El-Hafez, Ramzi, The Anthology of Visual Arts in Lebanon, Beyrouth, Infopro and Gallery Magazine, 2025
→Nachabe Taan, Yasmine, « Disaster seen by Three Female Contemporary Lebanese Artists », in Hartman, Michelle et Abisaab, Malek, Women’s War Stories: The Lebanese Civil War as Lived by Women, Syracuse, Syracuse University Press, 2022, p. 61–70
→Contemporary Ceramics in Lebanon, American University of Beirut, Beyrouth, 2001
Art de Triomphe, Saleh Barakat Gallery, Beyrouth, 11 décembre 2019-16 janvier 2020
→Without Traces, Agial Art Gallery, Beyrouth, 11-28 février 2015
→Interception, Agial Art Gallery, Beyrouth, 27 octobre-19 novembre 2011
Céramiste libanaise.
Depuis plus de quatre décennies, Samar Mogharbel, céramiste spécialiste de l’argile, explore dans son œuvre l’entremêlement de la mémoire, de la guerre, de l’archéologie, de l’architecture et des traumas collectifs, en puisant aux racines de l’histoire moderne si mouvementée du Liban. Les conflits successifs dont l’artiste fait l’expérience, de la guerre civile libanaise aux invasions israéliennes répétées, informent en profondeur ses thèmes comme son vocabulaire plastique.
S. Mogharbel fait son apprentissage sous la direction de Dorothy Salhab Kazemi (1942-1990), céramiste pionnière au Liban. En 1983, à l’apogée de la guerre civile, elle installe son propre atelier à Beyrouth, où elle produit de la vaisselle en terre pour le quotidien et se distingue par ses expérimentations avec de riches glacis. Après sa première exposition individuelle en 1987, elle entreprend des études approfondies de céramique au Goldsmiths’ College, University of London – une expérience qui lui permet de continuer à étendre son langage artistique. À partir de 1983, elle-même enseigne la céramique à la Lebanese American University à Beyrouth. De retour dans la capitale libanaise à la fin de la guerre civile, S. Mogharbel assiste aux démolitions de grande ampleur et à la reconstruction du centre-ville historique. Cette expérience lui inspire Beirut Blues (1998), une exposition en forme de réflexion sur la perte du tissu urbain et sur les cicatrices émotionnelles de la reconstruction. Par la suite, en participant à des fouilles archéologiques dans le sud de la ville, elle tombe sur des fragments de céramique romaine qui deviennent des éléments centraux de Face Efface (1999), où des tessons antiques sont mêlés à des têtes sculptées en céramique afin d’explorer les thèmes de l’histoire, de l’identité et de l’effacement.
Au fil de sa carrière, S. Mogharbel ne cesse de répondre aux épisodes de violence politique en employant l’argile. En réaction à la vague d’assassinats politiques qui frappe le Liban en 2005, elle crée une série remarquée de céramiques représentant six voitures détruites par une explosion. Leur surface, méticuleusement polie et fumée, transforme ces symboles de destruction en méditation puissante sur la mortalité et le souvenir. Cette série reçoit le premier prix au Salon d’automne du musée Sursock en 2006. Dans ses expositions suivantes, l’artiste poursuit ce dialogue entre mémoire personnelle et histoire nationale. Interception (2011) examine la violence à travers des sculptures d’enfants maniant des appareils photographiques et des pistolets à eau, transformant des actes d’agression en d’inattendus épisodes de beauté. Without Traces (2015) revisite l’architecture domestique de Beyrouth, alors en voie de disparition, dans des sculptures en céramique de maisons libanaises du début du XXe siècle menacées de destruction. La série préserve ainsi leur souvenir dans un moment de transformation urbaine rapide.
En 2020, S. Mogharbel présente Art de triomphe, une exposition réunissant un ensemble de tubes d’argile dont les formes créent des boucles, s’écroulent et se distordent sous leur propre poids. Plutôt que de maintenir la rigidité et la symétrie associées à la vaisselle conventionnelle, l’argile semble pendre et plier, témoignage de l’évolution du matériau en réponse à la gravité. Pour la céramiste, ces formes deviennent un moyen d’exprimer, selon ses termes, « l’épuisement de vivre d’incessantes difficultés ».
À côté de sa pratique sculpturale, S. Mogharbel produit à partir de 2004 plusieurs films d’animation en stop motion, qui lui permettent de déployer dans d’autres médiums son exploration de la mémoire, du conflit et de la transformation.
Son travail est largement exposé au Liban et à l’étranger, par exemple au musée de l’Homme à Paris, à Expo Dubai, à Art Paris, à la Biennale du Caire et dans de nombreuses biennales internationales, symposiums et foires artistiques dédiés à la céramique à travers l’Europe, l’Asie et l’Amérique latine. En collaboration avec l’artiste Greta Naufal (1955-), elle présente une exposition majeure au Millesgården Museum à Stockholm. Des œuvres des deux artistes en ont rejoint les collections permanentes. Membre de l’International Academy of Ceramics (IAC) depuis 2019, S. Mogharbel est lauréate de nombreuses distinctions, dont le premier prix du musée Sursock (2006), le prix du Shanghai International Teapot (2010), les médailles d’argent de la Zagreb Clay Fest (2014) et du MIKS Zagreb (2020), et une mention honoraire au Macsabal Wood Firing Symposium (2018). En 2025, elle bénéficie d’une résidence de deux mois au Taoxichuan Art Center de Jingdezhen, en Chine, l’un des plus importants centres de production de céramique au monde. Par son attachement inébranlable à l’argile, S. Mogharbel établit une pratique artistique tout à fait personnelle, où les céramiques sont à la fois des témoins de l’histoire et des vecteurs de mémoire culturelle qui transforment les traces de destruction en actes de commémoration.
Une notice réalisée par AWARE : Archives of Women Artists, Research and Exhibitions, en partenariat avec le Beirut Museum of Art (BeMA).