Roos, Anna Marie, Martin Lister and His Remarkable Daughters, Oxford, Bodleian Publishing, 2018
→Wilkins, Guy L., ‘Notes on the Historia Conchyliorum of Martin Lister (1638-1712)’, Journal of the Society for the Bibliography of Natural History, 3, 4, janvier 1957, p. 196-205
→Woodley, J.D., ‘Anne Lister, illustrator of Martin Lister’s Historiae Conchyliorum (1685-1692)’, Archives of Natural History, 21, 2, 1994, p. 225-229
The Lister Sisters and the Art of Seventeenth-Century Science, Bodleian Library, University of Oxford, Oxford, 18 août 2012 – 30 septembre 2012
Illustratrices scientifiques, dessinatrices, graveuses et aquafortistes anglaises.
Susanna et Anna Lister sont désormais reconnues pour le rôle qu’elles ont joué dans la production visuelle de l’œuvre scientifique de leur père, le médecin et naturaliste anglais Martin Lister, membre de la Royal Society et fondateur de l’arachnologie et de la conchyliologie. En 1683, M. Lister joint à une lettre adressée à son épouse Hannah des pigments et des pinceaux pour leurs filles. En l’espace d’une décennie, ces premiers exercices se transforment en une collaboration professionnelle soutenue : les deux sœurs produisent des dessins, des eaux-fortes et des gravures pour les articles et les importantes publications de leur père.
À la fin du XVIIe siècle, l’illustration scientifique est un genre émergent, qui nécessite la synthèse de qualités rares : l’observation empirique, le rendu précis de la perspective et la capacité à diriger l’attention vers des traits saillants sans perdre de vue l’intégrité du contexte et des proportions. Le coût et la complexité technique de la gravure sur cuivre, ainsi que la réticence des imprimeurs à s’engager dans des travaux d’histoire naturelle, à l’attrait commercial limité, rendent de tels projets particulièrement difficiles. Ainsi, après des expériences insatisfaisantes auprès d’artistes professionnels, tels Francis Place (1647-1728) et William Lodge (1649-1689), M. Lister entreprend de former ses propres filles à l’art scientifique.
L’illustration est à cette époque considérée comme une honorable occupation pour les jeunes femmes, mais le travail de S. et A. Lister dépasse clairement le stade de la décoration conventionnelle pour entrer véritablement dans le domaine de la documentation scientifique. Leur contribution la plus importante est l’illustration de Historiae Conchyliorum (1685-1692), le premier traité complet de conchyliologie, rédigé par leur père. Comprenant plus de mille gravures sur cuivre, l’ouvrage présente des spécimens issus des collections de Sir Hans Sloane à Londres et de l’Ashmolean Museum à Oxford. Des dessins préparatoires, des épreuves et des plaques de cuivre qui nous sont parvenus attestent les compétences techniques des sœurs et la nature collaborative de leur travail. Si les plaques ne sont pour la plupart pas signées, certaines portent des initiales ou une signature (« A », « AL », « Susan ») qui témoignent de mains multiples. Elles sont traitées au burin et à l’eau-forte.
Il est possible que la gravure et l’impression aient été réalisées au domicile des Lister, cette organisation permettant de faire des corrections et de contourner les contraintes logistiques et financières des imprimeries commerciales. Ce modèle de production familiale est sophistiqué sur le plan technique : des bordures ornementales préalablement gravées sont imprimées sur les images de spécimens, et le papier fin disponible en stock – identique à celui utilisé par M. Lister pour sa correspondance – est parfois renforcé lorsque la presse perce la feuille.
Les sœurs Lister font également partie des premières femmes à employer des microscopes pour l’illustration scientifique. M. Lister en adopte un à partir des années 1690, et l’acuité visuelle des deux jeunes femmes les rend particulièrement aptes à pratiquer ce type d’observation. Les plaques d’A. Lister, décrites comme ex microscopio, représentent des éléments anatomiques complexes, tels que la partie interne de brachiopodes et les organes reproducteurs de mollusques. Des détails micrographiques sont intégrés dans la représentation taxonomique. En proposant la synthèse de certaines caractéristiques à partir de plusieurs spécimens pour produire des images « types », A. et S. Lister établissent une classification claire qui façonne la conchyliologie jusqu’au XIXe siècle.
Le travail des sœurs est remarqué à leur époque. En 1694, John Place, médecin du duc de Toscane, relate la grande surprise de celui-ci quand il apprend que les gravures sont l’œuvre des filles de M. Lister ; il offre en échange de ces estampes du vin florentin. Puis S. et A. Lister ont été largement effacées de l’histoire, jusqu’à ce que la recherche redécouvre récemment leur contribution. Elles occupent désormais une position singulière, à l’intersection de l’art, des sciences naturelles et du travail intellectuel féminin aux débuts de la Royal Society. Leur œuvre témoigne des dimensions collaborative, matérielle et technique de la fabrique du savoir scientifique moderne.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Common Ground »
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026