Jessica Calipari, dans Ilaria Miarelli Mariani et Raffaella Morselli (dir.), avec Ilaria Arcangeli, Roma Pittrice. Artiste al lavoro tra XVI e XIX secolo, cat. exp. (Rome, Museo di Roma – Palazzo Braschi, 24 octobre 2024-4 mai 2025), Rome, Officina Libraria, 2024, p. 272
→Olivier Michel, dans Pierre Rosenberg et Olivier Michel (dir.), Pierre Subleyras, cat. exp. (Paris, musée du Luxembourg, 20 février-26 avril 1987, Rome, Académie de France – Villa Médicis, 18 mai-19 juillet 1987), Paris, Réunion des musée nationaux, 1987, p. 77-81 et 109-112
→Nicolas Lesur, Pierre Subleyras (1699-1749), Paris, Arthena, 2023, p. 83-96, 136-138, 165-176, 443, 456-463, 466 et 470-476
Roma Pittrice. Artiste al lavoro tra XVI e XIX secolo, Rome, Museo di Roma – Palazzo Braschi, 24 octobre 2024-4 mai 2025.
Peintre italienne.
Maria Felice Tibaldi fait partie des plus grandes miniaturistes femmes actives à Rome aux XVIIIe et XIXe siècles, une période faste pour la peinture de petit format en raison d’une forte demande de la part des collectionneurs du Grand Tour. Elle est la fille de Giovanni Battista Tibaldi, un célèbre violoniste. Elle apprend la miniature très jeune auprès de l’abbé Giuseppe Felice Ramelli (1666-1740), à l’époque considéré comme l’un des plus grands peintres de ce genre. Dès l’âge de dix ans, M. F. Tibaldi soutient financièrement sa famille, compensant ainsi la popularité déclinante de son père sur la scène musicale romaine.
L’artiste se spécialise dans les sujets historiques et les portraits en miniature ; elle est aussi très prisée pour ses minutieuses copies d’œuvres anciennes et contemporaines – en particulier celles du Français Pierre Subleyras (1699-1749), qu’elle épouse en 1739 et à qui elle procure une clientèle romaine. À la mort de son mari, M. F. Tibaldi subvient aux besoins de sa famille grâce à son art. Elle est à la tête d’un atelier dynamique et respecté, où elle travaille aux côtés de sa sœur, Teresa Tibaldi, et de sa fille, Clementina Subleyras, toutes deux artistes à part entière.
La réputation de M. F. Tibaldi est renforcée par une importante reconnaissance institutionnelle. En 1742, elle est admise à l’Académie de Saint-Luc ; l’année suivante, elle rejoint l’Académie d’Arcadie, sous le nom d’Asteria Aretusa. En 1752, sa copie en miniature d’après Le Repas chez Simon le Pharisien (vers 1748), une peinture de son mari, est achetée par le pape Benoît XIV pour les musées du Capitole, ce qui constitue l’un des plus grands honneurs de sa carrière. C’est la première œuvre – et à ce jour la seule – d’un·e artiste vivant·e à entrer dans ces collections.
Parmi la clientèle de M. F. Tibaldi figurent certains des personnages les plus importants de l’époque, comme les cardinaux Silvio Valenti-Gonzaga et Cosimo Imperiali, ainsi que Charles-Théodore, prince-électeur du Palatinat et de la Bavière. Des sources contemporaines de l’artiste mentionnent ses peintures à l’huile, mais aucune ne nous est parvenue. Toutefois, son portrait par P. Subleyras (conservé au Worcester Art Museum) représente l’artiste assise à côté d’une toile en cours d’exécution, ce qui nous laisse penser qu’elle ne s’en est pas tenue à la miniature. Des études récentes ont permis d’identifier un important corpus de miniatures de sa main et des recherches sur l’attribution de pastels sont en cours. La technique raffinée de M. F. Tibaldi, son rôle d’enseignante et de cheffe d’atelier, son succès à se frayer un chemin au sein de l’élite sociale et artistique de Rome font d’elle l’une des figures les plus importantes – et les plus pérennes – de la production artistique féminine en Italie au XVIIIe siècle.