Baptiste Morizot, Suzanne Husky, Rendre l’eau à la Terre, Alliances dans les rivières face au chaos climatique publié, Actes Sud, 2024
→Hervé Coves, Le Nouveau Ministère de l’Agriculture, Manifeste pour une agriculture de l’amour, Edition du Brame, 2021
Suzanne Husky – Le temps profond des rivières, Exposition du Prix Drawing Now 2023, Paris, 26 janvier – 7 avril 2024
→Ce que tu cherches te cherche aussi, La Graineterie, Houilles, 1 avril – 27 mai 2023
Artiste franco-états-unienne.
Suzanne Husky maîtrise le dessin, la sculpture, la tapisserie, la vidéo ou encore la régénération des sols. Sa pratique artistique est donc multiple, mais elle est mise au service d’un engagement unique : amplifier l’hospitalité aux autres qu’humains dans des écosystèmes abîmés par une activité humaine extractiviste, l’artiste fait de l’écologie le sens de son œuvre.
Diplômée de l’École des beaux-arts de Bordeaux en 2002, elle se forme au paysagisme horticole au Merritt College d’Oakland (Californie), puis en permaculture auprès de l’écrivaine et militante écoféministe Starhawk, en herboristerie ou encore en agroforesterie avec l’association Arbre et Paysage 32 (Gers). Au fil des ans, S. Husky a cherché par son travail à approfondir la connaissance collective de la dynamique du vivant.
Remarqué en 2017 au salon Jeune Création de Montrouge avec La Noble Pastorale, une tapisserie qui détourne la célèbre Dame à la licorne, le travail de S. Husky emprunte aux références de l’histoire de l’art pour leur donner une nouvelle portée et surprendre nos regards trop habitués. Souvent, l’artiste puise aussi ses matériaux dans les paysages exploités dont elle raconte les histoires. Par cette démarche, la militante écoféministe cherche à créer une culture visuelle de l’écologie incarnée et populaire.
Observation, représentation et transformation sont ici inséparables : l’art de S. Husky est relié à la vie. Il régénère les sols et les rivières, dénonce les politiques mortifères, sème des imaginaires revitalisants et des alliances hétérotopiques. La représentation n’est jamais déconnectée de son terrain qui l’a vue naître, chaque exposition crée un dialogue avec les scientifiques et les spécialistes, ainsi qu’un engagement local ; un principe éthique que l’artiste nomme « prise de terre ». Ainsi, ses œuvres peuvent prendre la forme d’un requiem pour 25 000 poules (Requiem for 25 000 Chickens, 2015), d’une tapisserie représentant le meurtre d’un paysan par un gendarme (Jérôme, 2018), d’albarelles ornées de plantes médicinales (Pot d’apothicairesse, 2019), d’une forêt nourricière dans une commune rurale (Aux arbres, 2020), un podcast sur les convergence entre mythologie et agroécologie (Ma mère l’oie – et autres histoires de la terre, 2021-2022), d’un Manifeste pour une agriculture de l’amour (2020) ou encore depuis 2020 de revitalisation des cours d’eau par des constructions low-tech.
S. Husky travaille très souvent en collectif ; ses œuvres émergent de rencontres avec des militant·es, naturalistes, penseur·ses, habitant·es, artisan·es et donnent lieu à de nombreuses collaborations transdisciplinaires. En 2016, elle crée avec l’artiste Stéphanie Sagot le Nouveau Ministère de l’Agriculture, une institution fictive qui, jusqu’en 2023, performe l’immuabilité des politiques agricoles françaises, lesquelles, depuis le 19e siècle se sont construites sur une idéologie productiviste et industrielle, quel que soit le gouvernement. De sa collaboration avec le philosophe Baptiste Morizot naît en 2024 l’ouvrage Rendre l’eau à la Terre. Alliances dans les rivières face au chaos climatique(Actes Sud), suivi de la création de l’association MAPCa (Mouvement d’alliance avec le peuple castor pour des rivières vivantes) qui se dédie à la revitalisation des cours d’eau.
S. Husky expose régulièrement depuis 2008 en France et à l’international : à San Francisco, au YBCA (2008), au De Young Museum (2010) et à l’aéroport international (2017) ; à la 16eBiennale d’Istanbul (2019) ; au musée d’Art moderne de Varsovie (2020) ; au Transpalette de Bourges (2021) ; à la Biennale de Lyon (2022) ; au Drawing Lab à Paris (2024). Elle a réalisé de très nombreuses résidences, parmi lesquelles la Caza d’Oro au Mas d’Azil (Ariège), Pollen à Monflanquin (Lot-et-Garonne), Nekatonea à Hendaye (Pyrénées-Atlantiques) ou encore le centre d’art et de design La Cuisine à Nègrepelisse (Tarn-et-Garonne). En 2021, elle est lauréate de la première édition du prix de la Fondation Choi pour l’art contemporain, qui soutient la création écologique. En 2023, elle reçoit le prix Drawing Now.
Une notice réalisée dans le cadre du programme +1.
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