Akiko Minosaki, Shashinshi Shima Ryū: Nihonhatsu no josei fotogurafua [Ryū Shima, photographe : la première femme photographe au Japon], Tokyo, Kōseisha, 2025
→Yōko Murakami, Genji gannen haru, Shima Ryū wa shashin satsuei o [Printemps 1864 : Ryū Shima photographie], Tokyo, Nihon Shashin Kikaku, 2019
→Bakumatsu no Shashinshi Fusai Shima Kakoku to Shima Ryū [Kakoku et Ryū Shima, couple de photographes à la fin du shogounat], cat. exp., musée d’histoire de la préfecture de Gunma, Takasaki, 2007
Dai-81-kai kikakuten, Shima Kakoku tanjō 180-shūnen kinenten –“Shima Kakoku to Shima Ryū: Bakumatsu no Shashinshi fusai” [«Kakoku et Ryū Shima, couple de photographes à la fin du shogounat », 81e exposition temporaire marquant le 180e anniversaire de la naissance de Kakoku Shima], musée d’histoire de la préfecture de Gunma, Takasaki, 21 avril – 3 juin 2007
Photographe japonaise.
Née dans le village de Kami-Hisakata dans le district de Yamada, dépendant de la province de Kōzuke (actuel lieu-dit de Umeda, commune de Kiryū, département de Gunma), Ryū Shima fait partie de la toute première génération de photographes japonaises, connue pour avoir réalisé dans les années 1860 un cliché de son mari Kakoku Shima (1827-1870), intitulé Portrait de Kakoku Shima riant, une citrouille dans la main.
Son nom de naissance est Yone Okada, mais enfant, elle se fait appeler Kaku. Après son mariage, elle prend le prénom de Riyu (qui devient plus tard Ryū). De 7 à 13 ans, elle est inscrite à Shōseidō, une terakoya fondée par la poétesse Kajiko Tamura (1785-1862). Les terakoya étaient des institutions adossées aux temples, chargées de l’éducation primaire des enfants sous le shogounat d’Edo. En 1841, elle monte à Edo (actuelle Tokyo), recrutée comme secrétaire par le clan Hitotsubashi, une des trois branches Tokugawa. C’est là qu’à 33 ans, elle aurait rencontré Kakoku Shima, de quatre ans son cadet, originaire de Tochigi, et qui a ses entrées auprès du clan Hitotsubashi comme peintre et interprète. Ils se marient en 1855 et s’installent dans le quartier réservé aux serviteurs du shogounat situé non loin d’une sortie à l’arrière du temple Sensōji à Asakusa, derrière la résidence tokyoïte du seigneur Tachibana.
Dans la période qui marque le passage du shogounat à la restauration de Meiji (milieu du xixe siècle), Kakoku se met à apprendre les techniques occidentales de peinture à l’huile et de photographie, et étudie avec beaucoup d’intérêt la fabrication de caractères d’imprimerie et l’impression typographique pour la publication d’ouvrages médicaux. À ses côtés, R. Shima découvre ainsi la culture occidentale, et son époux lui enseigne notamment les techniques photographiques. Dans Kaichūki, sorte de journal intime qu’elle aurait rédigé en 1870, on peut lire le nom de produits chimiques utilisés en photographie, leur mode de fabrication, leur prix, ainsi que des explications sur le procédé au collodion humide, témoignant de son intérêt pour la photographie.
Sur un cliché datant de 1864 représentant son mari à 42 ans, on peut lire au dos « Ryū Shima, photographe ». Elle se présente donc dès cette époque comme photographe professionnelle, et de fait, on sait qu’elle ouvrire plus tard un studio de photographie à Kiryū, bien que les détails de cette entreprise restent méconnus. Plusieurs portraits sont réalisés à cette époque : celui de Sōun Tazaki (1815-1898), un ami peintre, né dans une famille de samouraïs du domaine d’Ashikaga (aujourd’hui département de Tochigi), datant de 1865, un autre de Sukekuni Kawazu (1821-1873), un des « magistrats des affaires étrangères » chargés par le shogounat de superviser les relations avec l’étranger, datant de 1866, ou encore celui du médecin britannique William Willis (1837-1894) en mission au Japon, datant de 1869, mais on ne sait si ces clichés ont été pris par Kakoku ou par Ryū.
Kakoku décède soudainement en 1870. À la fin de l’année suivante, en 1871, R. Shima décide de retourner dans sa ville natale de Kiryū, emportant avec elle tous les effets personnels et le matériel de son mari. Ces quelque 2 000 objets et documents ont été conservés dans un entrepôt sur la propriété de la famille Shima du lieu-dit d’Umeda à Kiryū, transmis de génération en génération. La redécouverte du contenu de cet entrepôt en 1983 a permis de faire connaître plus largement les activités des époux Shima. Dans les objets conservés, on retrouve le portrait de Kakoku de 1864, mais aussi des œuvres des peintres Kazan Watanabe (1793-1841), Chinzan Tsubaki (1801-1854) et Ryūko Takaku (1810-1858), proches du mari de R. Shima, et plusieurs plaques humides ; 1208 pièces qui se rapportent à la vie du couple ont été confiées au musée d’histoire de la préfecture de Gunma. En septembre 2008, cet ensemble a été classé Patrimoine culturel d’importance par le département de Gunma. À ce jour, on a pu identifier au moins cinq plaques humides réalisées par R. Shima après son retour dans sa ville natale.
Plusieurs expositions récentes ont présenté le travail de R. Shima, contribuant à la réévaluation de cette artiste. Citons notamment An Incomplete History: Women Photographers from Japan, 1864-1997, qui s’est tenue dans l’atelier Visual Studies Workshop à Rochester aux États-Unis du 26 juin au 8 août 1998, Grand Festival d’automne des artistes de Kiryū du 7 octobre au 3 décembre 2023 au musée d’art Ōkawa, ou encore I’m So Happy You Are Here: Japanese Women Photographers from the 1950s to Now, aux Rencontres de la photographie d’Arles du 1er juillet au 29 septembre 2024.
Cependant, il ne paraît pas judicieux d’affirmer d’emblée que R. Shima ait été la « première femme photographe japonaise ». On sait en effet que plusieurs femmes ont travaillé dans les tout premiers studios ouverts au Japon, comme celui de Gyokusen Ukai vers 1861 et celui de Renjō Shimooka en 1862, mais les études sur les femmes photographes au Japon de cette époque sont encore largement insuffisantes. On ne peut se contenter d’une signature au dos d’un cliché suivie de « photographe » pour décréter que R. Shima serait la première professionnelle. À ce stade, il semble prématuré d’affirmer un tel statut sans avoir au préalable clarifié plus en détail son parcours : espérons que de futures recherches plus approfondies permettront de mettre en lumière son rôle.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Traces du futur : femmes photographes du Japon »
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026