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Critique

Beatriz González, populaire et politique

10.02.2018 |

Beatriz González, Los papagayos, 1986-1987, huile sur papier, Courtesy de l’artiste et Óscar Monsalve

Dans le cadre de l’Année France-Colombie 2017, le CAPC musée d’Art contemporain de Bordeaux propose une rétrospective du travail de Beatriz González (née en 1938), figure majeure de l’art colombien.

L’intérêt de B. González pour la culture de masse, son style aux formes synthétiques, son goût pour les tonalités vives ou son attachement à la sérigraphie l’ont tôt vue associée au pop art. L’artiste a pourtant toujours récusé cette association, revendiquant un art « de province » (comprendre : « des marges »), un art subversif et éminemment politique.

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Beatriz González, Los Suicidas del Sisga No 2, 1965, huile sur toile, Courtesy de l’artiste et Óscar Monsalve

En 1965, année de sa sortie de l’université, B. González peint ce qui deviendra une œuvre manifeste, Los Suicidas del Sisga [Les suicidés de Sisga]. Toutes les composantes de la maturité y sont déjà présentes – sujet dramatique, détournement d’une coupure de presse, palette et exemplarité formelle inspirées de la gravure populaire – et amorcent une réflexion sur la violence de la société. L’une des trois versions de ce tableau est, pour le plus grand plaisir des spectateurs et des spectatrices, exposée à Bordeaux, dans une section éclairante, consacrée aux procédés employés par l’artiste (décalque et démultiplication d’un même motif au moyen de différents médiums).

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Beatriz González, Naturaleza mesa viva, 1971, émail sur plaque de métal montée sur table métallique, Courtesy de l’artiste et Laura Jiménez / Juan Rodríguez Varón

Très touchée par la beauté des réclames et des images commercialisées massivement par l’entreprise Gráficas Molinari (scènes pieuses, pin-up, animaux, paysages, etc.) mais aussi par les copies d’œuvres d’art classiques décorant les intérieurs colombiens, B. González, qui se définit elle-même comme une « enquêtrice du goût1 », intègre à partir des années 1970 ces éléments à son travail. Ils sont notamment reproduits, non sans humour, sur des objets domestiques, tels que des rideaux, des meubles (Naturaleza Mesa Viva [Table de salon nature], 1971), de la vaisselle (Salomé, 1973) ou des téléviseurs – lesquels occupent une large partie de la nef du CAPC.

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Beatriz González, Rétrospective 1965 – 2017, vue de l’exposition au CAPC musée d’art contemporain de Bordeaux, Courtesy CAPC, © Photo : Frédéric Deval, Mairie de Bordeaux

En 1985, le choc causé par la mort de dizaines de personnes lors de la prise d’otages au palais de justice de Bogota par le M-19 (mouvement de guérilla) constitue un tournant pour B. González. Désormais moins ironique, elle représente dans de grandes toiles, réunies ici sous les voûtes, les principales figures de la tragédie colombienne : les leaders corrompus (Los Papagayos [Les perroquets], 1987), les victimes anonymes de la guerre civile (1948-1960) (Auras Anónimas [Auras anonymes], 2009), celles des paramilitaires et des narcotrafiquants ou, plus récemment, les concitoyens expulsés du Venezuela par le gouvernement de Nicolás Maduro (Los Dezplazados [Les déplacés], 2016). La déstructuration des plans, aux tons assombris, y traduit avec efficacité le chaos qui semble ne jamais cesser d’agiter le pays. Si cette rétrospective – la première en Europe ! – révèle une œuvre importante, il est toutefois recommandé, pour pallier le manque d’informations à la disposition du public, de s’attarder devant le documentaire de Diego García-Moreno2 projeté par le CAPC, dans lequel la voix de l’artiste se fait entendre avec une émouvante vivacité.

 

Beatriz González. Rétrospective 1965-2017, du 23 novembre 2017 au 25 février 2018, au CAPC musée d’Art contemporain (Bordeaux, France).

1
Dans le documentaire de Diego García-Moreno Beatriz González ¿Por Qué Lloras Si Ya Reí? [Pourquoi pleures-tu si je ris ?], 2010 (long-métrage, 80 minutes, Courtesy Lamaraca Producciones, Bogota).

2
Ibid.

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