Annie Maïllis, Françoise Gilot, Françoise Gilot dans l’arène avec Picasso, Entretiens avec Annie Maïllis, Milan, Silvana Editoriale, 2021 (2004)
→Ingrid Mössinger, Françoise Gilot Painting-Malerei, cat. exp., Kunstsammlungen Chemnitz, Chemnitz (21 septembre-23 novembre 2003), Bielefeld, Kerber Verlag, 2003
→Mel Yoakum, Françoise Gilot. Monographie 1940-2000, Lausanne, Acatos, 2000
Françoise Gilot. Les années françaises, musée Estrine, Saint-Rémy-de-Provence, juillet-décembre 2021
→Red, Elkon Gallery, New York, octobre 2019-janvier 2020
→Françoise Gilot Painting-Malerei, Kunstsammlungen Chemnitz, Chemnitz, septembre-novembre 2003
Peintre et autrice franco-américaine.
Marie-Françoise Gilot, dite Françoise Gilot, naît dans une famille aisée et reçoit très tôt une éducation artistique par l’intermédiaire de sa mère, Madeleine Renoult (1898-1985), aquarelliste. Elle fait la connaissance en 1939 du peintre franco-hongrois Endre Rozsda (1913-1999), qui contribue à la former et avec qui elle a gardé un lien sa vie durant. Sous l’Occupation, elle fréquente différentes académies et écoles d’art parisiennes, l’académie Julian en octobre 1943, l’École nationale des beaux-arts au sein de l’atelier de Jean Souverbie (1891-1981) en 1945. Elle côtoie également les jeunes artistes du groupe des Réalités nouvelles et rencontre Nicolas de Staël (1914-1955), dont le travail la marque durablement. Ses premières œuvres, figuratives, sont notamment des autoportraits (Autoportrait en noir (au travail), 1943) et des portraits de son entourage (Geneviève pensive, 1942 ; Ma grand-mère, 1943.
À la fin de la guerre, elle rencontre Pablo Picasso (1881-1973). Les deux artistes entament une relation qui dure une dizaine d’années, Françoise Gilot quittant Picasso en 1953. Deux enfants naissent, Claude en 1947 et Paloma en 1949. L’univers domestique et la famille sont une source d’inspiration importante pour F. Gilot (Mes enfants dans la cuisine, 1950 ; Liberté, 1952) et l’objet d’un dialogue pictural intense avec P. Picasso. Par l’intermédiaire de ce dernier, F. Gilot rencontre Henri Matisse (1869-1954), dont elle cite le travail comme source d’inspiration : elle navigue ainsi entre diverses influences au cours des années 1940 et au début des années 1950, tout en cherchant progressivement à définir sa propre manière.
En 1952, elle expose son travail à la galerie Louise Leiris, à Paris ; elle fait partie des rares artistes femmes à avoir signé un contrat avec Daniel-Henry Kahnweiler. Y sont visibles les œuvres de sa « période blanche », qui lui valent une certaine reconnaissance, notamment la série des Cuisines. La toile Évier et tomates (1951) est achetée pour les collections nationales françaises. Des contrats avec des galeries à Londres et à New York suivent.
Au début des années 1960, des séjours en Grèce donnent naissance au cycle du Labyrinthe, inspiré de la légende de Thésée et riche d’une cinquantaine de toiles empreintes d’un profond lyrisme. Entièrement abstraites, celles-ci évoquent les différents éléments de la légende à l’aide des seuls couleurs, formes et rythmes (Labyrinth at Night, 1962 ; The Thread, 1962). La mythologie grecque imprègne l’ensemble des années 1960 (Ruins at Delos, 1966), qui voient par ailleurs se multiplier les expositions consacrées à l’artiste dans plusieurs galeries européennes et américaines.
Dans les décennies qui suivent, F. Gilot se tient à l’écart du milieu artistique français. Son indépendance est renforcée par son départ pour les États-Unis, où elle s’installe en 1970, après avoir épousé le biologiste Jonas Salk. Son travail se caractérise de plus en plus par un va-et-vient entre une figuration structurée et une abstraction colorée. On reconnaît ses toiles à leurs plans de couleurs découpés et surtout à leur chromatisme intense, dominé par le rouge, dont l’artiste fait son emblème et qui donne son nom à l’une de ses dernières expositions, à la galerie Elkon à New York en 2019-2020, Red.
Dans les années 1980, ses expérimentations autour de la diversité des formats la mènent aux « peintures emblématiques », ou « floating paintings » (Sun Emblem, 1980), inspirées des kakémonos japonais ou des grands tanka tibétains. De grandes pièces de coton sont ainsi maintenues par le haut avec une barre de bois qui en assure la stabilité, mais le reste de la toile flotte librement. La nature du médium implique vitesse et légèreté d’exécution pour ces grandes compositions colorées dont les aplats symétriques et les calligraphies imaginaires évoquent immanquablement le totem (Full Moon, 1983).
Outre son activité de peintre, F. Gilot est l’autrice de plusieurs ouvrages, dont le célèbre Vivre avec Picasso (1965), dans lequel elle revient sur sa vie avec l’artiste. De sa pratique littéraire, elle affirme : « Quand j’écris, je tente de trouver un style équivalent à mes recherches picturales. Ma technique se prête à l’un comme à l’autre. » En 1975 paraît l’ouvrage autobiographique Le Regard et son masque, témoignage de son engagement dans l’histoire de l’art, en 1976 un recueil de poèmes écrits en anglais, The Fugitive Eye, et en 1990 Matisse and Picasso, A Friendship in Art. Si l’artiste a longtemps été cantonnée au rôle de « muse » de P. Picasso, son travail est progressivement montré pour lui-même, dès la fin des années 1970 puis plus régulièrement à partir des années 1990.
Cette notice a été réalisée en partenariat avec le Musée national Picasso-Paris
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