Vidéaste, sculptrice et enseignante états-unienne.
Et si la pornographie pouvait s’affranchir de ses scénarios rebattus ? C’est le défi que s’est lancé A.K. Burns, aux côtés de la plasticienne A.L. Steiner (née en 1967), avec Community Action Center (2010), un film queer et féministe de référence aussi ludique que provocateur. Mais la pratique d’A.K. Burns s’étend cependant bien au-delà de cette œuvre emblématique : dans ses installations vidéo, ses œuvres sur papier et ses sculptures, elle interroge les systèmes de valeur artistique, économique et physique, avec une attention particulière portée aux zones de fissure du genre et de l’identité.
Née en Californie, A.K. Burns étudie le design graphique à la Rhode Island School of Design avant d’emménager en 2003 à New York, où elle trouve sa communauté artistique au sein du collectif féministe queer LTTR (2001-2008). Elle obtient par la suite un Master of Fine Arts en sculpture au Bard College (2010). Cette période formatrice, qui façonne son esprit collaboratif, aboutit à des projets charnières menés avec A.L. Steiner, notamment W.A.G.E. (Working Artists and the Greater Economy), un collectif fondé en 2008 pour traiter des inégalités économiques dans le monde de l’art.
Sa production la plus ambitieuse, Negative Space (2015-2022), se déploie en un cycle de quatre chapitres. Cette série multimédia passe par la science-fiction, vue non comme une échappée futuriste mais comme une grille de lecture pour examiner ce que l’artiste considère comme des éléments primordiaux de la vie : le vide, le corps, la terre et l’eau. Chaque œuvre se tient dans un site délaissé : salles de théâtre envahies par des amoncellements d’ordures, bureaux d’IBM abandonnés, déserts cernés de bases militaires, appartements délabrés. Dans ces lieux, performeurs et performeuses s’attaquent aux rebuts, dansent parmi les déchets électroniques et chantent des ballades à l’adresse de l’eau au sein de grottes calcaires. Les installations vidéo qui en découlent investissent les espaces d’exposition sur plusieurs écrans délibérément désaxés. De quoi amener le public à réfléchir à l’architecture qui l’entoure. Développées en collaboration avec le musicien Geo Wyex, les bandes sonores sont souvent brutes, viscérales.
En parallèle de ces installations vidéo, A.K. Burns emploie pour sa série Depleted Figures (depuis 2017) des matériaux de construction, par exemple des armatures en acier ou du treillis soudé, afin de figurer des corps jamais totalement cohérents, faits de mains et des pieds moulés en béton ou en résine, ou bien d’objets domestiques faisant office de membres. Ainsi, She Was Warned (2017) transforme l’Artémis d’Éphèse, qui représente la déesse grecque de la fertilité, en une armature vide dont dépassent à la place des seins des bouteilles de la boisson énergétique Gatorade : les promesses capitalistes de l’optimisation du corps remplacent l’aliment élémentaire… Ces formes squelettiques évoquent souvent l’épuisement et l’extraction, tels que les vivent en particulier les femmes et les travailleurs.
Parmi les expositions les plus importantes d’A.K. Burns figurent celles présentées à la Henry Art Gallery à Seattle (2024), au Wexner Center for the Arts à Columbus (2023) et au Harvard Art Museum à Cambridge (2018). L’artiste est codirectrice du programme de Master of Fine Arts de Hunter College, à New York, où elle consacre un séminaire au corps comme lieu de formation politique, médicale et économique.