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Critique

Lee Bul, topographie des utopies

20.12.2018 |

Lee Bul, Cravings, 1989, performance, Jang Heung, Korea, © Photo : Studio Lee Bul

Vingt ans après sa nomination comme finaliste du réputé prix Hugo Boss décerné par le Solomon R. Guggenheim Museum à New York, Lee Bul se voit consacrer sa première rétrospective en Allemagne, au Gropius Bau.

Née en 1964 en Corée du Sud, L. Bul développe sa pratique dans un environnement politiquement chargé. Alors qu’elle entreprend ses études de sculpture à la Hongik University (Séoul), la Corée du Sud traverse une période de changements importants, passant de la dictature militaire à la démocratie. Ses parents sont tous deux activistes, c’est donc sans surprise qu’elle interroge, dès ses débuts, l’histoire et le régime de son pays.

Lee Bul, topographie des utopies - AWARE Artistes femmes / women artists

Lee Bul, Untitled (Cravings Red), 2011 (reconstruction de 1988), tissu, bourrage de fibres, cadre en bois, mousqueton en acier inoxydable, chaîne en acier inoxydable, peinture acrylique, 180 x 158 x 130 cm, © Photo : Jeon Byung-cheol, © Photo : Studio Lee Bul

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Lee Bul, Cyborg W1-W4, 1998 & Transcription (Drift & Scatter), 2006, vue de l’exposition Lee Bul: Crash, Gropius Bau, Berlin, 2018, © Photo : Mathias Völzke

L’exposition Lee Bul: Crash retrace la recherche infinie d’une artiste marquée par les fractures de sa société, en précisant les multiples façons dont elle s’est approprié les grands questionnements de son temps. Organisée autour de points thématiques, elle donne à voir la trajectoire progressive de son travail et la cohérence d’une œuvre riche et pluridisciplinaire.

Bien qu’elle ait suivi des études de sculpture, L. Bul commence sa carrière par la performance publique, faisant du corps le sujet et l’objet de son œuvre. À la fois provocantes et pleines d’humour, ses pièces de l’époque s’intéressent majoritairement à la représentation de la femme. Elle dénonce notamment l’image d’un corps idéalisé par l’art dans ses performances où une enveloppe de tissu la transforme en créature monstrueuse dotée de membres tentaculaires. Plus radicale, Abortion (1989) affirme l’engagement politique de l’artiste qui, suspendue nue et ligotée durant deux heures, matérialise les difficultés rencontrées lors de l’avortement, toujours illégal en Corée du Sud.

De la revendication du corps comme espace de liberté au corps féminin comme berceau des utopies, le parcours, tout comme l’œuvre de L. Bul, progresse vers la quête d’une beauté futuriste. La série Cyborg (1997-2011), ici accrochée au plafond, envisage l’éternelle poursuite de la perfection au travers d’une femme hybride, mi-humaine, mi-machine.

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Lee Bul, Untitled (Willing To Be Vulne-rable – Velvet #6 DDRG24OC), 2017, nacre, peinture acrylique, panneau de PVC, panneau acrylique et collage sur du velours de soie, 96 x 130 cm, © Photo : Studio Lee Bul

Ce désir du beau, du transcendant se trouve également interrogé dans une période plus récente où, entre installations et sculptures, les utopies modernistes sont questionnées. Stephanie Rosenthal, commissaire de l’événement et nouvelle directrice du Gropius Bau, fait le choix de documenter les œuvres présentées, offrant au public la possibilité de découvrir le talent indéniable de l’artiste pour le dessin. Délicates, raffinées et aériennes, les esquisses préparatoires sont sans doute les œuvres les moins attendues, elles révèlent pourtant la minutie de son travail et incarnent à elles seules ses problématiques.

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Lee Bul, Willing To Be Vulnerable – Metalized Balloon, 2015–2016, vue de l’exposition Lee Bul: Crash, Gropius Bau, Berlin, 2018, © Photo : Mathias Völzke

Depuis une dizaine d’années, L. Bul semble privilégier les sculptures à taille humaine, voire monumentale. C’est par celles-ci que l’exposition s’achève, montrant l’aboutissement de près de trente ans de recherche artistique et synthétisant tous les thèmes explorés par l’artiste. Ses paysages monumentaux deviennent alors des médiateurs entre le corps, interrogation première dans son œuvre, et l’architecture, lieu de toutes les utopies.

 

Lee Bul: Crash, du 29 septembre 2018 au 13 janvier 2019, au Gropius Bau (Berlin, Allemagne).

Pour citer cet article :
Sarah Caillet, « Lee Bul, topographie des utopies » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 20 décembre 2018, consulté le 21 octobre 2019. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/lee-bul-topographie-des-utopies/.
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