Rahim, Sikander, Hashmi, Salima, Ataullah, Naazish, Travels Mundane and Surreal: The Art of Esther Rahim, Lahore, Sang-e-Meel, 2006
→Goswamy B. N., « The Little-known Esther Rahim », The Tribune, 10 juin 2007, consulté le 18 July, 2026, https://www.tribuneindia.com/2007/20070610/spectrum/art.htm
→Hashmi Salima, Unveiling the Visible: Lives and Works of Women Artists of Pakistan, Lahore, ActionAid Pakistan, 2003
Nude with Attitude, Museum Arnhem, Arnhem, 14 mars – 20 septembre 2026
→Esmet Rahim: Journeys from Real to Surreal, COMO Museum Lahore, 16 septembre 2025 – 15 février 2026
→3e Biennale de São Paulo, São Paulo, 2 juillet – 12 octobre 1955
Peintre germano-pakistanaise.
Esmet Rahim (née Esther Joesten) est l’aînée des trois enfants du docteur Joseph Joesten et de la peintre Amalie von Nesselrode-Hugenpoet. E. Rahim est connue pour avoir associé les styles modernistes européens aux histoires et traditions visuelles sud-asiatiques. Cette synthèse atteint son plus pur aboutissement sous la forme de paysages oniriques peints au cours de la dernière décennie de sa vie, et qui font d’elle l’une des peintres surréalistes les plus importantes au Pakistan.
Au milieu des années 1920, E. Rahim étudie à l’École des beaux-arts de Paris pendant deux ans, puis se forme auprès de l’éminent sculpteur français Antoine Bourdelle (1861-1929), suite à quoi elle poursuit son apprentissage artistique à Düsseldorf. En 1929, elle présente sa thèse de doctorat en psychologie à l’université de Munich et épouse Jalaluddin Abdur Rahim, doctorant en chimie dans le même établissement. Elle se convertit à l’islam et prend le nom d’Esmet Khadija, avant de se faire connaître du public sous le nom d’Esmet Rahim.
En 1930, E. Rahim s’installe à Madras, en Inde du Sud, avec son mari fonctionnaire. Les différentes affectations de ce dernier conduisent le couple à déménager fréquemment en Inde et à l’étranger. À cause de cette vie itinérante, elle peine à maintenir son activité de sculptrice. Elle se tourne donc vers la peinture et développe peu à peu son propre vocabulaire esthétique.
Le parcours artistique d’E. Rahim se déploie dans divers contextes culturels et géographiques. Sa pratique est initialement ancrée dans le dessin et la peinture d’observation, et elle est principalement connue pour ses portraits de personnalités publiques et de dignitaires, comme son Portrait de J.A. Rahim (1957). En tant que membre de l’élite aristocratique indienne, E. Rahim se lie d’amitié avec d’éminent·es artistes indien·nes tel·les que Jamini Roy (1887-1972) ou Amrita Sher-Gil (1913-1947). Ces relations influencent profondément l’évolution de son travail, comme l’illustre Two Women Chatting [Deux femmes bavardant, 1950].
E. Rahim se met peu à peu à mêler expérimentation matérielle et réflexion intellectuelle dans sa pratique, révélant ainsi son intérêt profond pour les dimensions métaphysiques de la nature, de la mémoire et de l’identité, comme une sorte de voyage dans les contrées imaginaires et psychologiques du surréalisme, qui font écho à sa recherche doctorale sur la capacité des artistes à visualiser leurs créations en amont de leur réalisation physique. Entre 1960 et 1963, E. Rahim compose un vaste œuvre fait de paysages et marines fantastiques imprégnés d’une intensité onirique, comme dans Water Creatures [Créatures aquatiques, 1961-1962]. Avec des peintures telles que Spirit Flower [Fleur-esprit, 1962-1963] ou Creatures of the Night [Créatures de la nuit, 1961-1962], elle développe un vocabulaire visuel hautement symbolique habité de créatures hérissées et animées, d’esprits éthérés flottant au-dessus de la mer et d’yeux perçants mi-espiègles, mi-effrayants. Elle utilise la technique surréaliste de la décalcomanie, qu’elle associe au phénomène perceptif de la paréidolie, pour produire une imagerie aux multiples interprétations. Ces œuvres mettent le spectateur face à une rencontre déconcertante où la beauté et l’inquiétude coexistent et où l’imagination bute contre les frontières de la réalité dans un monde à la fois merveilleux et troublant.
Le voyage joue un rôle crucial dans la vie et la pratique d’E. Rahim. Ses nombreux séjours en Asie du Sud, en Égypte et en Europe ne se révèlent jamais purement géographiques : ils font en quelque sorte office d’enquêtes, de traversées épistémiques qui reconfigurent les liens entre le moi, la société, la culture et l’environnement. Ces expériences nourrissent une vision artistique transnationale ancrée dans l’observation, la transformation et l’interaction avec d’autres artistes et penseur·ses de l’Est et de l’Ouest.
L’art d’E. Rahim défie toute résolution définitive ; il encourage plutôt un dialogue entre le visible et l’imaginaire en créant des espaces de réflexion, de questionnement et de résonance émotionnelle. Sa pratique constitue un apport vital aux discussions plus larges sur les femmes artistes et sur les façons dont leurs expériences transnationales et interculturelles, leur résilience et leur quête de sens ont modelé leur parcours artistique.