Tlostanova, Madina, “Decolonial Aesthesis and Post-Soviet Art.” In What Does It Mean to Be Post-Soviet?: Decolonial Art from the Ruins of the Soviet Empire, Durham: Duke University Press, 2018
→Vercoe, Rosa, “Saule Suleimenova: A Journey to Find True Kazakhness.” Voices on Central Asia, 1 novembre 2018
→Coburn, Tyler, “Saule Suleimenova: Art After the Kazakh Spring.” ArtReview, 19 novembre 2024
BIZ QARAPAIYM HALIQPIZ, Dom 36, Almaty, 2022
→Skyline, National museum of Kazakhstan, Astana, 2017
→I’m Kazakh, Central Exhibition hall, Direction of Art Exhibitions and Auctions of Ministry of Culture of Kazakhstan, Almaty, 2010
Plasticienne kazakhe.
À la fin des années 1980, Saule Suleimenova intègre le collectif d’artistes Zelyoniy treugolnik [Triangle vert], qui organise des expositions dissidentes à Almaty durant la période soviétique. En 1996, elle est diplômée en design d’environnement architectural de l’Académie nationale d’architecture et de construction d’Almaty. La même année, elle organise à la galerie Myn sa première exposition individuelle, Le Journal de trois anges, qui réunit des peintures et des œuvres graphiques. S. Suleimenova utilise alors souvent des matériaux du quotidien, comme des journaux et des ossatures de construction, qui lui permettent d’outrepasser les contraintes de la peinture académique et de la tradition réaliste-socialiste. Ce choix reflète aussi les bouleversements économiques de la période de transition postindépendance. Une fois diplômée, S. Suleimenova est embauchée par l’Union des designers et réalise en parallèle des illustrations pour des manuels scolaires.
En 2004, l’artiste entreprend sa série programmatique, Kazakh Chronicle (2004-2014). Après des premières œuvres utilisant le grattage et la gravure, elle en vient à combiner la photographie et la peinture : elle peint des personnages en habits traditionnels sur des photographies de décors urbains ordinaires, comme des murs de brique et de métal couverts d’affiches ou des arrêts de bus. S. Suleimenova nomme les sujets de ses peintures aruakh, ce qui signifie « l’esprit des ancêtres » en kazakh. Elle travaille à partir de photographies d’archives représentant des nomades et de ses propres archives familiales. À cette époque, le gouvernement post-soviétique cherche à construire une nouvelle identité nationale à travers la production culturelle, qui glisse souvent vers une romantisation et une mythologisation de l’époque pré-soviétique tout en s’inscrivant dans la continuité des schémas stylistiques soviétiques. L’artiste s’intéresse aussi aux signes de la vie quotidienne et au caractère éphémère des villes. Dans ses sujets translucides, en partie dissous dans l’arrière-plan photographique, elle saisit de manière poétique l’esprit kazakh comme quelque chose de dynamique, qui disparaît et qui renaît. De 2011 à 2013, S. Suleimenova suit un Master of Arts en critique d’art à l’université nationale des Arts du Kazakhstan afin d’étudier la synthèse de la photographie et de la peinture.
En 2015, l’artiste adopte un autre matériau vernaculaire, des sacs en plastique de seconde main, et invente la « peinture cellophane », une méthode qu’elle a entièrement adoptée depuis. Pour Kelin [Mariée, 2015], un portrait en grand format d’une femme vêtue d’une robe et de bijoux de mariée, elle assemble à l’aide d’un pistolet à colle des fragments de plastique. La mariée devient un sujet récurrent de ses peintures cellophanes. Dans les séries suivantes, Qudalar (2021), Qandastar turaly Dastan (2021) et Belgysyz kelin (2024), l’artiste se concentre sur la représentation des femmes et sur les histoires matrilinéaires de la culture nomade kazakhe, qui exclut souvent les femmes des archives généalogiques. L’étude de photographies d’archives la conduit enfin à réaliser la série Residual Memory (2018-2020), consacrée à la mémoire collective de la grande famine des années 1930 et au soulèvement de la jeunesse de Jeltoqsan en 1986. Le thème de la violence politique et des protestations publiques résonne dans ses dessins et ses peintures cellophanes, fondés sur des photographies de manifestants et de lieux d’émeutes. Dans ces œuvres, S. Suleimenova fusionne sur le plan métaphorique l’horizon spatial avec l’horizontalité des mouvements sociaux. Dans sa pratique, l’artiste développe des points de vue sur le rôle des femmes dans la culture kazakhe et sur les esthétiques décoloniales au sein du Kazakhstan indépendant.
Ses œuvres se trouvent dans les collections du musée d’Art contemporain d’Anvers (M HKA), de la Sharjah Art Foundation, du Musée national du Kazakhstan, de l’Eurasian Cultural Alliance, du musée des Arts d’Almaty, du Zimmerli Art Museum, de la famille Boranbayev et de la famille Servais, ainsi que dans d’autres collections publiques et privées.
Une notice réalisée avec le soutien de l’ambassade de France au Kazakhstan
© Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, 2026