Minami Tada, Pôle ’Y, 1978, Acrylique, H.200 x W.260 x D.16 cm, Bâtiment du gouvernement préfectoral de Yamagata © Photo : Kuniharu Sakumoto
Ce symposium est coorganisé par le Museum of Contemporary Art Tokyo (MOT) et AWARE: Archives of Women Artists, Research and Exhibitions et s’insère dans un programme spécial accompagnant l’exposition Tada Minami—Still, shimmering light. Minami Tada était une figure majeure de l’abstraction japonaise de l’après-guerre dont la pratique s’étendait à la sculpture, au design et à l’architecture. Bon nombre de ses œuvres, qui incorporent des matériaux et des techniques de fabrication industriels, sont encore visibles aujourd’hui dans divers environnements urbains et naturels.
Prenant la pratique de Tada comme point de départ, ce symposium examinera les contributions des artistes femmes à la sculpture après la Seconde Guerre mondiale, en soulignant les relations interdisciplinaires entre art, architecture et design. Réunissant des chercheur·euses et des curateur·ices japonais·es et internationaux·ales, il explorera les pratiques spatiales d’après-guerre liées aux questions de genre sous différents angles, en mettant l’accent sur la matérialité, la sculpture abstraite et l’espace public.
Informations pratiques
Samedi 7 et dimanche 8 novembre 2026
Auditorium, Museum of Contemporary Art Tokyo
L’événement se déroulera en japonais et en anglais
Entrée libre
Izumi Nakajima (Maîtresse de conférence, École doctorale des sciences humaines, Université d’Osaka)
Abstract TBA
Izumi Nakajima est professeure associée à l’école doctorale des sciences humaines de l’université d’Osaka. Ses recherches portent sur l’histoire de l’art moderne et contemporaine et sur les études de genre, avec un intérêt particulier pour les relations entre les institutions artistiques, le discours critique et le genre dans l’art japonais d’après-guerre. Elle est l’autrice de l’ouvrage Anti-Action: Postwar Japanese Painting and Women Artists (Brücke, 2019; édition de poche augmentée, Chikuma Shobo, 2025) qui a reçu le 42e prix Suntory des sciences sociales et humaines.
Charlotte Matter (Historienne de l’art, Maîtresse de conférence Laurenz en art contemporain à l’Université de Bâle)
Cette présentation explorera l’utilisation des matériaux industriels, et plus spécifiquement des matières plastiques, par les artistes femmes dans les années 1960 et 1970, mettant en regard la pratique de Tada Minami avec celle d’artistes travaillant en Europe, en Argentine et aux États-Unis. Elle examinera les similarités autant que les différences, en se concentrant sur les questions de lumière et de transparence, sur le rôle de la collaboration et le contexte des manufactures, et le processus de conciliation entre l’utilisation de matériaux industriels et la trace de la main de l’artiste. La conférence abordera également la notion de durabilité en lien avec la matérialité des plastiques : tandis que sa dégradation présente un enjeu pour la conservation des œuvres, sa résistance soulève d’une manière plus générale des problématiques environnementales. L’intérêt de Tada pour la durabilité, le soin et l’entretien impliqués dans la préservation de ses œuvres sera examiné en parallèle de l’engagement explicite d’autres artistes femmes avec les plastiques, en relation avec la fragilité, la vulnérabilité et la dégradation.
Charlotte Matter est maîtresse de conférences Laurenz en art contemporain à l’Université de Bâle en Suisse, et membre du comité directeur eikones – Centre de théorie et d’histoire de l’image. Son livre, Feminist Substances: Plastics in Art of the 1960s and 1970s (Manchester University Press, 2026), examine l’utilisation des plastiques depuis une perspective féministe à travers des études de cas sur Carla Accardi (Italie), Leo Lublin (Argentine/France) et Alina Szapocznikow (Pologne/France). Elle est coéditrice de Sculpture Journal et ses écrits ont été publiés dans ASAP/journal, Critique d’art, kritische berichte, RACAR, Texte zur Kunst, and Third Text.
