Blocker Jane, Where is Ana Mendieta? Identity, Performativity, and Exile, Durham, Duke University Press, 1999
→Viso Olga (dir.), Ana Mendieta: Earth Body: Sculpture and Performance, 1972–1985, cat. expo., Whitney Museum of American Art, New York ; Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington ; Des Moines Art Center, Ia ; Miami Art Museum, Miami (2004-2006), Washington, Hirshhorn Museum and Sculpture Garden/Hatje Cantz, 2004
→Rosenthal Stephanie (dir.), Ana Mendieta: Traces, cat. expo., Hayward Gallery, Londres ; Museum der Moderne, Salzburg (2013-2014), Ostfildern, Hatje Cantz, 2014
Ana Mendieta, Centro Galego de Arte Contemporánea, Saint-Jacques-de-Compostelle ; Kunsthalle Düsseldorf, Düsseldorf ; Fundació Antoni Tàpies, Barcelone ; Miami Art Museum of Dade County, Miami ; The Museum of Contemporary Art, Los Angeles, 1996-1997
→Ana Mendieta, Art Institute of Chicago, Chicago, 20 juillet 2011 – 15 janvier 2012
→Ana Mendieta: Earth Body: Sculpture and Performance, 1972–1985, Whitney Museum of American Art, New York ; Hirshhorn Museum and Sculpture Garden, Washington ; Des Moines Art Center, Ia ; Miami Art Museum, Miami, 2004-2006
Performeuse et artiste multimédia états-unienne.
L’œuvre et la vie d’Ana Mendieta sont inextricablement liées. Afin de la protéger des tracas que le régime castriste faisait peser sur ses parents, à l’âge de 12 ans, elle est envoyée avec sa sœur aux États-Unis, où elle obtient ses diplômes de peinture, multimédia et art vidéo à l’université de l’Iowa, lieu de ses premières performances entre 1972 et 1974, qui portent toutes les stigmates de ce déchirement familial et culturel. Ainsi, dans Death of a Chicken (« Mort d’un poulet », 1972), l’artiste, nue, tient par les pattes, le poulet décapité qui, soumis aux soubresauts de son agonie, macule de sang la virginité de son plumage et éclabousse le corps de l’officiante. Ce rituel fait explicitement référence aux sacrifices d’animaux de la culture latino-américaine, en même temps qu’il souligne l’identification de la femme artiste au monde animal et à la nature. Cet usage du sang est récurrent dans la démarche d’A. Mendieta, particulièrement dans sa performance la plus célèbre (Body Tracks, « Traces du corps », 1974), où, face à un mur, les mains levées enduites de peinture rouge, elle se laisse glisser jusqu’à terre, laissant sur la paroi la trace de son mouvement. Après sa mort tragique en 1985 (elle s’est défenestrée dans des conditions obscures, aggravées par le rôle ambigu de son mari, le plasticien Carl Andre), Nancy Spero transforme cette action en emblème politique et esthétique.
À partir de 1975 et jusqu’à la fin de sa vie, A. Mendieta se consacre exclusivement à des travaux sur et dans la nature. Elle s’efforce de tisser, selon ses propres mots, un « dialogue entre le paysage et le corps féminin », c’est-à-dire le sien, dialogue qui s’origine dans « l’arrachement » à son pays natal, qu’elle compare à l’arrachement au « ventre maternel (la nature) ». Ses sculptures « terre/corps » lui permettent un « retour à la source maternelle» et la fusion avec « l’univers », jusqu’à en devenir une « extension » et vice versa. Pendant dix ans, elle parcourt ainsi le continent américain (des États-Unis au Mexique, de la Havane au Canada) pour se fondre dans le paysage, graver les signes de la féminité, brûler son effigie, se couvrir de fleurs, naître de l’écume, s’enraciner, disparaître… Toutes ses actions, filmées, photographiées, sculptées dessinent les contours d’un territoire et d’un corps qui participent d’un féminisme existentiel, doublé d’un panthéisme radical.