Sue Spaid, Built, Proposed, Collected & Published, A Field Guide to Patricia Johanson’s Works, Baltimore, Contemporary Museum, 2012
→Xin Wu, Patricia Johanson’s House & Garden Commission : Reconstruction of Modernity, v.I et v.II, Washington, D.C., Dumbarton Oaks Contemporary Landscape Design Series, 2007
→Caffyn Kelley, Art and Survival. Patricia Johanson’s Environmental Projects, Salt Spring Island, Islands Institute, 2006
Groundswell: Women of Land Art, Nasher Sculpture Center, Dallas, 23 septembre 2023 – 7 janvier 2024
→Patricia Johanson: House & Garden, Usdan Gallery, Bennington College (VT), 25 février – 9 mai 2020
→Patricia Johanson: The World as a Work of Art, Museum Het Domein, Sittard (NL), 29 septembre 2013 – 26 janvier 2014
Écoartiste états-unienne.
Pionnière des aménagements visant à la restauration des paysages, Patricia Johanson a développé une expertise mêlant impératif écologique et biomimétisme – avant même sa conceptualisation par la biologiste Janine Benyus en 1997 – conjugué au rétablissement d’un lien social en milieu urbain ou suburbain dégradé. C’est au Bennington College, dans le Vermont, qu’elle obtient sa licence en art en 1962. Elle y est très vite repérée par l’artiste Tony Smith (1912-1980) et par celui qui deviendra son époux en 1974, l’historien de l’art Eugene Goossen. Elle côtoie alors Barnett Newman (1905-1970), Franz Kline (1910-1962), Philip Guston (1913-1980), Joseph Cornell (1903-1972), dont elle sera l’assistante, et Helen Frankenthaler (1928-2011), avec qui elle se lie d’amitié. En 1964, pendant sa maîtrise en histoire de l’art au Hunter College, à New York, elle assiste Georgia O’Keeffe (1887-1986) dans le catalogage de son œuvre et de ses archives. La peintre revêt alors la figure de mentor pour la jeune artiste.
C’est avec des peintures que P. Johanson se fait justement remarquer à son retour du Nouveau-Mexique. En 1964, elle expose ses premières toiles dépouillées aux côtés de minimalistes, dont Carl Andre (1935-2024) et Robert Barry (né en 1936). Repérée à la galerie Tibor de Nagy, à New York, en 1967, son imposante toile William Clark, datée de la même année, est exposée l’année suivante au MoMA. Puis en 1968, la médiatisation autour de Stephen Long, sculpture monumentale de land art de 490 mètres, attire l’attention de la revue House & Garden sur l’artiste, qui lui commande un projet de jardin. P. Johanson livre un an plus tard cent cinquante dessins, ordonnancés suivant leur fonction – nourricière, restaurative, dépolluante, optique –, aux formes et aux dynamiques empruntées à des fleurs, à des animaux et à des insectes. Mais ces propositions avant-gardistes déroutent les attentes de la publication.
Aucun de ces dessins visionnaires ne sera mis en œuvre, mais ils marquent un tournant pour l’artiste, décidée à réaliser des aménagements capables de créer des liens entre tous les membres de la communauté du vivant. Pour ce faire, P. Johanson décide de compléter sa formation et obtient en 1977 un diplôme en architecture au City College School of Architecture de New York. Au début des années 1980, le directeur du musée d’art de Dallas repère le potentiel de sa démarche et lui propose de prendre en charge la restauration d’un plan d’eau saumâtre qu’entourent les musées de la ville et un parc d’attractions à son extrémité. Leonhardt Lagoon, qui prend cinq ans à être complété (1981-1986), entrelace care environnemental et bien-être des usagers, mission restaurative et éducation. Cette œuvre est alors la première à opérer la parfaite conjonction entre impératifs écologiques, impacts sociaux et valeur esthétique
À l’instar des carrières des architectes, le parcours de P. Johanson est jalonné de projets ambitieux restés sur le papier ou au stade de la maquette (Óbidos, Brésil, 1992 ; Nairobi, Kenya, 1995 ; Brockton, États-Unis, 1997-1999 ; Millenium Park, Séoul, Corée, 1999) et de quelques concrétisations mémorables et monumentales, dans lesquelles l’eau est centrale. En 1989, alors qu’un cancer au stade terminal lui est diagnostiqué, avec une échéance de vie à six mois, l’artiste est en pleine conception d’Endangered Garden sur les berges de la baie de San Francisco (complété en 1996). À partir d’une rémission inespérée en 1992, elle dote désormais ses œuvres d’une mission de survie et de protection des espèces en danger. À Petaluma, en Californie, entre 2001 et 2009, son design s’inspire d’une petite souris endémique en voie de disparition, d’un papillon et d’une fleur de liseron afin d’aménager un site de traitement de l’eau. Elle y restaure les milieux humides et agricoles, aménage 4,8 kilomètres de chemins de randonnée, tout en collaborant avec les ingénieurs.
Cette habileté à composer tant avec les scientifiques qu’avec les conducteurs de travaux, les techniciens et le corps institutionnel fait de P. Johanson une personnalité d’une compétence rare, dont la douceur déterminée tranche avec l’ambition et la taille des projets qu’elle a concrétisés. Depuis The Draw at Sugar House, achevé à Salt Lake City en 2018 après quinze années de processus, de compromis et d’ajustements, elle se consacrait à la réalisation d’un projet pour le campus de l’université McMaster à Hamilton (Canada). Collectionnée par quelques musées seulement (Metropolitan Museum of Art et MoMA à New York, National Museum of Women in the Arts à Washington), elle a offert en 2023 à l’Institute of Art de Chicago une toile de ses débuts (Minor Keith, 1967). Jusqu’à ses derniers moments, elle a travaillé à mettre sur pied une fondation à son nom afin de pérenniser son œuvre.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Common Ground »
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