Chammas, Carla, Dedman, Rachel et Kholeif, Omar (dir.), Helen Khal: Gallery One and Beirut in the 1960s, préface de Christine Tohmé, Londres, Sternberg Press, 2023
→Khal, Helen, « Dorothy Kazemi », The Woman Artist in Lebanon, Beyrouth, Institute for Women’s Studies in the Arab World, 1987, p. 135
→The Spirit of the Pot: Dorothy Salhab Kazemi, Beyrouth, Librairie Antoine, 2009
The Age of Ceramics: Dorothy Salhab Kazemi, MACAM, Alita, Liban, 2017
→The First National Art Exhibition for Arab Women Artists, Modern Art Gallery (National Museum of Modern Art), Bagdad, 1980
→Designmuseum Danmark, Copenhague, 1975
Céramiste libanaise.
Dorothy Salhab Kazemi est une céramiste d’avant-garde libanaise. Également enseignante, elle a fondé le premier département universitaire de céramique au Liban. Elle grandit entre Tripoli, au nord du pays, et Beyrouth, et voyage beaucoup tout au long de sa vie. Son village natal de Roumieh reste cependant un point d’ancrage important pour sa pratique d’atelier. Malgré les années de guerre qui affectent fortement sa vie, D. Salhab Kazemi maintient un fort engagement de la céramique comme langage sculptural. Son emploi de l’argile locale associe étroitement son travail artistique aux paysages du Liban, tandis qu’elle fait dialoguer les techniques de poterie traditionnelles et modernes.
D. Salhab Kazemi entreprend sa formation au Beirut College for Women (qui fait aujourd’hui partie de l’Université libanaise-américaine), où elle suit des cours d’arts plastiques. Puis elle étudie la littérature anglaise à l’Université américaine de Beyrouth, dont elle sort diplômée en 1963. En 1964, elle poursuit ses études à Copenhague, à l’école des beaux-arts et des arts appliqués qui est aujourd’hui l’Académie royale des beaux-arts du Danemark. C’est à cette époque qu’elle participe à l’une de ses premières expositions internationales, à Den Frie, à Copenhague. Ce passage la conduit à entreprendre en 1966 une autre formation auprès de la céramiste danoise Gutte Eriksen (1918-2008), dont la poterie fortement texturée puise dans les traditions céramiques d’Asie de l’Est. Grâce à son travail avec G. Eriksen, D. Salhab Kazemi développe sa connaissance des glaçures et se perfectionne dans les cuissons à haute température. Elle applique ensuite ce savoir à son travail avec l’argile du Liban et à sa production de grès et de porcelaine.
D. Salhab Kazemi emménage à Glasgow, où elle enseigne la céramique de 1968 à 1970. À cette époque, son vocabulaire artistique s’accroît grâce à son intérêt soutenu à la fois pour les traditions céramiques et pour le modernisme international, notamment le mouvement japonais Mingei et le suprématisme de Kasimir Malevitch (1879-1935). En 1971, de retour à Beyrouth, l’artiste fonde le département de céramique du Beirut University College (aujourd’hui rattaché à l’Université libanaise-américaine), où elle enseigne jusqu’en 1982. Ces années sont marquées par une production intensive et par de nombreuses expositions à Beyrouth, à Bagdad, à Damas mais aussi à Ribérac, en Dordogne. Elle produit aussi bien des sculptures que des céramiques fonctionnelles, cruches, vases, assiettes et pots. Leurs surfaces et leurs formes intègrent de subtiles références aux plantes, aux fruits, à la calligraphie, aux pierres et au corps. Grâce à sa maîtrise de la cuisson et de la glaçure, D. Salhab Kazemi développe une gamme chromatique tellurique, constituée de bruns, de noirs et de gris parfois ponctués de touches discrètes de bleu et de jaune. Dans son atelier, elle expérimente avec des matériaux terrestres, comme des cendres de bois d’olivier et de citronnier.
Le tour est un outil central dans la méthode de D. Salhab Kazemi. Son mouvement circulaire lui permet d’explorer la spirale, le corps et le volume intérieur de ses pièces. Dans certaines, des ouvertures ponctuent le corps de la céramique, tandis que des contours en spirale et des éléments pointus évoquent des formes organiques et érotiques, comme dans Sculpture (1974) et dans les œuvres sans titre des années 1970. D’autres céramiques évoquent les traditions artistiques islamiques et japonaises, avec des assiettes et des pots décoratifs aux motifs géométriques quasi symétriques et aux surfaces tactiles, brutes. Son exploration de l’art et des objets archéologiques islamiques prend une importance particulière lors d’un séjour en Syrie. D. Salhab Kazemi mène en effet des recherches à Damas et participe à des fouilles archéologiques à Mayadine en 1983. Cette expérience lui permet d’entrer au contact direct d’objets archéologiques tout en étudiant leurs formes au sein d’un contexte historique plus large.
L’artiste continue toutefois de puiser ses matériaux dans l’environnement libanais, notamment à Rachaya al-Foukhar, un village connu pour son argile rougeâtre et pour sa communauté multigénérationnelle de potiers et d’artisans, au sud du pays. Les céramiques de D. Salhab Kazemi sont ainsi profondément reliées aux paysages et aux conditions matérielles du Liban, y compris celles des montagnes de Roumieh et de Sannine, si bien que les formes portent le souvenir concret de la nature.
Après son mariage avec l’économiste Shams Kazemi, D. Salhab Kazemi vit dans différents pays, dont la Suisse, l’Écosse et, plus tard, la France. Elle meurt en 1990, à l’âge de quarante-huit ans. En 1998, le musée Sursock fonde un prix annuel en sa mémoire, décerné à de jeunes artistes. Une importante collection de ses œuvres est conservée au musée Dorothy-Salhab-Kazemi, à Roumieh, qui rend hommage à sa carrière et à son art.
Une notice réalisée par AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, en partenariat avec le Beirut Museum of Art (BeMA).