Barmankulova, Bayan, Samal Mamytova, Aisha Galymbayeva, Almaty, RUAN Publishing Company, 2017
→Lee, Kamilla, Aisha Galimbaeva: Illustrated Album, Almaty, 2008
→Rybakova, Inna, Aisha Galimbaeva, Moscou, Sovetskii Khudozhnik, 1970
Peintre, costumière, décoratrice et enseignante kazakhe.
Aisha Galymbayeva, considérée comme la première artiste femme kazakhe à avoir reçu une formation professionnelle, a joué un rôle pionnier dans le développement de l’art moderne au Kazakhstan. Elle est surtout connue pour avoir donné une forme aux expériences et aux représentations féminines. Depuis les figurations du quotidien et de la vie traditionnelle jusqu’à la participation des femmes à la transformation industrielle, depuis les portraits – dont une série d’autoportraits – jusqu’aux paysages et aux natures mortes, son œuvre offre une image aux multiples facettes du Kazakhstan du XXe siècle.
A. Galymbayeva naît à Esik, dans la région d’Almaty, où elle participe au rythme quotidien de la vie du village tout en développant un intérêt pour le dessin. Elle apprend aussi l’artisanat traditionnel auprès des femmes du village, dont la couture et la création d’ornements pour des tapis faits de feutre et de matières végétales. Ces expériences imprégneront sa pratique artistique et nourriront son intérêt durable pour la culture matérielle.
Dans les années 1930, alors que sont fondées au Kazakhstan des institutions professionnelles pour l’art, le théâtre et l’enseignement, A. Galymbayeva s’inscrit l’École d’État de théâtre et d’art, où elle étudie auprès d’artistes tels que Leonid Leontiev (1913-1983) et Alexander Cherkassky (1888-1958). Diplômée en 1943, elle entre au département des beaux-arts et arts décoratifs de l’Institut supérieur cinématographique d’État (VGIK), évacué de Moscou vers Almaty durant la guerre puis réinstallé à Moscou. Le projet de diplôme de l’artiste consiste en des costumes, un décor scénique et un story-board inspirés d’une œuvre de l’écrivain Moukhtar Aouézov dédiée au célèbre poète kazakh Abaï Kounanbaïouly. Pour ce projet, elle mène des recherches au sein des musées de Moscou et d’Almaty et se rend dans des lieux qui étaient importants pour Abaï au Kazakhstan.
À son retour à Almaty en 1949, A. Galymbayeva travaille dans le cinéma comme costumière et décoratrice, sur des films tels que Poema o lyubvi (Poème d’amour, 1954), Devushka-dzhigit (Le Garçon manqué, 1955) et C’est arrivé à l’aube (1955). Elle est aussi consultante pour les costumes et la véracité historique pour le film Son heure viendra, dédié à Chokan Valikhanov. Son intérêt pour le costume et pour la culture matérielle la conduit à publier une étude illustrée sur le costume national kazakh (1958) fondée sur les recherches qu’elle a menées à travers le Kazakhstan. Le livre réunit soixante illustrations de costumes masculins et féminins, d’habits cérémoniels comme quotidiens, ainsi que de coiffes, ceintures, bijoux, bracelets et bagues. Important aussi bien sur le plan artistique que du point de vue ethnographique, cet ouvrage documente les traditions vestimentaires du XIXe siècle dans différentes régions du pays.
Le travail d’A. Galymbayeva pour le cinéma demeure occasionnel en raison de la faible production cinématographique au Kazakhstan à cette époque. L’artiste se concentre donc de plus en plus sur la peinture. Elle commence sa carrière artistique avec des scènes de genre de grandes dimensions, comme Tricoteuses (1951), qui représente trois jeunes femmes examinant un morceau de textile dans une fabrique. À la fin des années 1950, elle atteint les signes caractéristiques de sa peinture : des couleurs saturées, un style parfois décoratif et presque monumental, ainsi que des compositions souvent dynamiques – en lien avec son travail pour le cinéma. Son langage visuel combine le réalisme, déjà distancié du réalisme socialiste, avec un intérêt persistant pour les traditions culturelles kazakhes. Les portraits, scènes du quotidien, natures mortes et représentations de l’hospitalité deviennent les sujets récurrents de ses peintures, comme Kelin (La Mariée, 1957), Portrait de l’artisane (1958) et Той чабанов (Le Festin du berger, 1965).
A. Galymbayeva est membre de la Société pan-soviétique pour les relations culturelles avec l’étranger. Son tableau Amitié (1978) reflète la solidarité internationale durant la période de la guerre froide et fait allusion à plusieurs rencontres qui se sont tenues à Almaty. Parmi celles-ci, citons le VeCongrès des écrivains d’Afrique et d’Asie en 1973, où A. Galymbayeva accueille les délégué·es, le Congrès des femmes d’Afrique et d’Asie en 1975, organisé lors de l’Année internationale de la femme, et la Conférence internationale sur les soins de santé primaires, sous l’égide de l’OMS et de l’Unicef en 1978, lors de laquelle est adoptée la déclaration d’Alma-Ata.
A. Galymbayeva enseigne au Collège des arts d’Almaty entre 1949 et 1964, puis à l’Institut pédagogique. À travers ses peintures, ses publications, son travail pour le cinéma et l’enseignement, elle a contribué à façonner une représentation visuelle moderne de l’identité kazakhe au sein des conditions culturelles de la période soviétique, un jalon important pour les générations d’artistes suivantes. Sa carrière démontre aussi la nature interdisciplinaire de la pratique artistique dans le Kazakhstan du XXe siècle, où la peinture, la recherche, l’ethnographie, l’édition, le cinéma et l’enseignement sont étroitement liés.
Une notice réalisée avec le soutien de l’ambassade de France au Kazakhstan, en collaboration avec le Musée des Arts d’Almaty, dans le cadre d’AMIS : AWARE Museum Initiative and Support.
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