Sébastien Cherruet et al., Le Monde nouveau de Charlotte Perriand, cat. exp. (Paris, Fondation Louis Vuitton, 2 octobre 2019-24 février 2020), Paris, Gallimard, 2019
→Jacques Barsac, Charlotte Perriand et Yvonne Brunhammer, Charlotte Perriand. Un art d’habiter (1903-1959), Paris, Norma, 2005
→Charlotte Perriand, cat. exp. (Paris, Centre Pompidou, 7 décembre 2005-27 mars 2006), Paris, Centre Pompidou, 2005
Charlotte Perriand. The Modern Life, Londres, Design Museum, juin 2021-septembre 2021
→Le Monde nouveau de Charlotte Perriand, Paris, Fondation Louis Vuitton, octobre 2019-février 2020
→Charlotte Perriand, Paris, Centre Pompidou, décembre 2005-mars 2006
Architecte, designeuse et urbaniste française.
Charlotte Perriand grandit à Paris dans une famille d’artisans qui nourrit très tôt son intérêt pour le travail manuel, les matériaux et leurs usages. Elle étudie entre 1921 et 1925 à l’Union centrale des arts décoratifs, où elle étudie l’histoire de l’art, les matériaux et leur mise en œuvre, et acquiert une solide formation, notamment dans les domaines du mobilier et du luminaire. À partir de 1927, son atelier de la place Saint-Sulpice devient un véritable laboratoire. Elle y conçoit Le Bar sous le toit (1927), présenté au Salon d’automne, ainsi que l’aménagement complet de son appartement-atelier, comprenant la Table extensible (1927) et les Fauteuils pivotants (1927), exposés au Salon des artistes décorateurs de 1928. Inspirées par l’industrie automobile, ces réalisations en acier chromé et aluminium affirment une conception radicalement fonctionnelle de l’habitat moderne.
C. Perriand s’associe en 1928 à Charles-Édouard Jeanneret-Gris (dit Le Corbusier, 1887-1965) et Pierre Jeanneret (1896-1967), avec lesquels elle collabore jusqu’en 1937. Pendant près de dix ans, elle est chargée de l’étude, de la conception et du suivi des aménagements intérieurs, du mobilier et de l’équipement. C’est dans ce contexte qu’elle conçoit plusieurs œuvres majeures du design moderne : la Chaise longue basculante B306 (1928), le Fauteuil Grand Confort (1928) et le Fauteuil à dossier basculant B301 (1928). Présentées au Salon d’automne de 1929 dans l’ensemble Équipement intérieur de l’habitation, elles constituent une démonstration d’une cellule d’habitation rationnelle et standardisée.
En 1929, elle s’éloigne de la conservatrice Société des artistes décorateurs et cofonde l’Union des artistes modernes (UAM), qui regroupe des créateurs et créatrices tel·les que René Herbst (1891-1982), Hélène Henry (1891-1965), Pierre Chareau (1883-1950), Robert Mallet-Stevens (1886-1945), Jean Prouvé (1901-1984), Eileen Gray (1878-1976) ou Sonia Delaunay (1885-1979). Dans le contexte de la crise des années 1930, C. Perriand s’engage politiquement. Membre de l’Association des écrivains et artistes révolutionnaires (AEAR) à partir de 1932 et proche du Front populaire, elle défend un design économique destiné aux classes populaires. Elle réalise le Studio-bar (1930) pour Jean Martel, participe au projet du Pavillon suisse de la Cité universitaire de Paris (1930-1932) et de la Maison du jeune homme (1935). En 1936, elle présente la fresque-photomontage La Grande Misère de Paris (1936), qui dénonce l’insalubrité et le mal-logement.
Nommée conseillère pour l’art industriel au Japon en 1940, elle découvre le mouvement Mingei auprès de Soetsu Yanagi (1889-1961). Cette expérience transforme durablement sa pratique, comme en témoigne la Chaise longue en bois (1940), marquée par l’usage de matériaux naturels. De retour en France en 1946, elle développe une architecture intérieure modulaire pour la Cité internationale universitaire de Paris, notamment avec la Bibliothèque de la Maison de la Tunisie (1952), fabriquée par les ateliers J. Prouvé, et conçoit des œuvres qui prolongent cette influence japonaise, telles que la Chaise Ombre (1955). À partir de 1967, elle réalise avec l’architecte Gaston Regairaz (1930-2013) l’aménagement global de la station des Arcs, synthèse de ses recherches sur l’habitat collectif, l’économie de moyens et l’intégration au paysage. Jusqu’à sa mort en 1999, C. Perriand défend une modernité engagée, attentive aux usages et aux enjeux sociaux, laissant une œuvre majeure du XXe siècle, aujourd’hui conservée dans les collections du Centre Pompidou, du musée des Arts décoratifs de Paris et du MoMA.