Marit Christina Lie, Bergtatt av Lofoten. Maleren Anna Boberg [Montagnes de Lofoten. La peintre Anna Boberg], Orkana, 2025
→Eva-Charlotta Mebius, « Sweden’s Greatest Artist”: The Reception of the Landscapes of Anna Boberg » dans Art Bulletin of Nationalmuseum, 2020, pp. 91-98
→Karin Sidén (dir.), Kvinnliga pionjärer. Visionära landskap. Ester Almqvist, Anna Boberg, Ellen Trotzig, Charlotte Wahlström [Des pionnières. Paysages visionnaires. Ester Almqvist, Anna Boberg, Ellen Trotzig, Charlotte Wahlström], Prins Eugens Waldemarsudde, 2023
Les îles Lofoten série de tableaux de l’Extrème-Nord par Anna Boberg, Galerie Durand-Ruel, Paris, 19 mars – 5 avril 1910
→Madame Anna Boberg: Exposition de ses tableaux, Galerie des artistes moderne, Paris, 28 mars – 8 avril 1905
→Vinterbilder från Lofoten [Images d’hiver de Lofoten], Konstföreningens lokal, Stockholm, 28 février – 13 mars 1903
Peintre suédoise.
Anna Boberg prend d’abord des leçons particulières de peinture à Rome, puis elle suit brièvement des cours à l’Académie Julian, à Paris, avant d’exposer ses premières aquarelles à Stockholm en 1886. Après son mariage en 1888, elle décide qu’elle consacrera sa vie à l’art. Cette même année, elle participe ainsi à une exposition de l’Association générale d’art suédois, dont est aussi membre Hilma af Klint (1862-1944). Ses premières œuvres des années 1880 et 1890 témoignent de son intérêt constant pour la nature.
En 1901, avec son époux, l’architecte Ferdinand Boberg (1860-1946), A. Boberg traverse la Laponie pour se rendre aux îles Lofoten. Ce voyage s’avère décisif pour les trente années suivantes de sa vie. Lorsqu’elle atteint l’archipel, elle est déjà une praticienne des arts décoratifs bien établie en Suède. Elle est très admirée pour ses peintures, ses textiles, ses céramiques, ses verreries, ses conceptions de librettos et les costumes de l’opéra « viking » Tirfing (1898). Aux Lofoten, elle s’éprend du Lofotveggen, une chaîne de montagnes. Elle décrit ses pics comme des géants « qui, depuis la nuit des temps, se tiennent debout dans la mer jusqu’aux genoux, la tête couverte de neige au-dessus des nuages, résistant aux assauts furieux des cyclones », et se considère comme une médium à qui aurait été confiée la tâche d’interpréter cet environnement. Lors de sa première visite, en été, il lui semble que les « trois géants » des îles Lofoten – le vent, la mer et les montagnes – l’invitent à revenir pour assister à l’hiver. Elle est comme ensorcelée. Plusieurs voyages se succèdent alors et, en 1903, sa première exposition de paysages des îles Lofoten ouvre à Stockholm, où elle rencontre un succès critique avant d’être présentée à la galerie Eduard Schulte de Berlin. Les critiques notent sa technique « étrange », qui repose sur l’usage du couteau à palette, et la comparent à Claude Monet (1840-1926) ainsi qu’à Giovanni Segantini (1858-1899). L’exposition fait sensation et, en 1905, elle rencontre encore un franc succès à Paris, à la galerie des Artistes modernes.
Après son triomphe parisien, A. Boberg devient un phénomène transatlantique. Elle est reconnue pour sa pratique courageuse du plein air, dans la rudesse de l’environnement arctique, et son nom évoque les lumières opalescentes qu’elle capte dans ses paysages enneigés. Grâce à ses représentations singulières et novatrices des phénomènes atmosphériques, telle son aurore boréale inspirée de Loïe Fuller, elle acquiert une réputation de brillante coloriste. Selwyn Brinton, dans The Studio, note ainsi que le pavillon de la Suède est l’un des meilleurs de la Biennale de Venise en 1907 et que, « surtout, nous avons l’œuvre de cette merveilleuse coloriste, Anna Boberg ».
Pour appréhender l’entièreté de sa pratique artistique durant cette période, il faut toutefois aussi considérer A. Boberg au regard de la théosophie. Si elle s’éloigne par la suite de cette doctrine, elle est impliquée dans le mouvement au moins jusqu’en 1913, lorsqu’elle participe à une exposition sur l’île de Visingsö qui coïncide avec le Congrès universel pour la paix à La Haye. La dimension mystique de ses séances de peinture arctiques, comme elle les appelle, est beaucoup commentée. Dans une lettre publiée dans L’Art et les Artistes au moment de sa deuxième exposition à Paris, en 1906, A. Boberg décrit sa relation avec les îles Lofoten comme une quête spirituelle, et le critique Louis Vauxcelles déclare qu’elle déchiffre dans son art le plus rare des secrets.
Mais l’Arctique n’est pas seulement un environnement surnaturel. Pour la peintre, l’archipel est à la fois poétique et prosaïque. Son art reflète ces deux aspects, et les brumes mystérieuses qui enveloppent les montagnes se mêlent aux nuages de fumée d’une fabrique d’huile de baleine. Des expositions plus tardives montrent qu’A. Boberg, en plus de ce fascinant paradis enneigé l’hiver, est aussi éprise de sa côte verte et rocailleuse en été. Elle se délecte également de l’étude des lichens, de la mousse et de la forêt.
Ces dernières années, l’œuvre d’A. Boberg a attiré beaucoup d’attention. Après être tombée brièvement dans l’oubli après sa mort en 1935, l’artiste, du fait de sa relation particulière à l’archipel arctique, qui est devenu le cœur de son métier et sa seconde maison, est aujourd’hui reconnue comme une figure importante de l’exploration du paysage dans l’art du XXe siècle.
Publication en partenariat avec le SMK – National Gallery of Denmark, dans le cadre de l’exposition Against All Odds: Historical Women and New Algorithms
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026