place pour les femmes dans un cadre universel. À partir de 1925, R. Brooks montre ses œuvres dans des expositions personnelles à Paris et New York, mais cesse de peindre et privilégie le dessin, médium par lequel elle évoque son enfance difficile, en aspirant à un maximum d’expression avec un minimum de moyens. Parallèlement, elle commence à rédiger ses Mémoires, No Pleasant Memories, qui ne seront pas publiés de son vivant.