Bolotian, Ilmira (dir.), I-Iskusstvo, F-Feminism: Sovremennyi Slovar [A-Art, F-Féminisme, Thésaurus contemporain], cat. exp., NII DAR, Moscow (24 octobre – 7 novembre 2015), Moscou, Rosa Luxemburg Foundation, 2015
→Bolotian Ilmira (dir.), Kukhnia: Zhenskie Khudozhestvennye Masterskie [Cuisine : Ateliers artistiques pour femmes], Moscou, Rosa Luxemburg Foundation, 2014
→Painting of Uzbekistan: The End of the Twentieth Century. Art Collection, Sharq Express Ltd and Uzbekistan Publishers, Tachkent, 1997
Traektoria Zamknutykh Marshrutov [Routes et trajectoires en circuit fermé], Skolkovo Workshop Gallery, Moscou, 7 – 20 septembre 2017
→Oazis [Oasis], Galerie d’art d’Ouzbékistan, Tachkent, 2008
→Anna Ivanova, Centre d’art contemporain, Tachkent, 2003
Plasticienne ouzbèque.
Anna Ivanova développe une esthétique féministe à travers différents médiums – peinture, dessin, animation, collage, textile. Diplômée du département d’arts graphiques de l’université d’État Nizami, à Tachkent (1987-1993), elle fait partie de la constellation d’artistes formée autour de Yanis Salpinkidi (né en 1944), peintre géorgien, et de son école. Celle-ci se distingue, entre autres, par sa philosophie de la couleur et par sa liberté créatrice envers l’héritage réifié de l’idéologie réaliste socialiste.
À partir de 1993, A. Ivanova mène une carrière indépendante, affinant et perfectionnant la dialectique de la forme et de la couleur dans sa peinture de chevalet. Cette construction évolue, au milieu des années 2000, vers des œuvres présentant plus d’empâtement, inspirées par les nombreux aspects du travail et des loisirs quotidiens des femmes. Il s’agit de portraits individuels ou de groupe ainsi que de scènes de genre campées dans des décors domestiques ou publics, comme la cuisine et la salle de bain, le métro et le bazar. L’un des nombreux exemples de ce type de représentation nous est donné à voir dans la peinture Conversation (2010). Les femmes, en particulier celles issues de la classe laborieuse, continuent de marquer le travail de A. Ivanova, par exemple dans l’œuvre textile Ramasseuse de coton (2023), qui fait référence à Tursunoy (1937-1983). Distinguée comme héroïne du travail socialiste en 1959 et en 1978, T. Oxunova a contribué au développement de l’industrie du coton dans la république socialiste soviétique d’Ouzbékistan.
Au milieu des années 2010, la pratique artistique de A. Ivanova prend un tournant explicitement féministe. Derrière son caractère a priori ornemental et décoratif, la technique mixte de l’artiste se rapproche du mode d’expression formelle du collage, dans lequel la couleur est utilisée pour rendre tangibles la matière et l’espace. L’antagonisme entre texture et perspective est élaboré à l’aide de techniques artisanales : appliqué, patchwork, broderie, perlage, etc. Les collages Sans titre (2015) et Démolitions de maisons (2023) illustrent bien cette pratique, tout comme les films d’animation réalisés en collaboration à partir des collages Le Ballon dégonflé (2013) et Les Galoches du bonheur (2016).
A. Ivanova utilise la texture et la perspective de manière à créer une distance critique : dans son collage Carré rouge (2015), l’acte de couper, retexturer, déconstruire et reconstruire les imageries nationales et les silhouettes humaines met en lumière la relation entre État et société. Les œuvres textiles Masque anti-covid (2020) et Enfants ramassant du coton (2021) reflètent les contradictions entre le passé et le présent de l’Asie centrale contemporaine. Elles nous font prendre conscience des vies brisées par les forces du capitalisme.
Dans le panneau textile Nouveau motif pour suzani. Histoires de femmes (2024), la méthode de collage de A. Ivanova, en s’engageant dans la voie de l’émancipation et de la politisation de l’artiste comme du public, évoque l’esprit du craftivism. Son esthétique féministe défie le jugement normatif de l’histoire : à travers le collage, ce qui a été désassemblé une fois peut être unifié, dans la mesure où l’artiste comme ses allocutaires le reconstruisent perpétuellement – dans des expositions, des ateliers et des master classes. La master classe sur le collage dans l’art féministe donnée par A. Ivanoca durant l’édition 2016 de I-Iskusstvo, F-Feminism: Sovremennyi Slovar [A – art, F – féminisme : lexique contemporain], dans la branche ouralienne du Centre national des arts contemporains (Ekaterinbourg, Russie), n’est qu’un précédent. Les œuvres de l’artiste sont conservées dans des collections particulières à travers le monde et à la galerie nationale d’Ouzbékistan.
Une notice réalisée dans le cadre du réseau académique d’AWARE, TEAM : Teaching, E-learning, Agency and Mentoring
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