Sélection de textes critiques : https://ddabretagne.org/fr/artistes/gabrielle-manglou/reperes
→Makhlouf, Horya, Mon nom est commun. Réflexions sur l’identité impossible, texte commandé et produit par le Réseau documents d’artistes Bretagne, 2023
→Derrien, Marianne, Cotinet-Alphaize, Jérôme, Some of Us : artistes contemporainxes, une anthologie, Manuella Editions, 2024
Delicatolitho, CAP Centre d’art, Saint‑Fons, 6 mars – 24 avril 2021
→Amarrer à l’ombre, Citadelle de Port-Louis, Morbihan, 15 juillet – 1 novembre 2020
→Hypothèse de l’objet en creux : Simili, Cité des arts, de La Réunion ; Placebo, Archives Départementales de La Réunion, Saint-Denis, 2018
Artiste visuelle réunionnaise, plasticienne multidisciplinaire.
Gabrielle Manglou se forme à l’École supérieure des beaux-arts de Montpellier puis à l’École supérieure d’art et de design de Marseille. De retour à La Réunion au début des années 2000, elle développe une démarche artistique polyphonique, croisant dessin, vidéo, installation et photographie, avec une attention portée aux images d’archives.
Résistant à toute forme de catégorisation, la pratique de G. Manglou peut être décrite comme une tentative permanente de rassembler, de transmettre et de donner corps à un ensemble de signes, de gestes, de croisements de cultures, d’objets et de mémoires qui évoquent à la fois la créolité, le syncrétisme et l’héritage colonial, et qui traduisent plus généralement une volonté de définir un rapport à la complexité du monde par l’expérience sensible. Plier-déplier, couvrir-révéler, creuser-remplir, impliquer-expliquer, coudre-défaire, unir-détacher : autant de gestes se répondant dans le répertoire visuel peuplé de dessins, de sculptures, d’objets. Souvent pensé comme un système de correspondances et de liens visuels ou symboliques, son travail agit comme une cartographie sensible dans laquelle se repérer – ou bien perdre tout repère. Ses assemblages de formes hétéroclites, à la manière d’indices, révèlent des mises en relation en écho avec l’histoire et avec les autres formes qui les entourent.
À partir de 2018, avec H.O.C. Hypothèse de l’Objet en Creux, G. Manglou s’appuie sur une notion centrale dans son travail, qu’elle nomme « la matérialité de l’histoire ». Le projet marque un tournant dans sa démarche : adoptant une posture d’artiste-chercheuse et collaborant avec d’autres disciplines, elle intègre l’archive comme matériau de travail et articule enquête et expérimentation plastique pour questionner la fabrication du savoir, des récits, ainsi que leur transmission. Partant du constat que l’histoire fondatrice de La Réunion a laissé peu d’artefacts matériels, l’artiste propose une mise en récit poétique qui croise savoirs scientifiques et savoirs vernaculaires, traditions orales et histoire présente. En 2018, H.O.C., développé lors d’une résidence de recherche aux archives départementales de La Réunion, donne lieu à une double exposition personnelle, Simili (Cité des arts, La Réunion) et Placebo (archives départementales).
Cette approche presque holistique infuse l’ensemble de sa pratique et se traduit également dans l’exposition Amarrer à l’ombre (2020), où G. Manglou investit la poudrière de la citadelle de Port-Louis, dans le Morbihan. Son installation immersive, peuplée d’objets aussi évocateurs qu’énigmatiques, matérialise les liens – historiques, biographiques ou poétiques –, réels ou imaginés, entre la ville bretonne et l’île de La Réunion. L’année suivante, G. Manglou est invitée au CAP – Centre d’art contemporain de Saint-Fons pour Delicatolitho, exposition personnelle dans laquelle elle présente un répertoire d’objets « hybrides » où dialoguent « l’intelligence propre du geste », pour le dire avec les mots de l’artiste, et des formes empruntées à la nature. En 2024, la Criée – Centre d’art contemporain de Rennes accueille G. Manglou avec le projet Les Merveilles. Les questions d’altérité, d’une approche sensible de l’environnement, d’une forme de relation entre tous les êtres et toutes les choses, sont au cœur de ce temps de création et de transmission mené en contexte scolaire et restitué sous le titre Les Enfants paysages. En parallèle, elle collabore à l’édition du multiple en sérigraphie Paralune, produit en partenariat avec l’atelier La Presse Purée.
Ancrée dans une pensée située et décoloniale, l’œuvre de G. Manglou façonne des espaces sensibles où se croisent mémoire et poésie du geste, qui est aussi une poétique de la résistance. Ses œuvres figurent dans les collections publiques du FRAC Réunion, de l’Artothèque de Grand-Quevilly et de l’Artothèque de La Réunion. G. Manglou fait partie des artistes lauréates de la commande du CNAP Emanata. En 2025, elle est lauréate du prix Nouveau Regard initié par AWARE.