Kari Conte (dir.), Mierle Laderman Ukeles: Seven Work Ballets, Berlin, Sternberg, 2015
→Miwon Kwon, “In Appreciation of Invisible Work: Mierle Laderman Ukeles and the Maintenance of the ‘White Cube’.”, Documents, n°10, Automne 1997, p. 15-18
→Sue Spaid, Ecoventions: Current Art to Transform Ecologies, OH: Contemporary Arts Center, Cincinatti, 2002
Mierle Laderman Ukeles, Maintenance Art, Queens Museum of Art, New York, 18 septembre 2016 – 18 février 2017
→Mierle Laderman Ukeles, Matrix 137, Wadsworth Atheneum, Hartford (USA), 20 septembre – 15 novembre 1998
→Fragile Ecologies, Queens Museum of Art, 1992
→Touch Sanitation Show, Ronald Feldman Fine Arts et DSNY West Fifty-Ninth Street Marine Transfer Station, New York, 1984
Écoartiste états-unienne.
Artiste écoféministe et conceptuelle, Mierle Laderman Ukeles s’est distinguée dès 1969 avec son Manifesto ! Maintenance Art, une extension critique du concept de ready-made lui permettant de réclamer sa propre agentivité artistique par le biais d’activités de soin traditionnellement exercées par les mères au foyer. M. L. Ukeles avait été profondément blessée par son exclusion du programme de master en interrelated arts de l’université de New York à l’annonce de sa grossesse – un rejet signifiant pour elle la fin de toute possibilité de carrière artistique.
En interreliant dès ce premier opus féminisme, écologie, care et subalternités dans un projet destiné à la sortir de sa condition, M. L. Ukeles instaure une éthique de vie et de travail prémonitoire. Pour mettre en œuvre cet « art ménager », la performance et sa mise en archive visuelle constituent une première modalité. D’abord domestiques (avec la complicité de ses enfants et de son mari, épousé en 1966), puis muséales en 1973 (laver les sols ou du mobilier du Wadsworth Atheneum, à Hartford), ces performances frappent par leurs images qui donnent corps à cette démarche de revendication, inédite et audacieuse, visant à confondre les assignations faites aux femmes.
En 1976, deux ans après avoir obtenu une maîtrise de recherche-création, M. L. Ukeles ajoute la durée et l’amplitude à ses analyses visuelles. I Make Maintenance Art One Hour Every Day (1976) l’engage un mois durant, à New York, auprès des trois cents employé·es de l’équipe de maintenance d’un immeuble du quartier des affaires où le Whitney Museum a une antenne. Elle y démontre la dépendance de la machine économique états-unienne vis-à-vis de ces travailleur·euses d’entretien, indispensables au bon fonctionnement des entreprises mais largement ignoré·es et invisibilisé·es par leurs horaires nocturnes.
L’année suivante, elle propose au département de la propreté de la mairie de New York de s’établir dans ses bureaux comme artiste bénévole en résidence. À la suite de cet ancrage institutionnel, Touch Sanitation (1979-1980) la conduit pendant plus d’un an, jusqu’en 1980, à réaliser une longue performance. Cette enquête consiste à rencontrer chacun·e des 8 500 employé·es du département municipal en les gratifiant d’un « merci de garder New York en vie » et d’une photographie officielle. En suivant toutes les tournées, en recueillant les confidences de ces hommes, elle prend parti contre leurs conditions de travail dégradantes, allant même jusqu’à interpeller les édiles.
En concevant la ville comme un organisme vivant, un milieu, M. L. Ukeles est l’une des premières à comprendre le développement de l’écologie sociale et à détacher la conception de l’écologie du strict giron de la nature. Dans le droit fil de cet engagement, elle remporte en 1989 le concours lancé par la commission Percent for Art pour la reconversion de la décharge de Fresh Kills, sur l’île de Staten Island, face à Manhattan, alors plus grand dépotoir du monde : les cumuls de déchets y polluent gravement et gênent jusqu’au trafic aérien. Sa transformation en parc couvre une superficie équivalente aujourd’hui à deux fois et demie Central Park. Elle s’emploie pendant les quatre décennies qui suivent à conserver la mémoire du site, qu’elle conçoit comme une œuvre collective des New-Yorkais·es.
Si elle est suivie tout au long de sa carrière par la galerie new-yorkaise Ronald Feldman Fine Arts et récipiendaire de nombreux prix et bourses, il faut toutefois attendre 2017 pour qu’une première grande rétrospective lui soit consacrée. En 2023, ARTnews classe Touch Sanitation troisième sur cent du classement des œuvres iconiques de New York, une reconnaissance tardive qui ravit l’artiste, laquelle vit entre New York et Tel Aviv.
Une notice réalisée dans le cadre du programme « Common Ground »
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