Pola Weiss, Cíclope, 1987, Fonds Pola Weiss, Droits de propriété : Kitzia Weiss et Fernando Mangino, Conservation : Arkheia, Centre de documentation du Musée universitaire d’art contemporain (UNAM), Catalogage : Edna Torres Ramos, © Pola Weiss, © 2026 Kitzia Weiss et Fernando Mangino, Tous droits réservés
Gabriela Aceves Sepúlveda, “La portapak en Latino América: The gendering of early video technology by women artists in Argentina, Brazil, Chile, Colombia, and Mexico.” dans Encounters in Video Art in Latin America, dir. Elena Shtromberg and Glenn Phillips, Los Angeles, California Getty Publications, 2023, 110-133
→Gabriela Aceves Sepúlveda, Women Made Visible: Feminist Art and Media in Post-1968 Mexico City, Lincoln (Nebraska), University of Nebraska Press, 2019
→Gabriela Aceves Sepúlveda, “The Utopian Impulse in the Videos of Pola Weiss.” dans Performing Utopias in Contemporary Americas, dir. Alessandra Santos and Kim Beauchesne, New York, Palgrave Macmillan, 2017, 283–300
Pola Weiss : la télévision vous regarde, Musée universitaire d’art contemporain (MUAC), Mexico, septembre 2014 – janvier 2015
→Anthologie de vidéos et performances, Galerie Chapultepec, Mexico, 20-31 juillet 1981
→Arts visuels et vidéo avec Pola Weiss, Académie des arts visuels St. Joost, Breda (Pays-Bas), Académie AKI des arts visuels, Enschede, 1981
Artiste vidéaste mexicaine.
Du milieu des années 1970 jusqu’à son décès en 1990, Pola Weiss Alvarez développe un style unique d’art vidéo qui combine effets visuels, danse et son, et qui trouve ses racines dans le contexte local de l’artiste ainsi que dans sa propre identité, contribuant à ancrer cette forme d’art au Mexique. Née dans la capitale, Mexico, en 1947 d’un père alsacien et d’une mère mexicaine, P. Weiss étudie à l’Université nationale autonome du Mexique (UNAM) dont elle sort diplômée en sciences politiques et communication en 1975. Dans un contexte où le contenu et la gestion des programmes télévisés animent les débats de l’intelligentsia et la classe politique mexicaine, P. Weiss, qui se qualifie alors de téléaste [artiste télévisuelle], imagine produire des vidéos expérimentales afin d’offrir une alternative à la télévision commerciale. De fait, elle crée une large gamme d’émissions télévisuelles et de vidéos expérimentales, à la fois de manière indépendante à travers sa propre société de production artTV (1976) et en collaboration avec des diffuseurs publics et privés. S’inscrivant dans la veine d’autres femmes vidéastes dans le monde, et notamment de Shigeko Kubota (1937-2015), avec laquelle elle échange, elle développe sa propre typologie pour mieux apprivoiser les pratiques émergentes de cette nouvelle forme d’art qu’est la vidéo, étudiant notamment la vidéosculpture ou le vidéojournal.
Dans Flor cósmica [Fleur cosmique, 1977], sa première vidéo, présentée aux 9e Rencontres internationales d’art vidéo / 1ère Rencontres nationales d’art vidéo au Mexique en 1977, P. Weiss se démarque en ayant recours à des effets vidéo uniques et à des jeux de mots ludiques ; émerge également une relation quasi charnelle avec le caméscope. Un an plus tard, dans un manifeste graphique accompagnant ses vidéos Mujer-ciudad-mujer [Femme-ville-femme, 1977] et Somos mujeres [Nous sommes femmes, 1977], présentées à la Biennale du Musée d’art moderne de Mexico en février 1978, P. Weiss déclare que le vagin est son site de production, et baptise son caméscope « escuincla » – soit « fille » en langue nahuatl –, revendiquant son autonomie et son indépendance en tant qu’artiste vidéaste. Quelque temps plus tard, P. Weiss danse avec un Portapak à la main à l’occasion de performances publiques qui intégrent des retours d’images vidéo, plusieurs caméras et divers miroirs, explorant les frontières médiatiques entre elle-même et son public. Ces performances de danse en direct, qu’elle appelle des « vidéodanses », contribuent au développement du genre dans le monde – parfois appelé aussi « screendance » en anglais. En 1986, elle réalise sa vidéo la plus célèbre, Mi co-ra-zón [Mon cœur], une poignante réponse au tremblement de terre qui dévasta Mexico en 1985 et à sa propre fausse couche.
Pour P. Weiss, l’art vidéo est un moyen d’explorer la connaissance de soi, et son Portapak devient un prolongement de son corps, une prothèse de la relation mère-fille, un substitut de partenaire sexuel et un outil pour affirmer son autonomie. Elle produit plus 35 vidéos, participe à de nombreux festivals internationaux d’art vidéo, à commencer par celui des arts et performances vidéo de Venise (1979), et à diverses expositions, comme Pola Weiss Mexico à la galerie d’art MonteVideo d’Amsterdam (1979). Dans son pays natal, son œuvre est restée dans l’ombre tout au long des années 1990, en raison d’un intérêt limité pour l’art vidéo, de sa réputation de personnalité excentrique et de son suicide. En 2012, une de ses élèves, Edna Torres Ramos, fit don, après inventaire, d’une collection de vidéos jusqu’alors conservées à TV UNAM ainsi que de diverses archives personnelles à ARKEHIA, le centre de documentation des arts du Musée universitaire d’art contemporain (MUAC) de Mexico, rendant ainsi accessible au public le travail de P. Weiss.
Une notice réalisée dans le cadre du programme “Vivre avec deux cerveaux : Artistes femmes dans les nouveaux médias, années 1960-1990”
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026