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L’abstraction, une affaire d’hommes ?
Les grandes questions de l’histoire de l’art
08.05.2020 | Nina Meisel

Bridget Riley, For Genji, 1995/1996, huile sur toile de lin, 165 x 228,6 cm, © Droits Réservés, © Cnap, © Photo : Ville de Grenoble / Musée de Grenoble-J.L. Lacroix

L’abstraction est la révolution artistique du XXe siècle. Influencée par le développement de la physique quantique et héritière de l’impressionnisme, du fauvisme et du cubisme, elle s’impose comme l’inspiration principale de la période. Ce courant renouvelle les codes traditionnels de la peinture et de la sculpture, en décomposant l’image pour sacraliser la forme pure et la couleur. En histoire de l’art, la genèse de l’abstraction coïncide à la réalisation en 1910 de Sans titre de Wassily Kandinsky (1866-1944), puis par le travail de jeunes artistes comme František Kupka (1871-1957), Kazimir Malevitch (1879-1935) ou Piet Mondrian (1872-1944) qui abandonnent progressivement la représentation du réel pour n’en garder que l’essence et l’émotion. Selon les récits de l’histoire de l’art, les artistes femmes ne se seraient donc pas saisies des codes de ce mouvement. Pourtant, Hilma af Klint (1862-1944), peintre suédoise, délaisse les compositions figuratives dès 1905. Son travail n’est redécouvert qu’en 1986 à l’occasion de l’exposition The Spiritual in Art : Abstract Painting 1890-1985 au LACMA à Los Angeles, où elle est présentée comme pionnière de l’abstraction. Sa peinture médiumnique, mais aussi la pratique méditative d’Agnes Martin (1912-2004) témoignent des recherches acharnées sur l’essentialisation du geste artistique.

Comme leurs pairs masculins, certaines artistes femmes utilisent les couleurs pour explorer les représentations de la forme. La peintre et sculptrice Marlow Mosse (1890-1958) joue avec les lignes orthogonales et diagonales qu’elle dédouble en 1930 et dont finalement elle se détache pour expérimenter la clarté et les reliefs du blanc. Aurélie Nemours (1910-2005), s’adonne aussi à la monochromie et préfère le blanc aux couleurs vives. Les recherches picturales de l’artiste italienne Carla Accardi (1924-2014), partisane de la figuration réaliste, transcende la couleur, en approfondissant d’abord l’étude du noir et blanc pour en venir à l’utilisation des fluos au cours des années 1970.

L’artiste libanaise, Saloua Raouda Choucair (1916-2017) lie sa quête artistique avec la tradition islamique soufie, l’absence de la figuration est pour elle ce qui ramène l’œuvre à l’essentiel de la pensée. La quête de la forme constitue un mouvement à part dans cette révolution picturale : l’abstraction géométrique, à laquelle les artistes femmes prennent pleinement part. D’origine roumaine, Natalia Dumistresco (1915-1997) joue avec la géométrique, ronds, carrés et autres stries se chamaillent pour offrir une vision kaléidoscopique. Bĕla Kolářová (1923-2010) questionne par la photographie, mais aussi l’assemblage et le dessin, les structures des objets qu’elle détourne de leur fonction primaire. Elle innove et invente ses propres moyens de création, comme le négatif artificiel où l’image née par la seule utilisation d’une chambre noire. Vera Molnár (née en 1924), artiste cinétique hongroise, réalise, quant à elle, des expérimentations artistiques à l’aide de l’informatique.

On redécouvre tardivement cette « moitié suicidée du génie créateur » comme aimait l’écrire Lea Vergine. De récentes expositions rendent hommages à ces femmes abstraites telles que : Empathy and Abstraction. Modernist Women in Germany au Kunsthalle Bielefeld à Bielideld en 2015 et 2016, Making space : Women Artists ad Post-war Abstraction en 2017 au MoMa de New York, ou encore plus récemment, en 2020, Femmes années 50. Au fil de l’abstraction, peinture et sculpture au Musée Soulage de Rodez.

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