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Critique

Giosetta Fioroni. Une iconographie du féminin

05.06.2018 |

Giosetta Fioroni, Le cortigiane (da Carpaccio), 1966, crayons, laques colorées de type industriel et aluminium sur papier, 200 x 100 cm, © Archivio Parise-Fioroni

Organisée par Flavio Arensi et Elettra Bottazzi dans les nouvelles salles du Museo del Novecento, la rétrospective consacrée à Giosetta Fioroni (née en 1932) est une première à Milan. Elle témoigne de la carrière exceptionnelle de cette artiste de la scène pop qui a su s’imposer dans un milieu majoritairement masculin et dont le regard sur la représentation féminine trouve toute son actualité aujourd’hui.

Seule femme du groupe romain de la Scuola di Piazza del Popolo, aux côtés de Mario Schifano, Tano Festa et Franco Angeli, G. Fioroni obtient une reconnaissance en Italie dès les années 1960. Portée notamment par la galerie La Tartaruga à Rome, elle multiplie les collaborations avec des écrivains tels que Nanni Balestrini, Andrea Zanzotto ou Cesare Garboli.

Giosetta Fioroni. Une iconographie du féminin - AWARE Artistes femmes / women artists

Photo : © Fiorenzo Niccoli

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Giosetta Fioroni, Nascita di una Venere Op. (Botticelli), 1965, huile sur toile, © Michele Alberto Sereni

Inspirée de Sentimental Journey, standard des années 1940 chanté par Doris Day, la manifestation revient sur soixante ans de carrière avec près de 160 travaux présentés en deux temps. Peintures et dessins, pour l’essentiel, se déploient dans un accrochage intimiste au fil d’un parcours chronologique qui laisse aux séries leur cohérence. Puis, l’exposition s’ouvre sur un grand espace conçu comme l’atelier de l’artiste avec des travaux hétérogènes, des boîtes optiques aux grandes céramiques, de la sculpture aux vidéos.

Ce « voyage sentimental » mêle histoire personnelle et histoire professionnelle : il commence avec des sculptures du père de l’artiste, Mario Fioroni, dont l’atelier a été un lieu d’apprentissage pour la petite Giosetta, comprend un théâtre de marionnettes de sa mère, Francesca Barbanti, également artiste, à l’origine de l’univers de contes de fées que G. Fioroni revisite dans les années 1970, et inclut le cycle I movimenti remoti (2005-2006), dédié à son compagnon, l’écrivain Goffredo Parise.

Mais c’est en dehors des affects familiaux et à partir de son désir de peinture et de sa culture que G. Fioroni se construit en tant qu’artiste. Après un séjour parisien entre 1959 et 1963, elle trouve son matériau de prédilection dans une laque argentée qui l’amène à une abstraction vibrante, parfois monochrome, traversée d’effets painterly et d’éléments graphiques témoignant de l’influence de Cy Twombly.

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Giosetta Fioroni, Liberty, 1964, crayon, laque aluminium blanche et rouge sur toile, 146 x 114 cm, © Giuseppe Schiavinotto

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Giosetta Fioroni, Terza immagine del silenzio, 1964, crayon en aluminium et laque aluminium sur papier, © Droits réservés

Délimitées par des cadrages, ces surfaces ne tardent pas à recevoir des images de l’éternel féminin, tirées de la presse, que l’artiste projette sur la toile. Fragmentés et décontextualisés, les mannequins de la série Argenti (1961-1970) tendent à disparaître dans la réserve du support, comme si G. Fioroni contestait la marchandisation de leur corps. Elle en fait plutôt des figures intimes dotées d’une épaisseur psychique, les transformant ainsi d’objets en sujets. Le regard désirant masculin est ici renversé soit parce que le modèle absorbé lui oppose son introspection, soit parce que ses yeux voilés par divers procédés (ombre, surexposition, lunettes de soleil) restent hors d’atteinte. Soustraits à la virtuosité par une économie de moyens, ces portraits mettent en regard peinture et photographie par leurs contrastes et cette couleur métallisée qui fait écho aux sels d’argent. Une table lumineuse dans l’exposition permet de voir les diapositives, répertoire d’images restreint, à l’origine des tableaux.

À ces peintures glamour s’opposent celles du fascisme et de l’enfance malade qui forment un envers du décor glaçant, redoublé par la présentation d’un travail quasiment inédit, Atlante di medicina legale (1975), où texte et photographie reprennent les planches d’un manuel allemand de médecine légale recensant des cas de morts issues de pratiques sexuelles « déviantes ».

Quasiment inconnu en France, le travail de G. Fioroni rencontre depuis quelques années en Italie un vif intérêt qui tient à son inventivité, à sa proximité avec le dessin contemporain et à la force de son iconographie féminine.

 

Giosetta Fioroni. Viaggio sentimentale, du 6 avril au 26 août 2018, au Museo del Novecento (Milan, Italie).

Pour citer cet article :
Catherine Macchi, « Giosetta Fioroni. Une iconographie du féminin » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 5 juin 2018, consulté le 16 octobre 2018. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/giosetta-fioroni-une-iconographie-du-feminin/.
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