Violeta Vojvodic Balaz, « Bogdanka Poznanović. The Art of Communication and the “Mainframe Arte Povera” », inRE:SOURCE 2023 Proceedings, Venise, The 10th International Conference on the Histories of Media Art, Science and Technology, 13-16 septembre 2023, Venise, Resource, 2023, p. 205-209
→Sanja Kojić Mladenov, Bogdanka Poznanović: Contact Art, Novi Sad, Musée d’art contemporain de Voïvodine, 2016
→Miško Šuvaković, Bogdanka i Dejan Poznanović: Umetnost, mediji i aktivizam na kraju moderne, Novi Sad/Zagreb/Belgrad, Musée d’art contemporain de Voïvodine / The Institute for the Research of the Avant-Garde / Orion Art, 2012
Feedback Letter-box, Studio de la Galerie d’art contemporain, Zagreb, janvier-février 1979
→Rivers Transmission, action au bord du lac Léman, Espace-Situation Gallery Impact, Montreux, juillet 1972
→Exposition en libre-service : Consuming The Complementarities (Konzumiranje komplementara), Tribune de la jeunesse, Novi Sad, décembre 1971
Pionnière yougoslave des arts médiatiques, créatrice de réseaux, professeur.
Bogdanka Poznanović a commencé sa carrière artistique par la peinture. Les effets sociopolitiques du mouvement artistique révolutionnaire italien et les tactiques artistiques de Fluxus ont eu un impact crucial sur son développement professionnel après 1968. Sa pratique artistique est plurielle, allant de l’art informel et du collage à l’art environnemental, en passant par la performance, l’art conceptuel, l’art vidéo, l’art postal ou encore les arts publicitaires et de la communication, qu’elle qualifiait d’« arts du contact ». Réseauteuse internationale, elle explore la notion d’artiste augmenté(e) par les médias, et expérimente différents canaux de communication comme les services postaux, les revues artistiques, le réseau téléphonique, le système talkie-walkie ou encore l’écran de télévision.
Diplômée de l’Académie des beaux-arts à Belgrade en 1956, B. Poznanović est par ailleurs une personnalité publique unique. Elle fonde l’association Tribune de la jeunesse en 1954, dans laquelle elle milite activement, et publie la revue culturelle et artistique Polja (1955), qui rassemble la nouvelle avant-garde de Novi Sad. Représentante du Conseil de Voïvodine pour les beaux-arts, elle œuvre pour favoriser la création d’une association professionnelle d’artistes de Voïvodine (1957), capable de s’affranchir de l’influence de l’agit-prop et du réalisme socialiste ambiant. Membre du comité directeur du Salon de la Tribune de la jeunesse (1969-1971), elle publie également des articles dans Polja, Új Symposion, Student et Ekran. Elle entretient des relations étroites avec l’Italie, où elle suit des formations spécialisées à Florence et à Rome (1968-1969), Venise (1977), Milan, Bologne et Ferrare (1984), et où une rétrospective de ses peintures est organisée à Vérone en 1990.
Parmi les œuvres emblématiques du travail avant-gardiste de B. Poznanović, citons : (I) son art informel des années 1960 ; (II) son art environnemental, notamment ses projets autour du Danube, comme Cubes-Rivers (1971) et Rivers Transmission (1972) ; (III) l’art vidéo qu’elle réalise sous forme d’autodocumentaires d’actions, dont le premier était Heart-Object (1970), ou encore la réalisation de la vidéo Poemim de Katalin Ladik (1980) ; (IV) le projet international d’art postal Feedback Letter box: Information – Decision – Action (1973-1974) ; (V) la performance d’arte povera sur ordinateur Computer Tape & Body (1973) ou l’œuvre d’écriture respiratoire sur bande magnétique intitulée Conceptus respiratio (1975) ; (VI) des œuvres relevant des arts publicitaires ou de la communication, comme Talkie-Walkie Communication (1974) avec Nuša and Srečo Dragan, Bioelectronic Communication (1980) avec Stano Filko, ou encore sa série photographique Art – Interpersonal Communication qui retrace ses rencontres avec divers artistes, dont Klaus Groh, Sanja Iveković, Vladan Radovanović. Enfin, l’émission « Contact Art – Bogdanka » est diffusée sur la chaîne de télévision câblée MIT de Boston en 1984.
Son engagement pédagogique pour former les futures générations d’artistes (1959-1995) est sans doute la contribution la plus significative de B. Poznanović. À l’Académie des arts de Novi Sad, elle a fondé le Visual Studio for Intermedia Research (1979), qui était ancré dans la pratique Fluxus de son cours universitaire « Theory of Shape and Space with Visual Research » (1976). B. Poznanović apprend à ses élèves à gérer un environnement électronique, à saisir la notion cybernétique d’être un « observateur observé » et à se forger un statut d’artiste connecté en réseau.
Une notice réalisée dans le cadre du programme “Vivre avec deux cerveaux : Artistes femmes dans les nouveaux médias, années 1960-1990”
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026