Laura Auricchio, Adelaïde Labille-Guiard. Artist in the Age of Revolution, Los Angeles, The J. Paul Getty Museum, 2009
Miniaturiste, pastelliste et peintre française.
Adélaïde Labille-Guiard est la grande rivale d’Élisabeth Vigée Le Brun (1755-1842) dans les dernières décennies du XVIIIe siècle. Mais ce n’est pas là son unique titre de gloire. Son art sans concession, sa clientèle, l’estime qu’elle acquiert auprès de Mesdames, les tantes de Louis XVI, et de la critique du temps font d’elle une artiste d’exception qui n’a rien à envier à ses confrères masculins.
Contrairement à plusieurs de ses contemporaines, A. Labille-Guiard ne compte pas de peintre ou de sculpteur parmi ses parents. Installé rue Neuve-des-Petits-Champs, à Paris, son père, Claude-Edme Labille, exerce la profession de marchand de modes. C’est pourquoi la jeune fille reçoit sa première formation à partir, semble-t-il, de 1763 auprès du miniaturiste François-Élie Vincent (1708-1790). L’homme partage des liens d’amitié avec ses parents et vit non loin du foyer familial. Il enseigne aussi à l’Académie de Saint-Luc. S’adonnant donc en premier lieu à l’art du portrait en petit, A. Labille-Guiard manifeste rapidement des capacités qui l’incitent à plus d’ambition et elle ajoute une corde à son arc en se livrant au pastel. On pense qu’elle a pu alors solliciter l’aide de Maurice Quentin de La Tour (1704-1788), qui ne rechignait pas à accueillir de jeunes demoiselles pour les initier au difficile maniement des crayons de couleur.
Le 29 janvier 1783, dans les Nouvelles de la république des lettres et des arts, Pahin de la Blancherie la mentionne comme ayant été l’élève de M.-Q. de La Tour et souligne combien elle marche sur ses traces avec succès. Peu après la mort d’A. Labille-Guiard, son premier biographe, Joachim Lebreton, indique dans la Nouvelle des arts qu’elle s’était elle-même jugée inférieure, sinon à sa réputation, du moins à ce qu’elle pouvait atteindre. Ainsi avait-elle sollicité les conseils de M.-Q. de La Tour et très vite s’était-elle montrée digne d’un si habile maître. Elle est dès lors parue sous un jour nouveau, dans un champ moins borné que celui de la seule miniature. Ses œuvres l’ont rendue aussitôt recommandable aux artistes de premier ordre, qui pressentaient que son talent et surtout son courage ne se renfermeraient pas dans les limites qu’elle semblait s’être données au début.
Lors de sa première exposition au salon de l’Académie de Saint-Luc, en 1774, ses œuvres la font remarquer de la critique. Sous la plume de l’auteur anonyme de la « Lettre à M. le Marquis de *** sur les peintures et sculptures exposées à l’hôtel de Jabac en 1774… », on peut ainsi lire : « Mademoiselle Labile, épouse de M. Guiard, a exposé très peu de portraits ; mais ce peu est d’une touche très-hardie et d’une couleur vraie : les plans en sont bien sentis, les lumières larges et bien dégradées : il n’y a ni contour ni touche dure. On voit que son but est de mettre tout l’effet dans les lumières. Ce parti est le plus agréable, mais n’est pas le meilleur. Elle sacrifie trop ses ombres, ce qui ôte de la vigueur surtout à ses têtes d’homme. Elle réussit mieux dans les femmes. […] Les ouvrages de cette dame annoncent qu’elle fera encore beaucoup de progrès. Ils ont de la vérité et de l’agrément. »
Miniaturiste et pastelliste, A. Labille-Guiard s’attache ensuite à maîtriser la peinture à l’huile et recherche les conseils de François-André Vincent (1746-1816), le fils de son premier maître et un ami d’enfance. Les premières œuvres peintes suivant cette technique datent du début des années 1780 et démontrent que, là non plus, l’artiste ne démérite pas.
Elle est reçue à l’Académie royale de peinture et de sculpture le 31 mai 1783, lors d’une séance exceptionnelle au cours de laquelle E. Vigée Le Brun est également admise – A. Labille-Guiard s’enorgueillit d’y être accueillie pour son talent et non pas sur ordre de la reine Marie-Antoinette, comme l’a été sa rivale. Elle expose régulièrement ses œuvres au Salon et sa réputation s’en trouve renforcée, mais elle doit aussi affronter la critique qui se divise, certains lui reconnaissant un grand talent, l’autre l’accusant de faire appel à son ami F.-A. Vincent pour finir ses portraits peints à l’huile.
En 1786, Mesdames lui font l’honneur de poser pour elle. En 1788, le comte de Provence, frère de Louis XVI, lui passe commande d’une toile monumentale figurant la réception par le prince d’un chevalier dans l’ordre de Saint-Lazare et du Mont-Carmel. L’œuvre doit être riche « par le nombre des figures et l’abondance des accessoires » et respecter les règles de la peinture d’histoire – soit le genre le plus noble, généralement inaccessible aux artistes féminines, plutôt cantonnées au portrait et à la nature morte. En septembre 1790, le tableau est sur le point d’être achevé. Le sort ne lui est pas favorable : le 20 juin 1791, le comte de Provence émigre sans avoir payé A. Labille-Guiard ; le 11 août 1793, ordre est donné de brûler la toile.
Si l’artiste a habilement renouvelé sa clientèle après 1789, présentant au Salon de 1791 quatorze portraits de députés à l’Assemblée nationale, les années qui suivent la Révolution s’avèrent plus difficiles. Elle expose encore au Salon en 1795, 1798, 1799 et 1800, y obtenant ses derniers hommages. Le 8 juin 1800, elle épouse enfin le compagnon de toujours, F.-A. Vincent. En avril 1803, A. Labille-Guiard décède dans son logement du collège des Quatre-Nations, face au Louvre.