Cuevas Minerva Artiste, Charpenel Patrick, Gabara Esther, McKee Francis et Roumiguiere Melanie, Minerva Cuevas, Barcelone, Editorial RM, 2023
Game Over, Mexico, Museo Jumex, 26 novembre 2022 – 26 février 2023
→No Room to Play, Berlin, daadgalerie, 11 avril – 9 juin 2019
→Feast and Famine, KURIMANZUTTO, Mexico, 22 septembre 2015 — 24 octobre 2015
Artiste conceptuelle mexicaine.
Minerva Cuevas est une artiste conceptuelle établie à Mexico, où elle a étudié les arts plastiques à l’Escuela Nacional de Artes Plásticas, au sein de l’Universidad Nacional Autónoma de México. En 1998, elle lance « Mejor Vida Corp. », un projet d’intervention sur le long terme, à but non lucratif, qui offre des services gratuits – tickets de métro, codes-barres autocollants ou cartes étudiantes – comme autant de critiques satiriques des institutions capitalistes. Elle est aussi membre fondatrice de la plateforme irational.org en 1999 et imagine la structure « International Understanding Foundation » en 2016.
Dès ses débuts, l’œuvre de M. Cuevas se situe continûment à l’intersection de l’action politique et des pratiques d’autodétermination sociale. L’économisation des ressources naturelles à l’échelle globale, les causes sociales et les conséquences du changement climatique et des mécanismes néolibéraux du pouvoir, qui se manifestent dans l’espace public comme dans la sphère privée, jouent un rôle central dans les réflexions de l’artiste. Elle met en œuvre des médiums variés, dont des interventions dans la rue, des films, des installations et des peintures murales, et s’approprie souvent les langages établis des structures institutionnelles, des marques et de la publicité. La plupart de ses œuvres expriment ouvertement la résistance et la non-conformité. Plutôt que de parler d’une voix unique, sa pratique s’enrichit de multiples caisses de résonance et encourage une polyphonie d’interprétations selon des perspectives géographiques, culturelles, politiques et économiques.
Les projets de M. Cuevas autour du pétrole, par exemple, mettent en lumière les dimensions écologique et culturelle de la dépendance aux énergies fossiles. Pour les expositions Dark Matter (San Diego, Institute of Contemporary Art, 2022) et In Gods We Trust (New York, kurimanzutto, 2023), l’artiste juxtapose ainsi d’anciennes publicités pour l’essence avec des reliefs sculptés de divinités animales hybrides montées sur des barils. Ces œuvres montrent comment la publicité a mythologisé le pétrole et l’a présenté comme un progrès tout en dissimulant sa violence écologique. Une autre de ses expositions majeures, Feast and Famine (Liverpool, Bluecoat, 2015), explore l’histoire coloniale du cacao et du chocolat, traçant des liens entre le commerce mondial, l’extraction des ressources et les inégalités, dans une perspective écologique.
À la frontière entre le Mexique et les États-Unis, M. Cuevas investigue également la force symbolique et politique des limites territoriales. Avec Crossing the Rio Bravo (2010-2011), elle peint une ligne sur des galets de rivière, présentant la frontière comme un écosystème commun et fragile plutôt que comme une division écrasante. Dans Migratory Yellow Pages (2022), l’artiste se réapproprie le format de l’annuaire commercial afin de créer une ressource plurielle pour les personnes migrantes, entremêlant les conseils pratiques à la poésie et à des interventions plastiques.
Parmi les expositions individuelles de M. Cuevas, on peut mentionner Minerva Cuevas (Mexico, Museo de la Ciudad de México, 2012), Game Over (Mexico, Museo Jumex, 2022) et No Room to Play (Berlin, daadgalerie, 2019). Elle a participé à de nombreuses biennales à travers le monde et reçu des bourses, dont celles du DAAD Artists-in-Berlin Program (2003), de l’Edith-Russ-Haus (2004), du Banff Centre (1998) et de la Delfina Foundation à Londres (2001). Ses œuvres font partie des collections de la Tate (Londres), du Centre Pompidou (Paris), du Solomon R. Guggenheim Museum (New York), du Museum Ludwig (Cologne), du Museo Universitario Arte Contemporáneo (MUAC) et du Museo Jumex (Mexico), ainsi que du Van Abbemuseum (Eindhoven). En 2023, sa première monographie est publiée par RM Verlag (Barcelone), sous la direction du DAAD Artists-in-Berlin Program et de Mélanie Roumiguière, avec des textes de Francis McKee, Patrick Charpenel et Esther Gabara, entre autres.
À travers son usage stratégique de la publicité et de la mythologie, M. Cuevas révèle la manière dont les systèmes symboliques entretiennent les inégalités à l’échelle mondiale. Son œuvre polyphonique, qui résiste à la simplification, se fonde sur des recherches et sur des interventions offrant des espaces de solidarité, de responsabilité écologique et d’imagination collective.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Common Ground »
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