Lavrentʹev Aleksandr Nikolaevič, Varvara Stepanova, une vie constructiviste, Paris, P. Sers, 1988
→Lavrentʹev Aleksandr Nikolaevič, Varvara Stepanova, Moscou, S. Gordeev, 2011
Rodcenko e Stepanova, alle origini del Costruttivismo, Palazzo dei Priori, Palazzo Cesaroni, Pérouse, 14 avril – 12 mai 1984
Peintre, poétesse, décoratrice de théâtre et graphiste russe.
Issue d’une famille de fonctionnaires, Varvara Fedorovna Stepanova étudie à partir de 1910 dans l’école des beaux-arts de Kazan, où elle rencontre Alexandre Rodtchenko, son futur époux et collaborateur artistique. En 1913, elle fréquente l’atelier de Konstantin Iouon à Moscou. Au début de sa carrière, elle s’intéresse à la convergence des genres : elle cherche une « nouvelle qualité » de la peinture à travers le rapprochement du son et de l’image par une poésie visuelle, « transmentale » (zaoum), focalisée sur la dimension phonique des mots, qu’elle invente et juxtapose à une graphie picturale. Ses œuvres sont exposées comme de véritables tableaux, rappelant certaines expériences similaires de Vassily Kandisky. Elle élabore et publie plusieurs ouvrages de poésie de ce type, dont Rtny Khomle (1918). Celle qui signe aussi sous les pseudonymes de « Varst » ou d’« Agaraykh » fait partie des membres fondateurs du constructivisme russe, mouvement qui conteste l’art pour l’art et cherche un art fonctionnel et pratique. En 1924, elle s’implique ainsi dans la création de nouveaux tissus pour la première fabrique soviétique de cotonnades imprimées. Elle élabore la structure et le dessin des étoffes à partir des fonctions dévolues au vêtement. Dans une perspective de standardisation chère aux constructivistes, elle espère ainsi réaliser le vêtement idéal et standard pour chaque catégorie de métiers.
Résolument tournée vers l’avenir, elle collabore activement avec le nouveau pouvoir soviétique et participe à la création de ses principales institutions artistiques – Inkhuk (« institut de la culture artistique », créé en 1920), Izo (« section des arts plastiques » du Narkompros, créé en 1918), Vkhoutemas (« ateliers supérieurs d’arts et de techniques », créé en 1920), où elle occupe des postes importants. Avec A. Rodtchenko, elle réalise de nombreuses affiches, notamment avec les vers de Vladimir Maïakovski, et plusieurs recueils photographiques de propagande, dont Pervaya Konnaya [la première armée de cavalerie, vers 1937], qui seront présentés à l’exposition internationale de New York en 1939. Enfin, elle dessine les nouveaux décor constructivistes et les costumes pour la pièce de théâtre La Mort de Tarelkine de Soukhovo-Kovyline, en 1920-1922. Dynamique et courageuse, elle croit dans un avenir meilleur malgré les difficultés matérielles rencontrées au quotidien. Son parcours éclectique la rend difficilement classable. Selon elle, elle n’est ni peintre, ni décoratrice, ni graphiste : elle se donne pour titre « constructiviste », y voyant le dépassement d’un vieil art autosuffisant par une activité socialement indispensable.