Fontinha, Susana, « Corantes naturais · Madeira », dans Jardim, Manuela (dir.), Na Rota da Urzela · Plantas Tintureiras [Sur la route d’Urzela, les plantes tinctoriales], cat. exp., Museu Etnográfico da Madeira, Funchal (8 août- 9 sept. 2023), Funchal, DRC/DSMCC/Divisão Publicações, 2023
→Guedes, Maria Estela, « Manuela Jardim e a sua memória guineense », Revista InComunidade, avril-mai 2017
→Pires, João Silvério, « O Ser e o Cosmos » [L’Être et le Cosmos], texte d’introduction à l’exposition, Galeria da Secretaria Regional de Turismo e Cultura, Funchal, 2000
Construir Ideias / Construire des idées, La Roche, Paris, juin 2026
→Na Rota da Urzela – Plantas Tintureiras, Museu Etnográfico da Madeira (MEM), Funchal, août-septembre 2023
→Através dos Panos, Musée national d’ethnologie, Lisbonne, janvier 2005-2008
Artiste plasticienne bissau-guinéenne et portugaise.
Manuela Jardim naît en 1949 d’une mère bissau-guinéenne issue du peuple papel et d’un père militaire madérien sur l’île de Bolama, en Guinée-Bissau, alors encore sous domination coloniale portugaise. À six ans, à la disparition de sa mère, elle quitte la terre de ses ancêtres pour ne plus jamais y revenir et s’installe avec son père à Tomar, au Portugal. Ce dernier l’initie à la peinture.
En 1974, la « révolution des Œillets » met fin à l’Estado Novo, la dictature établie par António de Oliveira Salazar en 1933. Pour M. Jardim, alors étudiante en sculpture à l’École des beaux-arts de Lisbonne, le 25 avril est une double libération : celle d’une nation brisant le joug d’une politique identitaire et fasciste, et celle d’une femme qui devient artiste dans une société nouvelle. Elle évoque frontalement cette violence coloniale et postcoloniale dans sa série d’hommages à Amílcar Cabral (1924-1973), fondateur du Parti africain pour l’indépendance de la Guinée et du Cap-Vert. Après la révolution, elle se forme un an en sérigraphie et gravure, avant de représenter le Portugal à la Biennale des artistes des pays méditerranéens, en Grèce, puis à Marseille. Un séjour estival à l’Institut national de la jeunesse et de l’éducation populaire (INJEP), à Marly-le-Roi, marque un tournant : elle découvre le musée d’Orsay tout juste inauguré et comprend, aux côtés de artistes émergent·es venu·es du monde entier, l’importance du collectif dans son œuvre.
M. Jardim maîtrise le dessin, la peinture et la sculpture, avec une attention constante portée à la matière et à sa transformation. Elle travaille le papier recyclé, qu’elle fabrique elle-même à partir de papier journal et emploie l’acrylique. Elle façonne aussi l’argile en statues drapées de pagnes colorés, rappelant ceux que l’on revêt pour les grandes occasions, fêtes, mariages ou rites funéraires. Elle recourt aux plantes tinctoriales – résine de dragonnier, garance, orseille– et mène des recherches en laboratoire avec des biologistes, comme la Portugaise Susana Fontinha, alliant ainsi savoir-faire artisanal et création contemporaine.
En 2003, professeure, elle obtient un congé sabbatique pour rejoindre le Musée national d’ethnologie de Lisbonne, où elle dirige un projet éducatif à partir des tissus et pagnes de Guinée et du Cap-Vert conservés dans les collections. Cette collaboration se prolonge par l’ouverture d’ateliers qu’elle anime pendant une dizaine d’années. L’artiste explore la polysémie de l’atelier, qui revêt une double dimension : le sien, c’est-à-dire l’atelier à soi, et celui qu’elle invente pour les autres – deux espaces qui se nourrissent mutuellement, où la création devient une pratique collective fondée sur l’échange. Le fil conducteur de son travail est la transmission, un rapport à la mémoire tourné vers les générations futures. M. Jardim porte bien son nom : une jardinière qui sème généreusement autour d’elle, et voit dans la pratique artistique un processus de libération.
En mai 2026, M. Jardim est lauréate de la seconde édition de la Résidence Gulbenkian & Thanks for Nothing – Création et Engagement, qui accueille chaque année un·e artiste lusophone du continent africain autour d’une pratique militante, sociale et environnementale. Cette résidence donne lieu à une exposition à La Roche, dans le XIVe arrondissement de Paris, où, dans un ancien hall d’hôpital, elle intègre à son vocabulaire plastique l’étoffe légère de la gaze, matière à tisser autant que matière de soin – continuant, avec la gaieté et la curiosité qui la caractérisent, de réparer les mémoires et les blessures.
Une notice réalisée par AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, dans le cadre de la Résidence Gulbenkian & Thanks for Nothing – Création et Engagement.