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Critique

Au cœur de la ritournelle d’Anne-Marie Schneider

12.12.2017 |

Anne-Marie Schneider, vue de l’exposition Ritournelle, MAC’s, 2017, © Photo : Ph De Gobert

Du 1er octobre 2017 au 14 janvier 2018, le musée des Arts contemporains (MAC’s) de la Fédération Wallonie-Bruxelles consacre une exposition monographique à Anne-Marie Schneider. Majoritairement composée de dessins, mais également ponctuée de peintures et de films, Ritournelle donne à voir la retranscription vibrante d’un monde en mouvement.

Au cœur de la ritournelle d’Anne-Marie Schneider - AWARE Artistes femmes / women artists

Anne-Marie Schneider, vue de l’exposition Ritournelle, MAC’s, 2017, © Photo : Ph De Gobert

Née en 1962, A.-M. Schneider cesse son activité de musicienne pour se diriger vers les arts visuels. Elle étudie à l’École des beaux-arts de Paris où elle rencontre Jean-Francois Chevrier en 1988. Commissaire de ses premières expositions, il a été son professeur et lui a fait découvrir aussi bien Louise Bourgeois que Silvia Bächli. À cette époque, elle participe assidûment aux cours de morphologie et c’est à cette connaissance parfaite du corps qu’elle doit la liberté et la précision de son trait. Cette liberté, A.-M. Schneider l’admet volontiers lorsqu’elle affirme que le « dessin arrive plus vite que les mots1 ».

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Anne-Marie Schneider, vue de l’exposition Ritournelle, MAC’s, 2017, © Photo : Ph De Gobert

Dans la configuration de l’exposition, l’aisance et la profusion caractéristiques de la pratique de l’artiste sont visibles dès la première salle. Cet espace décisif agit comme un sas qui permet aux visiteurs et visiteuses de quitter leur quotidien et d’entrer dans l’univers de l’artiste. Les feuilles fragiles, supports des œuvres, sont épinglées au mur et non encadrées. Des dessins et peintures agissent telles des clés de lecture pour appréhender le travail foisonnant qui prend place dans les salles suivantes. Le parcours continue sur le même ton et offre une confrontation aux œuvres qui procèdent de l’imaginaire fantastique et de l’esthétique si distinctive de l’artiste.

L’économie de moyens remarquable des dessins et le rythme qui accompagne le trait, toujours sous tension, traversent des thèmes éminemment personnels et révèlent une femme profondément tiraillée entre rêves et réalité.

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Anne-Marie Schneider, vue de l’exposition Ritournelle, MAC’s, 2017, © Photo : Ph De Gobert

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Anne-Marie Schneider, vue de l’exposition Ritournelle, MAC’s, 2017, © Photo : Ph De Gobert

A.-M. Schneider aborde le rapport homme/femme d’une manière totalement fantasmatique. Très pessimiste dans certaines feuilles où elle dépeint une relation de dominant à dominée, elle semble ensuite souhaiter se mesurer aux hommes, dans un film dans lequel elle crie qu’elle éprouve un désir viscéral se marier. Ces relations à l’autre, l’artiste ne les connaît pas car elle ne communique guère avec le monde extérieur, restant souvent recluse chez elle par peur de ses contemporains. Cependant, elle nous livre ici bien plus sur son intimité que ce que montre le simple masque de convenances que nous portons parfois en société.

Cet isolement l’amène à se documenter à travers les médias. Elle traite de faits d’actualité grâce à ce filtre ; en témoignent ses dessins portant sur les répressions policières des flux migratoires aux frontières, présentés à la documenta X en 1997. L’artiste produit d’autres images de ce type, visibles au MAC’s, et oscille entre sujets politiques et mise à nu totale. C’est le cas dans ses nouvelles œuvres qui figurent des corps écorchés, peints d’une manière expressive et vigoureuse, en utilisant différentes tonalités de rouge et dans des dimensions plus importantes que celles de ses précédents travaux.

L’œuvre d’A.-M. Schneider au Grand-Hornu atteste un renouveau permanent et d’un combat perpétuel contre ses angoisses, une solution trouvée pour retranscrire le monde et l’enrichir, une tentative de structuration du chaos2.

 

Anne-Marie Schneider, Ritournelle, du 1er octobre 2017 au 14 janvier 2018, au musée des Arts contemporains (site du Grand-Hornu, Hornu, Belgique).

1
Thély Nicolas, « Anne-Marie Schneider – dessine-moi un mouton », Les Inrockuptibles, 23 mai 2000, http://www.lesinrocks.com/2000/05/23/musique/concerts/anne-marie-schneider-dessine-moi-un-mouton-11219847/, consulté le 27 novembre 2017.

2
La ritournelle « est comme l’esquisse d’un centre stable et calme, stabilisant et calmant, au sein du chaos. Il se peut que l’enfant saute en même temps qu’il chante, il accélère ou ralentit son allure ; mais c’est déjà la chanson qui est elle-même un saut : elle saute du chaos à un début d’ordre dans le chaos, elle risque aussi de se disloquer à chaque instant », Gilles Deleuze et Félix Guattari, Mille Plateaux. Capitalisme et schizophrénie 2 (1980), Paris, Les Éditions de Minuit, 1994, p. 382.

Pour citer cet article :
Mathilde Hivert, « Au cœur de la ritournelle d’Anne-Marie Schneider » in Archives of Women Artists, Research and Exhibitions magazine, [En ligne], mis en ligne le 12 décembre 2017, consulté le 16 octobre 2018. URL : https://awarewomenartists.com/magazine/au-coeur-de-la-ritournelle-danne-marie-schneider/.
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