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Critique

Véronique Ellena, l’éloge du quotidien

04.11.2018 |

Véronique Ellena, Grenade, série Natures Mortes, 2008, 100 x 120 cm, © Véronique Ellena

Dans le cadre du programme associé de la quarante-neuvième édition des Rencontres d’Arles, le musée Réattu consacre une exposition majeure à la photographe et plasticienne française Véronique Ellena (née en 1966), artiste encore méconnue du grand public malgré une présence notable dans plusieurs collections publiques françaises (musée national d’Art moderne – Centre Georges-Pompidou, Centre national des arts plastiques, FRAC Île-de-France).

Cette première rétrospective institutionnelle consacrée à l’artiste est l’occasion de découvrir une centaine de photographies réalisées depuis les années 1990 jusqu’à aujourd’hui, dont certaines n’ont jamais été montrées.

Véronique Ellena, l’éloge du quotidien - AWARE Artistes femmes / women artists

Véronique Ellena, Rayon produits d’entretien, série Les Supermarchés, 1992, © Véronique Ellena

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Véronique Ellena, Le cycliste, série Ceux qui ont la Foi, 2003, 100 x 120 cm, © Véronique Ellena

Née à Bourg-en-Bresse, V. Ellena se forme à l’École nationale supérieure des arts visuels de La Cambre à Bruxelles. Se faisant le témoin des banalités qui rythment nos vies, elle a choisi de sublimer le quotidien dans son travail, en créant des suites de portraits, de natures mortes et de paysages délicatement mis en scène.

Tout au long d’un parcours divisé en sections thématiques – « La vie quotidienne », « La nature », « Suites italiennes », « Les clairs-obscurs », « Les vitraux » et « La mémoire » – se déploie une œuvre construite au fil des années, avec des séries emblématiques issues de commandes publiques (Le Plus Bel Âge, 2000 ; Le Havre, 2007) et de résidences artistiques (Les Classiques cyclistes, 1998 ; Les Natures mortes, 2008).

Si les photographies de V. Ellena s’ancrent parfaitement dans la société de son époque, elles ne tiennent cependant pas du reportage, du fait de leur composition, et convoquent aussi bien la tradition de la scène de genre du XVIIe siècle (Les Natures mortes), l’iconographie de la culture populaire (Le Plus Bel Âge) que l’esthétisme léché du photographe allemand Andreas Gursky (né en 1955) (série Les Supermarchés, 1992). On se plaît alors à observer les moindres détails de ces images à l’apparente banalité.

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Véronique Ellena, San Luca e Martino, série Les Invisibles, 2012, 100 x 120 cm, © Véronique Ellena

L’une de ses séries les plus touchantes – Les Invisibles – débute lorsque V. Ellena est en résidence à la villa Médicis, entre 2007 et 2008. En parallèle de sa vie de pensionnaire, elle immortalise, à l’aube, la ville de Rome dépeuplée de ses touristes. Il en résulte des clichés saisissants qui témoignent de la présence puissante et silencieuse des sans-abri, que nous ne remarquons même plus, écrasés par l’architecture grandiloquente de la ville et faisant corps avec le paysage. L’artiste réussit à traiter ce sujet avec beaucoup de délicatesse, sans jamais tomber dans le voyeurisme ou le misérabilisme.

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Véronique Ellena, La Vigne du Clos (maquette du vitrail), 2017-2018, impression photographique par pulvérisation d’émail sur verre float 33 mm et inclusions de verre antique repeint, 360 x 145 cm, vitrail réalisé par le maître-verrier Pierre-Alain Parot et ses équipes dans son atelier d’Aiserey avec la généreuse participation de Saint-Gobain, Verrerie Aurys.

En 2016, elle entame une série, toujours en cours, intitulée Les Clairs-Obscurs, issue de la numérisation en négatif d’un plan-film argentique. Ce procédé bouleverse les principes esthétiques de son travail qui se fonde désormais sur une approche plus plasticienne du médium photographique. Il découle de cette nouvelle orientation des images à la beauté étrange, empreintes d’une certaine mélancolie (Le Fauteuil de Balthus, 2016), et dont certaines sont directement inspirées des peintures mythologiques de Jacques Réattu (La Mort d’Alcibiade, 2017-2018).

En regard de cette série est présentée La Vigne du Clos (2017-2018), vitrail spécialement pensé pour le musée Réattu et réalisé en collaboration avec le maître verrier Pierre-Alain Parot. Ce projet, qui puise son esthétique dans Les Clairs-Obscurs, permet à l’artiste d’interroger le rapport entre matière et lumière et d’approfondir ses recherches sur la transparence.

Cette rétrospective, proposée par le commissaire d’exposition Andy Neyrotti à l’occasion des 150 ans de l’institution, permet de révéler une œuvre singulière et sensible, sous le charme de laquelle il est difficile de ne pas tomber.

 

Véronique Ellena. Rétrospective, du 30 juin au 30 décembre 2018, au musée Réattu (Arles, France).

Pour citer cet article :
Mathilde Bartier, « Véronique Ellena, l’éloge du quotidien » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 4 novembre 2018, consulté le 19 avril 2019. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/veronique-ellena-leloge-du-quotidien/.
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