Gabriele Fois Kaschel, « En terre réunionnaise- empreintes et fulgurances », Revue de la recherche N° 01, École Supérieure d’Art de La Réunion, pp.130-132, 2023
→Julie Crenn, Catherine Boyer- « Shine bright like a diamond », mars 2022
→Patricia de Bollivier, « Le désir et ses corolaires – Volumes et dessins de Catherine Boyer », catalogue de l’exposition Jouissances Océaniques, Galerie Hang’Art, Saint Pierre – La Réunion [5 novembre 2022 –25 février 2023], pp.72-89, 2022
Aster Aterla, CCOD de Tour et La Friche Belle de Mai de Marseille, 2024
→Jouissances Océaniques, Galerie Hang’Art, Saint Pierre – La Réunion, 5 novembre 2022 –25 février 2023
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Dessus, Dessous, FRAC Réunion, Saint-Leu, 1998
Dessinatrice, peintre et sculptrice réunionnaise.
« En tant que femme, je m’ennuyais souvent de ce que la vie proposait. Je préférais dessiner. Créer mes paysages intérieurs. »
La sensation du dessin « comme une colline que l’on dévale » est la matière principale du travail à la fois précis, délicat et incisif de Catherine Boyer. « Il y a une richesse insondable dans le dessin », confie-t-elle. « Le crayon à pointe entre mes doigts me permet de creuser les détails, et c’est dans les détails que l’on se révèle. Surtout en tant que femme. »
La femme est son sujet : la femme et son lien au vivant, dont elle emprunte et se réapproprie les formes, la femme dans son corps et ce qu’il vit, traverse, éprouve… dans les tissus et les fibres, dans les cheveux et les cils, sous les ongles et la peau. Le lien symbiotique entre l’humain et la biosphère qu’il habite relève d’une pensée créole qui infuse l’ensemble du travail de C. Boyer : « Mon corps est une extension de la nature, comme la nature est une extension de mon corps », dit-elle. « Quand je façonne la forme, je touche le corps même », dit-elle encore, dans ses parts infimes où l’imaginaire se perd.
Le point comme motif récurrent dans son œuvre est important. Il désigne cette place que nous occupons dans l’immensité du monde, à la fois microscopique et interstellaire, puissante et vulnérable. Les formes qui en éclosent flottent ou se déploient dans l’espace jusqu’à le déborder. Elles prennent corps sensuels, évocateurs, intuitifs, indicibles, ambigus – dans les pistils et les planctons, les plumes et les poils, les pétales et les bulbes, les perles et les œufs, les ovules, les cellules… Autant de formes organiques qui habitent dans les sculptures de l’artiste comme dans ses toiles, suggérant un intérieur insondable, une profondeur, un ailleurs. Comme une corporéité du sensible, une métamorphose de l’intime, un mouvement du vivant… Une intrigue.
« Être femme est quelque chose d’intimement douloureux », confie C. Boyer. Une douleur éprouvée dans nos chairs comme dans nos récits. Intrusions, inflammations, déchirures, sutures, flux et fluides parsèment ainsi les figures de l’artiste derrière la douceur et la beauté de ses motifs, convoquées par ses gestes comme pour mieux les guérir : ceux d’une faune et d’une flore sauvages dans Les Orchidées et Les Papillons (séries débutées au début des années 2000) ou dans la série Luminescences (2009-2010) ; ceux de la main dans la matière dans les séries Hair Tresse (2013-2020) ou Divineariane (2021) ; ceux, toujours plus hybrides et presque psychédéliques, dans la série Magic Wik (2022) ou dans son travail autour de mandalas intitulé Cymatique (série, 2024-2025). Ce sont des gestes méditatifs, presque réparateurs, donnant naissance à des figures suggestives, érotiques, voire chimériques. C’est une quête de symbiose.
Après avoir suivi les « Ateliers Art » de l’association culturelle réunionnaise Village Titan – prémices de l’école d’art de la ville du Port –, puis obtenu le diplôme national supérieur d’expression plastique (DNSEP) aux Beaux-Arts de Marseille, C. Boyer revient vivre sur son île natale, où elle enseigne dans le secondaire pendant près de vingt ans tout en poursuivant sa production plastique. Longtemps invisibilisé, son travail commence à intéresser les institutions au tournant des années 2000-2010. Une exposition personnelle, Dessus, Dessous, lui est consacrée en 1998 par le FRAC Réunion, puis en 2022-2023 à la galerie Hang’Art, à Saint-Pierre, sous le titre Jouissances océaniques. Entre ces deux points d’orgue, en 2011, elle présente son travail au festival Drawing Now, salon international de dessin à Paris, et à la Joburg Art Fair, à Johannesburg, accompagnée par la galerie Binoche. Elle participe ensuite à différentes expositions collectives, dont L’Envers de l’île au musée Léon Dierx, à Saint-Denis de La Réunion, en 2015 ; le Festival d’arts contemporains des Comores en 2016 ; Rêver l’obscur à la galerie The Bridge, à Paris, en 2022 ; Mutual Core à l’Artothèque de La Réunion en 2021 ; Astèr Atèrla au Centre de création contemporaine Olivier Debré à Tours et à la Friche la Belle de Mai à Marseille en 2024, exposition présentée par la commissaire Julie Crenn et le FRAC Réunion. Ses œuvres font partie des collections de l’Artothèque, du FRAC Réunion et de la Région Réunion.
Les citations de l’artiste proviennent d’un entretien avec l’autrice réalisé en 2025.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Common Ground »