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Artistes femmes, les grandes oubliées de l’histoire de l’art ?
Les grandes questions de l’histoire de l’art
15.04.2020 | Nina Meisel

La place et l’importance des artistes femmes dans l’histoire de l’art ne va pas encore de soi pour tou·te·s. Le Gombrich (première édition en 1950), ouvrage de référence en histoire de l’art, en est un bon exemple : il ne cite aucune femme dans ses éditions anglaises et françaises et seulement une dans celle en allemand. Pourtant, dès les années 1970, des initiatives de (re)découvertes des artistes femmes, portées par des chercheur·euse·s comme Linda Nochlin, ont donné lieu à des expositions mettant en lumière le travail de plasticiennes telles que Some Canadian Women Artists en 1975 à la National Gallery of Canada à Ottawa, Elles@centrepompidou au musée national d’Art moderne – Centre Georges Pompidou en 2009, ou plus récemment, Radical Women: Latin American Art, 1960-1985 initialement organisée au Hammer Museum à Los Angeles en 2017.

Aujourd’hui encore, et bien que ces dernières années de grandes figures d’artistes femmes aient émergé, celles-ci souffrent d’une reconnaissance tardive en comparaison de leurs confrères. Par exemple, Louise Bourgeois (1911-2010), artiste française-états-unienne majeure du XXe siècle, est âgée de 70 ans lors de sa première rétrospective au Museum of Modern Art (MoMA) à New York en 1981, mais ce n’est qu’en 2008 qu’une institution française d’envergure, le musée national d’Art moderne – Centre Georges Pompidou, monte une exposition de ses œuvres. Nil Yalter (née en 1938), pionnière de l’art vidéo doit attendre 2016 avant que le 49 Nord 6 Est – Frac Lorraine accueille sa première rétrospective. D’autres artistes connaissent une renommée posthume, comme la photographe surréaliste Claude Cahun (1894-1954), exhumée dans les années 1990, plus de 30 ans après sa mort.

À l’image de la reconnaissance institutionnelle, celle du marché de l’art se fait également tardive pour les plasticiennes. La question financière se reflète dans certaines carrières, comme pour celle d’Hilma af Klint (1862-1944) partagée entre académisme vendeur et peinture médiumnique où elle s’illustre en tant que pionnière de l’abstraction. Elle n’est redécouverte qu’en 1986, 42 années après sa disparition, lors de l’exposition The Spiritual in Art, Abstract Painting 1890-1985 à Los Angeles. Selon le souhait de l’artiste, son testament stipulait que l’œuvre devait rester secrète au moins 20 ans après sa mort mais il faudra attendre 2008 pour qu’elle bénéficie de sa première rétrospective au Moderna Museet à Stockholm. Citons aussi l’exemple de la peintre et sculptrice cubaine Carmen Herrera (née en 1915) qui vend sa première œuvre en 2004 à 89 ans, s’en suit un succès institutionnel et l’inauguration en 2016 d’une grande rétrospective au Whitney Museum of American Art à New-York.

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