Angelika Fitz, Elke Krasny (dirs..), Yasmeen Lari: Architecture for the Future, Cambridge, MIT Press, 2023
→Fabrizia Berlingieri, Emilia Corradi, Cassandra Cozza, Imma Forino, Yasmeen Lari: An Architect, Milan, Politecnico di Milano, Pearson, 2021
→Women in Architecture: Contemporary Voices from the Global South, 2020
Community Center, Qatar Pavillion, Venice Architecture Biennale, Venice, 2025
→Architecture of Decolonisation in South Asia 1947-1985, Museum of Modern Art, New York, 2 février –2 juillet 2022
→Zero Carbon Futures, Politecnico di Milano, 2022
Architecte, historienne et humanitaire pakistanaise.
Yasmeen Lari est la première femme architecte du Pakistan, et l’une des figures les plus influentes du Sud global. Son travail croise design, préoccupation climatique et justice sociale. Si elle a bien suivi une formation d’architecte, Y. Lari ne s’identifie plus à cette profession telle qu’elle est traditionnellement définie. Connue comme « l’architecte pour les plus pauvres des pauvres », elle crée des systèmes holistiques qui permettent aux communautés nécessiteuses d’échapper au piège de la pauvreté grâce à l’autonomisation et à des entreprises sociales reliant les villages.
Formée à l’Oxford School of Architecture en 1964 et élue au Royal Institute of British Architects en 1969, Y. Lari retourne dans son pays pour fonder Lari Associates, une agence pionnière qui introduit au Pakistan, fraîchement indépendant, le design moderniste. Grâce à des constructions importantes, comme le Finance and Trade Centre (1982) et le siège social de Pakistan State Oil (1984) à Karachi, elle devient l’une des figures majeures qui façonnent la silhouette des entreprises de la nation, tout en brisant les obstacles liés au genre dans une profession alors en train de s’instituer. Présidente de l’Institute of Architects du Pakistan, elle mène une campagne victorieuse contre les architectes non qualifiés, qui débouche sur la création, en 1983, du Pakistan Council of Architects and Town Planners (PCATP), afin de réguler les professions d’architecte et d’urbaniste. Grâce à sa prise de position est promulguée en 1994 une loi sur la préservation du patrimoine culturel sind, qui protège six cents édifices historiques à Karachi, documentés par la Heritage Foundation of Pakistan, à la création de laquelle Y. Lari a participé en 1980.
En 2000, Y. Lari se détourne des commandes commerciales pour se concentrer sur la préservation du patrimoine. Elle est un moteur pour la protection de sites historiques majeurs, dont le fort de Lahore et la nécropole de Makli, deux sites figurant sur la Liste du patrimoine mondial de l’Unesco. L’architecte milite également pour l’intégration des techniques et des matériaux traditionnels dans les démarches de préservation urbaine.
Depuis le tremblement de terre de 2005, Y. Lari a transformé la démarche de son agence en ce qu’elle appelle la « Barefoot Social Architecture » (BASA) : une philosophie qui mêle la neutralité carbone, l’autonomisation des femmes et la résilience climatique. Travaillant avec des communautés déplacées et sans terres, elle a aidé à construire plus de soixante mille structures en bambou et en terre. Avec ces communautés, elle a mis au point la chulah pakistanaise, un four en terre conçu et construit par des femmes, qui a remporté le World Habitat Award en 2018. Ses initiatives touchent plus de cent mille personnes chaque année, elle promeut douze des Objectifs de développement durable des Nations unies et défend l’architecture comme un outil pour la survie et pour la dignité humaine. Y. Lari insiste sur le fait que l’architecture humanitaire ne devrait pas être quelque chose d’annexe ou de bénévole, mais une voie professionnelle légitime pour de jeunes architectes, qui permet de faire émerger de nouveaux modèles de justice climatique et de lutte contre la pauvreté. Elle milite ainsi pour la diffusion d’un « design humanitaire », afin que « faire le bien » devienne central à la profession et non périphérique.
Y. Lari est reconnue à l’échelle internationale pour son œuvre : elle a reçu la médaille d’or royale pour l’architecture du Royal Institute of British Architects (2023), la première décernée à une architecte du Pakistan ; le prix Fukuoka (2016) ; le prix Jane-Drew (2020) ; et des récompenses nationales, dont le Sitara-i-Imtiaz (2006) et le Hilal-i-Imtiaz (2014). Parmi les hommages récents figurent le King’s Foundation Award for Innovation in Practice (2025), le Lisbon Triennale Millennium bcp Award (2025), le Commonwealth Association of Architects Lifetime Achievement Award (2024) et le José Rizal Heritage Award for Humanitarian Services (2024). Elle a aussi reçu un doctorat honoraire en design d’Oxford Brookes University (2023) et une Laurea Magistrale honoraire de Politecnico di Milano (2021).
La grande rétrospective Yasmeen Lari : Architecture for the Future (Vienne, 2023) a proposé une réflexion sur son virage depuis le modernisme iconique vers les mouvements d’autoconstruction pour les réfugié·es climatiques, en présentant son œuvre comme un appel à une architecture ancrée dans le soin plutôt que dans la consommation. À travers le Campus zéro carbone de la Heritage Foundation et le programme « One Million Households at a Time », Y. Lari montre que la transformation peut commencer lorsque les gens – en particulier les femmes – sont eux-mêmes à la tête du processus de reconstruction de leurs vies. Ce préalable ainsi que des outils simples, des savoirs partagés et l’appui d’une communauté constituent les conditions nécessaires pour obtenir la dignité, la créativité et la résilience.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Common Ground »
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026