Annalisa Rimmaudo (Attachée de conservation au département des collections contemporaines du Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou)
Ma contribution doit esquisser un parallèle entre le travail de Tada Minami et celui des artistes internationaux·ales qui, face aux mêmes questions, ont poursuivi leurs recherches à travers des solutions similaires. Son œuvre, au cœur des préoccupations de son époque, résonne de la même manière en Asie, en Europe et aux États-Unis. Depuis ses peintures les plus anciennes – qui évoquent les explorations synthétiques de structures et d’avions d’Alberto Magnelli – Tada Minami a employé un répertoire à la fois géométrique et organique. Débutant dans les années 1960, ces deux mondes ont trouvé une expression unique dans Void et la série des Frequencies.Void semble être « l’épanouissement » de Concetti spaziali (1959–1960) de Lucio Fontana et donne une forme fixe à au Passage (1955) de Saburo Murakami. À travers cette ouverture béante, Tada Minami oriente le regard du spectateur au-delà de sa bidirectionnalité, vers des dimensions plus vastes. Elle a également commencé à incorporer de nouveaux matériaux dans sa recherche de formes. Dans les années 1960, comme Marisa Merz, elle utilise des feuilles d’aluminium brut et pliable pour former des structures organiques. Son exploration des formes organiques et inorganiques été liée à son expérimentation des matériaux, à son désir de transparence et à sa création d’installations extérieures. Cette approche est similaire à celle d’une autre artiste femme, Carla Accardi. Alors que l’aluminium et le Plexiglas ont été principalement utilisés dans la sculpture géométrique abstraite – du Bauhaus au Minimalisme (de Naum Gabo à Donald Judd) – Tada Minami explore la qualité réflective du premier et la transparence du second, évoquant les futures explorations d’Heinz Mack autant que les espaces fluides de Dan Graham. Sa quête de transparence dans ses installations lumineuses s’insère dans l’histoire de l’art allant d’Otto Piene, Günther Uecker, Nanda Vigo et Chryssa aux installations contemporaines de Jorge Pardo.
Annalisa Rimmaudo est attachée de conservation au département des collections contemporaines au Musée national d’art moderne, Centre Georges Pompidou à Paris. En 2003, elle obtient son doctorat en histoire de l’art contemporain à l’Université Panthéon-Sorbonne, Paris I. Elle a organisé de nombreuses expositions au Centre Pompidou, notamment “Annette Messager Christian Boltanski”, Malaga, 2026 ; “Enormement bizarre. Jean Chatelus Collection”, Paris, 2025 ; “Christian Boltanski Faire son temps”, Paris, 2019 ; Jim Dine au Centre Pompidou, Paris et Malaga et au MaMM, Moscow, en 2018 ; “L’œil écoute”, Paris, 2017. Elle a coorganisé avec Camille Morineau Elles@centrepompidou en 2009 et a travaillé sur plusieurs expositions et catalogues avec des institutions européennes. Elle est aussi un membre du comité de rédaction d’AWARE où elle a publié de multiples articles notamment « Minimales et post-minimales. La sculpture hors du white cube » en 2024.
Nodoka Odawara (artiste et critique d’art)
« Caractère public et collaboration dans la pratique artistique de Tada Minami : ses premières sculptures et le groupe Kaku » :cette présentation se focalise sur la pratique de Tada Minami dans les années 1960 lorsque, après avoir reçu une formation officielle en peinture, elle réoriente sa pratique artistique vers la sculpture. Il s’agit de présenter ses bronzes Emptiness et Beginning (tous deux de 1960), ainsi que le groupe Kaku, un collectif de femmes sculptrices dont Tada faisait partie. Par l’intermédiaire du sculpteur Kumasaka Taiko, membre du groupe, Tada a fait la connaissance de l’historienne de l’art Wakakuwa Midori, qui logeait alors chez Kumasaka. Une conversation entre Tada et Wakakuwa a été plus tard incluse dans le livre de Wakakuwa, Josei Gaka Retsuden [Vies de femmes peintres]. Lors de leurs conversations, elles ont discuté des raisons qui ont amené Tada à délaisser la peinture, de l’importance de « refuser les travaux manuels qui laissent des empreintes digitales », et des préjugés sexistes auxquels sont confrontées les artistes femmes. En quoi ces questions pourraient-elles avoir un lien avec le travail de Tada ? Peu d’artistes ont réalisé autant de sculptures de grande envergure qu’elle. Pourtant, son œuvre n’a pas forcément bénéficié d’une reconnaissance à la hauteur de son importance au sein de l’histoire de l’art. En comparant l’œuvre de Tada à d’autres pratiques sculpturales publiques et collaboratives de la même période, cette présentation réexamine la place et l’appréciation de son œuvre au sein de l’histoire de l’art.
Nodoka Odawara est artiste et critique, docteure en histoire de l’art, éditrice et membre du corps enseignant de l’Université nationale de Yokohama. Elle est née en 1985 dans la préfecture de Miyagi, Odawara, et vit à Kamakura, dans la préfecture de Kanagawa. Prenant la sculpture comme point de départ, sa pratique englobe l’écriture, la création artistique et l’engagement social. À travers une approche à la fois théorique et pratique, elle revisite l’histoire de l’art sous l’angle du genre, de l’anti-impérialisme et de la sphère publique. Parmi ses principales expositions personnelles, on peut citer celles organisées au Centre d’art contemporain d’Aomori [ACAC] et au Musée d’art Tsunagi. Ses principales monographies sont Sculpting / Overcoming Modernity (Kodansha) et Toward a Theory of Monuments: Sculpture as a Critical Problem (Seidosha). Elle est chercheuse invitée au Centre national de recherche sur l’art du Japon (NCAR) en 2026.
