Guillaume Kazerouni, Peintures françaises des XVIe, XVIIe et XVIIIe siècles du musée des Beaux-Arts de Rennes, Grand, 2021, no 66, p. 220-222
→Guillaume Kazerouni dans catalogue de l’exposition Noël Coypel (1628-1707). Peintre du roi, Versailles, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon (26 septembre 2023-28 janvier 2024) ; Rennes, musée des Beaux-Arts (17 février-5 mai 2024), sous la direction de Guillaume Kazerouni et de Beatrice Sarazin, n° 4, p. 28-29.
Peintre de portraits et de miniatures française.
Madeleine Hérault est la fille du peintre Antoine Hérault (v. 1600-v. 1655) et de Madeleine Bruyant. Elle a au moins onze frères et sœurs, dont plusieurs épousent le métier de leur père. Ce dernier forme lui-même tous ses enfants, garçons comme filles. Parmi elles, deux au moins ont une certaine réputation en leur temps : Madeleine et Antoinette Hérault (1642-1695). Très peu de détails de la vie de M. Hérault nous sont connus en dehors de quelques rares actes d’état civil, comme celui du 22 janvier 1678, où elle est marraine à l’église Saint-Barthélemy du fils de son frère, Charles Antoine Hérault (1644-1718), peintre de paysage et marchand de tableaux. Leur sœur, A. Hérault, qui épouse le 10 novembre 1665 le graveur Guillaume Chasteau (1635-1683), puis le peintre Jean-Baptiste Bonnart (v. 1654-1724), est un peu mieux documentée en raison de la grande réputation qu’ont ses miniatures à Paris.
M. Hérault épouse le peintre Noël Coypel (1628-1707) à l’église Saint-Jacques-de-la-Boucherie, à Paris, le 29 avril 1659. Le couple aura trois enfants : le futur peintre Antoine Coypel (1661-1722), Charles Coypel et Madeleine Suzanne Coypel. En se mariant avec M. Hérault, N. Coypel s’allie à une famille d’artistes et de marchands ayant un important réseau social à Paris.
Contrairement à Louise Moillon (1610-1696), à Charlotte Vignon (1639-v. 1700), à Catherine Duchemin (1630-1698) ou à Madeleine Boullogne (1646-1710), M. Hérault compte parmi les quelques femmes peintres à avoir bénéficié, en France au XVIIe siècle, d’une certaine réputation dans un genre autre que celui de la nature morte. Elle présente des talents dans l’art du portrait, comme en témoignent les éloges des biographes de son mari, Roger de Piles et Antoine Dézallier d’Argenville : « Magdeléne Herault peignoit aussi, et copioit dans la derniere perfection. Il est resté entre les mains de sa famille plusieurs belles copies d’après Raphaël, et de plusieurs autres grands maîtres, faites de sa main. Elle étoit d’une vertu et d’une pieté qui la mettoit encore audessus de ses talens » (Roger de Piles, 1699) ; « Il se maria en 1660, à Madeleine Hérault, fille d’un peintre de ce nom. Cette femme joignat à beaucoup de vertus le talent de la peinture ; elle peignoit le portrait, genre auquel son mari s’étoit appliqué avec succès » (Dézallier d’Argenville, 1762).
Réapparu en 2003 sur le marché de l’art à Lyon et acquis par le musée de Rennes en 2014, le Portrait de Thomas Chanuet, conseiller au présidial de Mâcon est actuellement l’unique peinture identifiée de M. Hérault. Signé, ce tableau vient confirmer les éloges de R. de Piles et d’A. Dézallier d’Argenville. Si l’on considère que l’artiste, qui signe ici de son nom de jeune fille, a réalisé cette œuvre avant son mariage, il serait possible d’en situer l’exécution peu avant 1660. Cette date, un peu précoce – l’artiste aurait alors entre dix-neuf et vingt ans –, pourrait être étendue aux années 1670 dans la mesure où le modèle est Thomas Chanuet. M. Hérault est ici en pleine possession de ses moyens ; l’œuvre s’apparente, par sa facture, aux portraits faits par les contemporains de Charles Le Brun (1619-1690). Plusieurs éléments, comme les doigts très longs et anguleux ou les contours très appuyés, rappellent aussi l’art de N. Coypel, tout en conservant une originalité propre. Ce tableau pourra peut-être permettre, à l’avenir, de découvrir d’autres œuvres de l’artiste, dont le talent apparaît ici digne de comparaison avec celui de la seule portraitiste française du xviie siècle connue par quelques peintures, Élisabeth Sophie Chéron (1648-1711).
Une notice réalisée en partenariat avec le musée du Louvre.
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