Namer, Léa, Chacarita Moderna. La nécropole brutaliste de Buenos Aires, Paris, Building Books, 2024 (éd. bilingue français–anglais)
→Jebai, Soraya, Itala Fulvia Villa: uma mulher na arquitetura moderna argentina (1913–1991) [Villa Itala Fulvia : Une femme dans l’architecture argentine moderne (1913-1991)], São Paulo, 2016
→Fuzs, Gonzalo, Austral 1938–1944: lo individual y lo colectivo [Australie 1938-1944 : l’individu et le collectif], thèse de doctorat, Universitat Politècnica de Catalunya (UPC), Barcelone, 2012
→« Panteones en dos cementerios porteños: Cementerios de la Chacarita y de Flores », Revista Nuestra Arquitectura, n° 375, Buenos Aires, juillet 1961
Arquitectura y paisajes. Musas de vanguardia en el territorio, ETSAM, Madrid, octobre – décembre 2024
→Chacarita Moderna, Disponible, Buenos Aires (AR), mars – juillet 2023
→Territorio G, MARQ (Museo de Arquitectura y Diseño), Buenos Aires, avril – juin 2021
Architecte et urbaniste argentine.
Née à Buenos Aires de parents italiens immigrés en Argentine à la fin du XIXe siècle, Ítala Fulvia Villa appartient à la première génération de femmes diplômées de la Escuela de Arquitectura de la Universidad de Buenos Aires (future FADU), dont elle sort en 1935. Formée dans un milieu encore marqué par le néoclassicisme, elle découvre les idées rationalistes européennes lors d’un voyage d’études en 1937, expérience décisive qui oriente durablement sa pensée vers le modernisme. À son retour, elle collabore avec Jorge Ferrari Hardoy (1914-1977) et Juan Kurchan (1913-1972), restés à Paris dans l’agence de Le Corbusier (Charles-Édouard Jeanneret-Gris, 1887-1965), en les assistant dans la préparation du matériel nécessaire à la reprise du plan directeur de Buenos Aires (1929). Peu après, J. F. Hardoy, J. Kurchan et Antonio Bonet (1913-1989) fondent le Grupo Austral, collectif pionnier du mouvement moderne en Argentine, dont Í. F. Villa est la seule femme signataire du manifeste.
Formée par Carlos María Della Paolera (1890-1960), premier urbaniste argentin et auteur du projet de l’Avenida 9 de Julio, Í. F. Villa fait très tôt de l’urbanisme son domaine de prédilection. Au début des années 1940, elle rejoint les institutions publiques de Buenos Aires et se consacre à la planification urbaine. En 1945, elle conçoit avec Horacio Nazar (1876-1955) le plan du Bajo Flores, visant la requalification du sud de la ville, lauréat du VIe Salón de Arquitectura. La présentation du projet, réalisée par la photographe Grete Stern (1904-1999), illustre le dialogue entre modernisme architectural et culture visuelle d’avant-garde. Elle participe ensuite aux travaux du Estudio del Plan de Buenos Aires, élaboré sous l’influence des idées corbuséennes, et dirige la División de Información Urbana de la Dirección General de Obras Públicas y Planeamiento Municipal, où elle développe une approche novatrice de la lecture de la ville, fondée sur des cartes, des diagrammes et des graphiques statistiques à visée analytique et prospective.
Dans les années 1950 et 1960, depuis la Dirección General de Arquitectura y Urbanismo de la ville de Buenos Aires, Í. F. Villa conçoit et dirige les panteones des cimetières de Chacarita et de Flores – le premier, monumental et souterrain, est conçu pour accueillir plus de 150 000 sépultures. À la fois infrastructure publique et espace de mémoire collective, le Sexto Panteón de la Chacarita transpose les idéaux du modernisme – rationalité de la construction, hiérarchisation des circulations, monumentalité du béton brut – à la typologie du cimetière, marquant la première expérimentation à grande échelle de l’architecture moderne funéraire en Amérique latine. En 1960, Í. F. Villa est nommée conseillère au Plan Regulador de Buenos Aires, puis, en 1962, conseillère pour le concours du cimetière-parc de Mar del Plata, remporté par Horacio Baliero (1927-2004) et Carmen Córdova (1929-2011), tout en enseignant l’urbanisme à l’Universidad Nacional de La Plata.
La suite de sa carrière, moins documentée, se déroule dans un contexte politique tendu. Elle s’éloigne des institutions publiques pour exercer comme architecte indépendante au service de syndicats. En 1979, elle devient représentante de la Federación Argentina de Mujeres Universitarias (FAMU), marquant son engagement pour la reconnaissance des femmes dans les professions intellectuelles et techniques. Longtemps effacée des récits officiels, Í. F. Villa réapparaît aujourd’hui comme une figure essentielle du modernisme argentin. Son œuvre nous lègue une vision de l’architecture comme acte collectif, ancrée dans l’idée de service public et de transformation sociale.