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Lubaina Himid

1954 | Zanzibar, Tanzanie
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Lubaina Himid — AWARE Women artists / Femmes artistes

Courtesy Hollybush Gardens © Photo : Edmund Blok for Modern Art Oxford

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— Hollybush Gardens — Studio Lubaina Himid

Plasticienne britannique.

Lubaina Himid est une artiste britannique majeure. Elle est également curatrice et professeure d’art contemporain à l’université du Lancashire. Sa production picturale prolixe, abondante en motifs textiles, écritures et aplats de couleur, met en question l’histoire du portrait dans la peinture occidentale. Les récits des diasporas africaines sont convoqués au sein de l’histoire de l’art et associés à une analyse de la matérialité de la surface (toile, papier, céramique et bois).
De grandes silhouettes en bois de placage, recouvertes de peintures et de collages, font face au public sous le titre A Fashionable Marriage (1986). La satire morale du tableau The Toilette, de la série de William Hogarth Marriage A-la-Mode (vers 1743), sert ici de trame à l’intrigue racisée : au centre apparaît une femme noire, élégante et dynamique, autour de laquelle sont disposés Margaret Thatcher, Ronald Reagan, un critique d’art et une adolescente assise, entourée d’une série de lectures critiques. L. Himid saisit en un seul geste le monde de l’art et le monde politique des années 1980.
Gilane Tawadros a identifié très tôt l’articulation d’une politique de la différence à une technique sémiotique plaçant « fermement dans l’histoire les femmes noires et le discours artistique de celles-ci » (1989). Féministe, L. Himid déconstruit la domination des corps dans l’histoire (Revenge, 1991-1992) et dans les canons des récits de l’art occidental (Freedom and Change, 1984).

Elle déploie une peinture à forte puissance évocatoire. Le Rodeur (2016) est constitué de vifs aplats d’acrylique. Ce diptyque d’intérieurs abstraits aux fenêtres ouvertes sur l’océan accueille des personnages dont les postures théâtrales convoquent une mystérieuse mythologie dans un temps suspendu : en 1819, un bateau négrier, le Rôdeur, quitta Le Havre, atteignit Bonny, sur la côte africaine, où il chargea illégalement des esclaves à destination de la Guadeloupe. Il y déposa ses passagers, pris d’un mal inconnu, désormais aveugles. On comptait de nombreux absents, jetés par-dessus bord pour que l’équipage n’ait pas à nourrir une population dont la nouvelle condition ne permettait pas la revente. Ce goût de l’abstraction géométrise des facettes miroitantes de camaïeux bleus sur lavis bleu dans Zanzibar-Sea, Wave Goodbye Say Hello (1999), témoin de son premier voyage dans la ville dans laquelle elle est née en 1954.
En 2007, conviée à participer au bicentenaire de l’abolition de l’esclavage en Grande-Bretagne (Lancashire Museums), l’artiste a appliqué sur 100 assiettes, soupières et plats de service une variété de portraits, de paysages maritimes, de dessins de coques de navire, de noms d’espèces animales, notamment de coquillages, de cartes, de motifs textiles (Swallow Hard : The Lancaster Dinner Service, 2007). La lecture quotidienne du Guardian, dans lequel elle vient souligner l’actualité des politicien·ne·s, athlètes et célébrités noir·e·s (Negative Positives, 2007-2015), poursuit ce geste d’intervention critique sur un support existant.

Diplômée du Royal College of Art, L. Himid participe à l’émergence du British Black Art. Elle a tenu un rôle curatorial nodal dans la visibilité des productions des artistes femmes et féministes métisses et noires en Grande-Bretagne, notamment avec Five Black Women Artists (Londres, Africa Centre, 1983) et The Thin Black Line (Londres, Institute of Contemporary Arts, 1985), et comme directrice de l’Elbow Room, à Londres (fondée avec Maud Sulter en 1986).
Lauréate du Turner Prize en 2017, L. Himid est très présente sur la scène artistique cette même année, notamment avec une exposition rétrospective, Invisible Strategies, au Modern Art Oxford (21 janvier-30 avril 2017), et concomitante de Navigation Charts à Spike Island, à Bristol (20 janvier-26 mars 2017).

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Sophie Orlando

© 2018 Archives of Women Artists, Research and Exhibitions

Lubaina Himid — AWARE Women artists / Femmes artistes

Lubaina Himid, Le Rodeur: The Exchange, 2016, acrylique sur toile, 183 x 244 cm, Courtesy Lubaina Himid et Hollybush Gardens, © Photo : Andy Keate

Lubaina Himid — AWARE Women artists / Femmes artistes

Lubaina Himid, Always Have A Plan, 2016, acrylique et crayon sur papier, 72 x 102 cm, Courtesy Lubaina Himid et Hollybush Gardens, © Photo : Andy Keate

Lubaina Himid — AWARE Women artists / Femmes artistes

Lubaina Himid, Freedom And Change, 1984, contreplaqué, tissu, techniques mixtes, peinture acrylique, 290 x 590 cm, Courtesy Lubaina Himid et Hollybush Gardens, © Photo : Andy Keate

Lubaina Himid — AWARE Women artists / Femmes artistes

Lubaina Himid, Naming The Money, 2004, 100 figures grandeur nature, audio, dimensions variables, vue d’exposition au Navigation Charts, Spike Island Bristol 2017, Courtesy Lubaina Himid, Hollybush Gardens et National Museums Liverpool: The International Slavery Museum, © Photo : Stuart Whipps

Lubaina Himid — AWARE Women artists / Femmes artistes

Lubaina Himid, Shutters Only Hide The Sun (Zanzibar), 1999, acrylique sur toile, 101 x 304 cm, Courtesy Lubaina Himid et Hollybush Gardens, © Photo : Andy Keate

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