Naoyuki Umemura (Conservateur, Sapporo Art Museum)
Au Japon, depuis les années 1950, les architectes ont de plus en plus fait appel à des artistes pour créer des œuvres conçues comme faisant partie intégrante de l’architecture. C’est dans ce contexte que l’œuvre de Tada Minami, Coal Mine (1957), a été installée à l’entrée du bâtiment de la Confédération japonaise des syndicats des mineurs de charbon (Tanro Kaikan). À partir de cette réalisation, Tada a multiplié les commandes architecturales tout au long de sa carrière. Cette présentation examinera tout d’abord le contexte de la popularité croissante de la collaboration entre architectes et artistes, puis explorera les caractéristiques distinctives des œuvres architecturales de Tada à travers des comparaisons avec celles de sculpteur·ices actif·ves entre les années 1950 et 1970, notamment Takeo Yamauchi et Ryokichi Mukai.
Naoyuki Umemura est né à Sapporo en 1987. Il est diplômé de l’Université d’Hokkaido, où il a également obtenu un master, avant d’interrompre son doctorat. Au cours de ses études supérieures, il a étudié à l’université de Munich, en Allemagne. Il a rejoint le Musée d’art de Sapporo en tant que conservateur en 2017, puis a été détaché auprès de la Fondation japonaise pour les activités artistiques régionales en 2021. En 2023, il est devenu conservateur au Musée commémoratif de sculpture Hongo Shin, à Sapporo, avant de reprendre son poste actuel en 2026. Parmi les expositions qu’il a organisées, on peut citer “Exposition d’art de Sapporo : Bikky Sunazawa — Wind —“ (2019) et “Takeo Yamauchi : 50 ans après sa mort“ (2025). Parmi ses principales publications, on peut citer Bikky Sunazawa : le sculpteur qui a sculpté le vent, Une histoire des châteaux allemands : le Pavillon de l’infini et Takeo Yamauchi : la sculpture résonnante. Ses recherches récentes portent sur la collaboration entre artistes et architectes, du point de vue des artistes.
Gabrielle Schaad (Historienne de l’art, chargée de cours en Arts Plastiques, Université des arts de Zurich)
« Ombres changeantes, interventions concrètes : l’architecture de la rencontre publique » : cette intervention examine comment l’engagement de Shizuko Yoshikawa avec la lumière et la couleur s’est développé à travers l’art dans l’architecture. Formée en architecture et en design à Tokyo et en communication visuelle à l’école de Design d’Ulm avant de s’installer à Zurich en 1963, elle créé des reliefs in situ dans les années 1970 puis des reliefs jouant sur les couleurs et les ombres dont l’apparence varie avec la lumière du jour, la réflexion chromatique et le point de vue. Je retrace une sélection de commandes, ancrées dans l’abstraction géométrique, dans les domaines du culte, de l’éducation, de l’architecture civique et des soins. Des reliefs en béton et un paysage aquatique à Zurich constituent le point d’ancrage de cette réflexion sur l’usage, l’évolution des matériaux et la préservation. Le salon suisse consacré au travail des femmes (Swiss Exhibition for Women’s Work) de 1958 fourni un contexte ambivalent pour considérer le rôle des femmes dans la conception de l’espace public à travers l’art, l’architecture et le graphisme. Je conclu avec Shinjuku no Me (Eye of Shinjuku, 1969) de Yoshiko Miyashita, qui plus tard a travaillé à Paris. Créé pour le Subaru Building et installé dans un passage sous-terrain proche de la sortie ouest de la station Shinjuku à Tokyo, l’œuvre élargit la réflexion à la circulation et aux rassemblements en milieu urbain. Ensemble, ces œuvres montrent comment l’art intégré à l’architecture façonne les rencontres publiques tout en étant lui-même transformé par l’évolution des usages des lieux où il s’inscrit.
Gabrielle Schaad est une historienne de l’art et de l’architecture, et conférencière en Beaux-arts à l’Université des arts de Zurich où elle est à la tête du programme Exposer et rendre public. Ses recherches portent sur l’art de l’après-guerre à nos jours et sur les pratiques spatiales féministes, à travers les prismes de la matérialité, de l’environnement, du genre et des imbrications transnationales. Elle a obtenu son doctorat à l’ETH Zurich et a bénéficié d’une bourse du MEXT à l’université de Saitama (2013-2015). Son prochain ouvrage, intitulé Concrete and Code : Material Politics of Art and Environment in Postwar Japan, se penche sur les mouvements Gutai et Métabolisme, ainsi que sur l’Exposition universelle de 1970. Elle siège au conseil d’administration de la Fondation Shizuko Yoshikawa et Josef Müller-Brockmann, à Zurich.